DESSIN PITTORESQUE
crayon, imitent dès l’enfance tout ce qui frappe leur attention et leurs yeux, et le reproduisent avec assez d’exactitude et de finesse pour qu’on les mette dans la classe de ceux qui ont des dispositions pour la peinture. C’est pour aider la marche de ces derniers dans la carrière, que ce traité est fait. Car il est vrai de dire qu’il n’y a pas encore de moyen connu pour enseigner l’art de copier à qui n’a jamais copié de lui-même. Le goût de l’imitation et le développement de la faculté d’imiter sont un phénomène de la même nature, et par conséquent tout aussi inexplicable que le passage des vagissemens de l’enfance à l’usage distinct de la parole.
Tous les enfans qui ont des dispositions, et qui ont été livrés à eux-mêmes, copient les objets de mémoire; c’est-à-dire qu’au lieu de dessiner d’après l’objet même, ils font la copie du type qui s’est formé dans leur imagination. Le point important dans les premières leçons est de ne pas détruire chez l’élève cette qualité précieuse, ce don d’imaginer d’après nature, et toutefois, de l’amener à copier les formes d’après un
objet déterminé, abstraction faite de ce qu’elles expriment. Il est donc à propos de ne pas trop le contrarier sur ce qu’il fait d'idée , mais de lui indiquer les défauts dans lesquels il tombe en exécutant trop grossièrement les têtes, les pieds et les mains, faute de les avoir étudiés d’après nature ou sur les ouvrages des maîtres. On lui offrira des gravures représentant des sujets, des attitudes et des détails qui se rapportent avec ce qu’il a eu l’intention de traiter, et par cette comparaison immédiate, il sentira son ignorance et le besoin d’étudier sérieusement.
Arrivé à ce point, on peut faire copier des traits faits d’après l’antique, d’après les maîtres et la nature, en ayant soin de faire succéder des modèles traités dans un goût différent, afin que le disciple n’épouse pas dès les premiers essais une manière déterminée, un goût trop exclusif.
L’usage est de donner à copier aux commençans des parties séparées, telles que des yeux, des nez, des bouches, etc.; l’expérience démontre que ces fragmens isolés sont plus difficiles à imiter qu'un tout ensemble, dont
DESSIN PITTORESQUE. ij
l’œil et l'intelligence saisissent beaucoup mieux les rapports. Ainsi une tête de profil ou même de face, dessinée au trait, sera plus facilement reproduite par un commençant qu’un œil, un nez ou une bouche vus en dessous ou de trois-quart, comme on leur en propose souvent pour modèles. Cependant l’étude des parties isolées ne doit pas être rejetée absolument, mais il faut la faire à propos. Ainsi, en conseillant de proposer plutôt un ensemble peu compliqué pour premier modèle, on a pour intention de ne pas blesser l’imagination du commençant en le forçant de copier d’abord un fragment qui ne dit rien à son esprit, et que son œil saisit à peine.
§ III. — Premières notions sur la perspective.
Aussitôt que l’œil commence à saisir les inflexions des contours et que la main peut les rendre avec quelque fidélité, il faut révéler à l’élève la nature véritable de l’art qu’il apprend, et lui faire reconnaître qu’un peintre ne doit pas rendre précisément la forme des objets, mais leur apparence.
On parviendra promptement à cette démonstration, en la faisant plutôt sur les dessins que l’élève fait d 'idée et en s’amusant, que sur le travail régulier qu’on lui fait exécuter aux momens de l’étude. C’est sur les paysages, sur les scènes familières et les décorations de petits théâtres, sujets ordinaires des premiers essais de tous les jeunes gens, que l’on pourra très-facilement leur donner une idée de la ligne d’horizon, du point de vue et de l’évanouissement de toutes les lignes qui y tendent directement.
Par ce moyen, on jettera la première idée de la perspective dans son esprit , et l’on y fera certainement naître le désir de la connaître plus amplement. Quoi qu’il en soit, on aura déjà obtenu un point très-important, celui d’avoir habitué l’œil du jeune copiste a distinguer, dans les dessins comme sur la nature, la partie des objets qui est au-dessus de l’horizon, et par conséquent au-dessus cîe l’œil de celui qui regarde, d’avec tout ce qui est au-dessous. Pour rendre cette démonstration plus précise, le maître pourra mener son élève dans quelque édifice vaste, et là, plaçant horizonta-
JVOTIOJVS SUE LA PERSPECTIVE. 3g
îement et à la h auteur de son œil 'une règle Lien droite, il lui fera remarquer par comparaison la chute et l’ascension apparentes des lignes droites qui , au-dessus et au-dessous de son œil, semblent se précipiter et remonter vers l’horizon et le point de vue.
L’important, lorsque l’on enseigne la perspective aux artistes, est d’éloigner d’abord tout l’appareil scientifique qu’elle entraîne avec elle. Il faut la leur présenter comme un phénomène curieux, amusant, et convaincre leur esprit par l’expérience des sens, plutôt que parles démonstrations mathématiques ; car, on ne saurait le nier, il y a quelque chose de raisonnable dans l’éloignement que l’étude de cette science leur inspire. Les mathématiciens qui ordinairement la leur enseignent, ignorent absolument l’art de la peinture auquel on veut l’appliquer, d’où il résulte que les professeurs insistent souvent sur des démonstrations fort savantes, mais inutiles aux peintres , tandis qu’ils glissent rapidement sur des principes fort simples, et dont la connaissance suffirait presque aux besoins d’un artiste.
§ IV. — Du dessin cC après les objets en relief.
En imitant sous la direction d’un maître des dessins bien faits , d’après les statues antiques, d’après les tableaux des grands maîtres et la nature, un commençant ne tarde pas à savoir copier exactement , ce qui est un point de la plus haute importance. Quelques dispositions précoces que puisse avoir un élève, c’est toujours un grand service à lui rendre, que de l’astreindre pendant quelque temps à cet exercice tant soit peu machinal. Sa main en deviendra, par la suite, d’autant plus obéissante aux volontés de son génie.
L’habitude de copier les dessins les plus compliqués conduit naturellement à imiter les objets en relief. Déjà on sait ce que c’est que l’horizon et le point de vue. On distingue la partie des objets que l’on voit en dessous, de celle que l’on aperçoit en dessus, et l’expérience de l’œil a appris que plus un objet se concentre dans un cercle rapproché du point de vue comme centre,