‹ Traité élémentaire de peinture. Contenant les principes du dessin, du modelé et du coloris, et leur application à l'imitation des objets à la compositionChapitre 92 sur 124 · DES MACHINES · texte numérisé non relu

DES MACHINES

coupées obliquement. Suivant la grandeur relative des roues , l’angle ou le biais sera différent, de manière à ce que les vitesses des roues restent dans le même rapport aux deux extrémités de leurs faces obliques; et pour atteindre ce but, il conviendra que les faces de toutes les dents soient dirigées vers le point où leurs axes se rencontreraient (fig. 17).

Dans les cas où l’on a besoin d’obtenir un mouvement qui ne soit pas parfaitement régulier, ainsi que cela a quelquefois lieu dans la construction des horloges, mais plus souvent dans celle des planétaires , il faut , ou diviser les roues un peu inégalement, ou placer les axes tant soit peu hors du centre.

Le bois , le fer jeté en moule ou travaillé, l’acier et le cuivre , sont les matériaux qu’on emploie communément à la confection des roues. Les dents de métal sont généralement coupées à l’aide d’une scie en acier, puis on les termine à la lime ; mais ce dernier travail a lieu aujourd’hui à la mécanique.

En mécanique , il est souvent nécessaire de prolonger le temps de l’application d’une force donnée , ou d’en ménager l’emploi. Ou

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obtient ce résultat, soit en laissant descendre un poids après l’avoir fait monter à une certaine hauteur, soit en permettant à un ressort de se détendre après avoir été comprimé, ainsi qu’on le voit par les poids et les ressorts des horloges et des montres.

Il est bon de remarquer que dans ces machines , aussi bien que dans beaucoup d’autres de grande dimension, le -volant est une partie très - importante , attendu que sa vitesse s’augmente de tout l’excès de la force employée à le mouvoir, et que sa puissance de rotation prolonge le mouvement quand la force diminue et même lorsqu’elle n’agit plus. Ainsi quand un homme tourne une manivelle , il est susceptible d’employer deux fois plus de force dans telle ou telle position , et dans certains cas un volant lui permet d’expédier un tiers d’ouvrage de plus.

SECTION II

De l’union des fibres flexibles.

La force des cordages et des autres substances employées à la communication du mouvement, partout où la flexibilité est né-

UNION DES FIBRES FLEXIBLES. l3y

cessaire, dépend spécialement de l’adhésion latérale résultante de la torsion ou de l’entrelacement des fibres : il en est de même des autres matériaux flexibles qui servent aux ameublemens, ou aux vêtemens.

On conçoit que dans une chaîne de métal chaque anneau reste uni à son voisin, à cause de son inflexibilité; mais il n’en est pas de même pour les fibres des substances végétales et animales. Celles-ci s’associent par la force du frottement ou plutôt de l’adhésion latérale , et ces fibres sont disposées de telle manière qu’outre la pression mutuelle qu’elles exercent en raison de l’élasticité qui leur est propre, toute force étrangère qu’on applique dans la direction longitudinale de leurs agrégats , tend à les mettre dans un contact beaucoup plus immédiat, et à augmenter leur adhésion. Ce principe reçoit d’utiles applications depuis Part si simple de faire un nœud, jusqu’aux procédés les plus compliqués de filer , corder , tisser , e\ feutrer.

Tout le monde connaît le mécanisme usité pour fier au simple rouet, lequel consiste à faire que les fibres s’engagent le plus possible dans le centre les unes des autres ; car il

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est évident que si une seule fibre était hors du centre, elle ne pourrait être retenue dans le fil dit caret.

Un fil simple ou caret , façonné de fibres tordues ensemble, a une tendance à se détordre, attendu que dans l’opération, les parties externes étant les plus comprimées, raccourcissent d’abord le fil, jusqu’à ce que les parties internes n’aient plus d’espace à parcourir pour s’étendre latéralement, ainsi que cela arrive lorsque leur longueur est diminuée; c’est pourquoi l’élasticité de toutes les parties fait résistance et tend à rendre le fil à sa situation naturelle. Mais si deux de ces fils sont retenus en contact en un point donné de la circonférence de chacun d’eux, ce point demeure stationnaire par l’opposi** tion des forces égales agissant suivant des directions contraires, et devient ainsi le centre autour duquel les deux fils sont roules à l’aide des forces en excès, de telle sorte qu’ils continuent à se tordre l’un autour de l’autre, jusqu’à ce qu’une nouvelle combinaison engendre une tension capable de contrebalancer la tension excédante des fils primitifs. On peut, par ce procédé, réunir

UJSI0IÏ DES FIBRES FLEXIBLES. l3g

ensemble trois, quatre ou un plus grand nombre de fils : un toron se compose d’un nombre considérable de fils de caret, ainsi tordus ensemble, généralement depuis seize jusqu’à vingt-cinq : un cablot est formé de la réunion de trois torons; un haubans de quatre, et un câble de trois cablots ou haubans. Il n’est pas facile de déterminer par le calcul la position relative et la tension comparative de toutes les fibres dans ces combinaisons compliquées; mais l’expérience démontre qu’il est plus avantageux pour la force des cordes, de tordre les torons, lorsqu’on les façonne suivant une direction telle qu’il la faut pour détordre les carets dont ils sont composés , afin d’augmenter la torsion des torons eux-mêmes; et probablement on obtient une force d’autant plus grande, que l’obliquité des fibres est moindre et plus égale. On compose également une corde trèssolide , en tordant cinq ou six torons autour d’un septième en guise d’axe : après un certain temps d’usage, ce dernier est réduit en étoupe; il convient qu’il soit plus tordu que les autres, afin de ne permettre que peu d’extension ; les cordes ainsi faites ne sont pas

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propres aux agrès coulans, ni dans aucun des cas où elles doivent ployer fréquemment.

Les cordes qui concourent à la formation d’un câble commun , prises isolément , sont plus solides que le cable lui-même, dans la proportion d’environ quatre à trois; on a trouvé qu’une corde travaillée avec des carets de cent quatre-vingts à cent trente-cinq verges de longueur, était plus solide que celle provenant de carets réduits à une dimension de cent vingt verges, dans le rapport de six à cinq. La différence est due en partie à l’obliquité des fibres, et en partie à la tension inégale produite par la torsion. On dit aussi qu’une corde est plus faible lorsqu’elle est humide, que lorsqu’elle est sèche, sans doute parce que l’eau facilite le glissement des fibres les unes sur les autres , ou peut-être aussi parce que la présence de l’eau est partout une cause de séparation. Une corde de chanvre bien faite peut porter, sans danger, autant de fois un cinquième de tonneaux que le carré de sa circonférence contient de pouces.

Le chanvre sert plus communément à la fabrication des cordes; on y emploie aussi

UNION DES FIBRES FLEXIBLES. Izfl

accidentellement diverses autres substances végétales. Les Chinois font usage de libres ligneuses , et l’écorce des arbres fournit le cordage à d’autres peuples ; en Europe , on se sert de l’écorce du tilleul pour les nattes et les cordes à puits. Le plus beau chanvre nous vient de Riga et de Saint - Pétersbourg.

Le lin n’est plus aussi fort que le chanvre, mais n’en est pas moins utile : il épuise considérablement le sol où il croît. La plante fraîche coupée, est tenue dans l’eau durant dix jours; elle y éprouve un changement chimique, qui, sans altérer la vigueur des fibres , amollit la partie charnue et rend la séparation des deux substances plus facile dans l’opération du sérancement , après qu’elle a été séchée et exposée à l’air pendant quinze jours.

Le coton est une substance fine et fibreuse qui enveloppe les semences de plusieurs plantes. Le meilleur nous vient de l’île de Bourbon ; les Indes orientales et occidentales, ainsi que la Turquie , nous en fournissent une grande quantité. Sa couleur est ordinairement blanche; il en existe égale-

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ment du jaune, qu’on emploie à fabriquer le nankin.

La soie est également de deux cquleurs , blanche et jaune : la blanche n’est qu’une variété accidentelle ; la jaune est blanchie au moyen de lavages répétés qui donnent à la blanche plus d’éclat. On fait usage du savon pour enlever à la soie des cocons la substance gommeuse qui l’accompagne.

La laine se distingue en deux espèces, la longue et la courte : la première s’emploie pour les vêtemens grossiers , la seconde pour les habits de luxe.

Le principal usage du simple , lorsqu’il est filé, est de \e tisser. La même force d’adhésion latérale qui maintient les fibres tordues de chaque fil dans leur situation respective , devient ici la cause de la solidité du vêtement; et cette adhésion est généralement accrue par l’action d’une force extérieure tendant à resserrer tout le tissu.

L’adhésion latérale des fibres de diverses espèces fait également la force des substances feutrées , que l’on fabrique en combinant et foulant ensemble les poils courts des fourrures. Toutefois cette force est moindre

tJNIOiN DES FIBRES FLEXIBLES. l4$

que celle des vétemens: d’une part, parce que les fibres sont plus courtes; de l’autre, parce que leur arrangement est moins soigneusement ajusté. Les matériaux dont on compose le feutre sont communément un mélange des fourrures des lapins et castors unies à la laine, en diverses proportions , suivant les qualités qu’on désire obtenir. On a découvert, il y a quelques années, une très-belle fourrure sur la peau d’une espèce de veau-marin, dont le mélange des poils a été employé non-seulement à faire le feutre, mais encore à filer et tisser des vétemens semblables aux châles de l’Inde.

Il y a peu de différence entre la texture du papier et celle du feutre, si ce n’est que les fibres du premier sont moins apparentes à l’œil.

Telles sont les principales applications de L’union des fibres flexibles : elles sont d’une grandeimportance et mériteraient de grands détails que les lecteurs trouveront dans les traités spéciaux de la seconde série consacrée aux Arts et métiers.

SECTION lit.

De V élévation et du tirage des poids .

Les machines dont on fait usage pour élever des poids, en ce qui a rapport à la mécanique des corps solides, sont principalement les leviers y les cabestans y les roues, les poulies, les plans inclinés, les vis et leurs combinaisons variées sous formes d e grues.

Le levier est un instrument très-simple, mais d’une grande utilité, lorsqu’on veut élever une masse à une petite hauteur : il offre toutefois l’inconvénient du peu d’étendue de son action. Un axe avec une poulie qui est un levier sans fin, est la machine communément employée pour tirer un seau d’eau d’un puits. Le cabestan est un axe vertical ou droit , dans lequel se trouve emmanché deux ou un plus grand nombre de leviers. Dans ces cas, si l’on voulait calculer la résistance avec exactitude, il faudrait ajouter au rayon de l’axe la moitié de l’épaisseur de la corde, comparée au bras du levier. Le cabestan composé de deux cylindres de diverses grandeurs sur un même axe,

TIRAGE DES POIDS. ï45

et d’une corde allant du plus petit à une poulie à laquelle le poids est attaché, et retournant s’engager avec le grand cylindre, opère très-puissamment , mais il exige une grande longueur de corde pour une petite étendue de mouvement (fîg. 18 et 19).

Les rouages sont employés d’une foule de manières pour enlever des poids , et leur pouvoir dérive du même principe que celui des leviers : chaque roue et son pignon peuvent être considérés comme composés d’une série de leviers recourbés , dont l’axe est celui de suspension commun , et agit successivement sur les dents de la roue voisine. C’est ainsi qu’on fait usage des poulies, qui sont des espèces de roues ou cylindres , retenues par un axe : elles sont très-convenables en ce qu’elles exigent une faible augmentation de puissance, et toutefois donnent de très-grands avantages si l’on multiplie les poulies séparées ou rouets, ce qui réclame alors une grande longueur de corde.

L’élévation des grandes masses , à l’aide des machines , est souvent secondée par l’usage d’un plan incliné fixe, lequel forme avec l’horizon un angle quelconque qui sert

MÉCANIQUE. XQ

i46 mécanique : machinesde mesure à l’inclinaison. On fait généralement usage des plans inclinés pour faciliter la montée des hauteurs par les hommes ou les animaux : leur surface est plane , comme celle des routes , ou bien l’inclinaison générale est interrompue par des marches séparées ou escaliers ,

La Dis n’est pas toujours susceptible d’étre appliquée à l’élévation des poids, quoique cependant on se serve quelquefois d’un certain nombre de vis pour élever graduellement une masse considérable et difficile à manier, comme un obélisque, par exemple; mais pour communiquer le mouvement aux rouages, on emploie fréquemment la vis sans fin. De tels agens offrent un avantage mécanique très - important , encore bien qu’ils soient sujets à beaucoup de frottement et se détériorent à la longue.

Une grue est une machine destinée à élever des poids , au moyen d’une corde ou d’une chaîne glissant sur un bras de levier susceptible d’un mouvement horizontal , et passant sur une poulie pour venir s’enrouler au tour d’un axe. Cet axe est tourné soit directement, soit par l’intervention de rouages , à

Tilt AG E DES POIDS.

l’aide d’une manivelle, ou d’une barre horizontale d’un vindas, ou d’une roue volante, et quelquefois aussi par la force du vent , de l’eau ou de la vapeur.

On combine quelquefois une romaine avec une grue , pour peser et transporter à la fois des marchandises. Une petite grue adaptée à une charrette , est commode pour le chargement et le déchargement des marchandises. On se sert en France, sur les ports, de chariots très-longs, dont l’extrémité touche presque à terre lorsqu’ils sont chargés, et présentent un plan incliné, le long duquel les marchandises sont élevées par un levier et son axe, ou une espèce de cabestan fixé en tête : c’est ce qu’on appelle communément un haquet .

L’usage des grues est si général et si indispensable , que leurs formes ont reçu beaucoup de modifications suivant les localités, et même le caprice : celles que nous avons décrites sont les plus utiles et mettront aisément à même de juger des autres.

On a calculé qu’un homme pouvait généralement porter un poids quatre ou cinq fois aussi fort que celui qu’il pourrait lever

continuellement dans une direction verticale, avec la même vitesse: de sorte qu’on doit considérer la résistance à vaincre, comme une espèce de frottement dont l’évaluation peut être calculée à un quart ou un cinquième du poids en question. D’où il suit que si nous avions à faire mouvoir un poids sur une surface horizontale , la résistance opposée" par cette surface s’opposerait souvent non-seulement au mouvement du poids, mais pourrait encore endommager la texture du corps à mouvoir : le moyen d’obvier à ce dernier inconvénient est de pratiquer un châssis garni d’une substance offrant peu de frottement, telle que le fer.

L’agitation, de quelque nature qu’elle soit, est souvent une cause qui diminue le frottement. Mais, en général , rien n’est plus propre pour obvier au frottement que l’application des substances huileuses, quand l’application en est praticable. On emploie communément l’huile ordinaire, le suif et le goudron , pour les métaux en contact : les propriétés chimiques de l’huile ont toutefois besoin d’être bien connues, afin qu’elle ne corrode pas les métaux. Le suif a besoin

TIllAGE DES POIDS. l^Ç)

d’être fréquemment renouvelé pour ne pas perdre sa vertu lubréfiante. Entre les surfaces ligneuses on applique du savon , mais plus communément du noir de plomb ( percarbure de fer ) qui prend un poli parfait.

L’effet du frottement, dans toute espèce de machine, diminuant toujours dans le rapport de la vitesse des parties glissant les unes sur les autres , il est clair que plus on diminuera la dimension de l’axe d’une roue > moins on aura de frottement. Si la pression qu’éprouve l’axe provient du poids de la roue elle-même, on diminue le frottement en inclinant la roue et rendant l’axe vertical; car, par ce moyen, le poids supporté par l’axe qui se termine en une surface trèsmince, réduit le frottement à un tiers de ce qu’il serait s’il agissait sur toute sa circonférence.

Les roues des voitures doivent une grande partie de leur utilité à la diminution du frottement , qui est d’autant moindre que le diamètre de l’essieu est plus petit par rapport à celui de la roue. La résistance qui s’oppose au mouvement d’une voiture pro-

l5o MÉCANIQUE : MACHINES,

vient souvent en grande partie du déplacement continuel qu’éprouvent les matériaux qui composent la route , lesquels ne réagissent pas sur les roues avec une élasticité parfaite, mais qui éprouvent un changement de forme proportionnel à la perte de la force. De là vient que dans un sable doux , quoique les axes des roues se meuvent dans une direction parfaitement horizontale, le tirage devient très-difficile : plus la roue s’enfonce, plus la résistance est grande , et si l’on pouvait connaître l’élasticité des matériaux et leur résistance immédiate à différentes profondeurs , on parviendrait à calculer l’effet de leur réaction , dans le retard qu’éprouverait la voiture.

L’effet produit par la suspension des voitures sur des ressorts est de rendre leurs mouvemens égaux , en faisant que tout changement soit plus graduellement communiqué, en raison de la souplesse des ressorts, et parce qu’une partie de chaque impulsion soudaine ajoute un degré de vitesse au mouvement de rotation. Ce mouvement de rotation dépend de la position oblique des courroies sur lesquelles la voiture est

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suspendue , ce qui l’empêche de se balancer parallèlement.

SECTION IV

Des moyens de changer les formes des corps .

Les forces corpusculaires qui maintiennent les corps dans leurs formes particulières d’agrégation, ont besoin d’être, dans plusieurs circonstances, contrebalancées ou modifiées par des procédés mécaniques. Ainsi, nous rencontrons des occasions où il est nécessaire de resserrer les corps dans un plus petit espace, d’augmenter leurs dimensions dans telle ou telle direction, de diviser leur substance, soit partiellement, soit en totalité , suivant des lignes ou des surfaces don nées, ou de détruire complètement leur forme, pour les réduire en parties plus petites. On peut rapporter ces divers effets à la compression, l’extension, la pénétration, la division, l’attrition, le creusage, le percement , l’agitation , la trituration et la démolition.

Les instrumens dont on se sert pour opérer la compression , sont généralement les presses y dont les plus communes agissent au

i5a mécanique: machines.

moyen d’une vis. Le frôlement de cetEe dernière est un obstacle considérable à la puissance de ces machines ; mais elle sert à maintenir la presse dans la position où elle a été amenée par force. C’est toujours un levier qui tourne la vis, car sans ce secours y quelque puissante qu’elle pût être , le frottement la rendrait presque inutile.

Quelquefois aussi la compression a lieu à l’aide d’un marteau : ainsi, on frappe du marteau le cuivre fondu, avant de l’employer, afin d’en augmenter la dureté : le martelage lui communique une telle fermeté , qu’on est parfois obligé de le présenter de nouveau au feu pour lui rendre sa ductilité. Les enclumes et les étaux sont les accessoires indispensables du martelage : leur dureté fait leur utilité : elle dérive pour l’un de son poids, pour l’autre de sa force. On peut considérer leS tenailles comme des étaux portatifs.

11 est rare qu’on obtienne l’extension au moyen de forces qui tendraient immédiatement à augmenter les dimension de la substance à étendre : on produit généralement ce phénomène en soumettant à une autre direction la grandeur de la substance, quel-

MOYENS DE CHANGER LES FORMES. 1 53 quefois par le moyen de la pression, mais plus souvent parla percussion. Les rouleaux de pression qu’on emploie au laminage des métaux sont mus par des machines , et susceptibles d’une direction de devant en arrière, et mice versa, afin de répéter l’opération sur la même substance. C’est par ce procédé qu’on obtient les feuilles de plomb , de cuivre et d’argent : si l’on soude une feuille d’argent mince à une feuille de cuivre plus épaisse , et qu’on soumette à la pression cette feuille ainsi composée, on la rend tellement mince qu’on peut l’offrir dans le commerce à un prix modéré. L’étau du vitrier qui sert à faire le plomb des vitraux, est un instrument de même nature que le précédent : la souplesse du plomb fait qu’il se prête à toutes les formes , par la pression des rouleaux ou des roues dont la circonférence est dentelée.

L’extension s’obtient, dans les forges, au moyen de la percussion exercée par le marteau du forgeron; l’élévation des marteaux de forge s’opère par des machines ; ils vont frapper fortement contre un ressort , qui se .roule avec une grande vitesse , et au moyen

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duquel le marteau frappe quelquefois 5oo coups par minute , sa force étant plusieurs fois plus considérable que le poids du marteau. On emploie de semblables forges à la fabrication du fer malléable , des planches de cuivre, et de l’acier.

L’or est interposé entre des feuillets de baudruche pour être battu sur une enclume de marbre : on le mélange avec le cuivre ou l’argent, pour cette opération : on le réduit à une épaisseur de trôis cent millièmes de pouce. L’argent en feuille est d’environ cent soixante millièmes de pouce. Cès feuilles se font d’argent sans alliage.

Les procédés qu’en emploie pour perforer , couper y tourner , percer , creuser , scier , moudre et polir, sont à peu près analogues, en ce qui concerne le peu de résistance qu’ils éprouvent de la part des particules des corps qu’ils ont à vaincre. En général , la pénétration s’exécute d’abord par l’effet que nous avons appelé enfoncement , lorsque le volume de la substance pénétrante est considérable; mais si l’on fait usage d’une pointe fine ou tranchante, elle déchire aussitôt la surface dans l’endroit où celle-ci est le plus dépri-

MOYENS UE CHANGER LES FORMES. 1 55 mée, puis elle agit ensuite à la manière d’un coin sur les autres parties latérales de la substance, avec une force d’autant plus grande que le tranchant est plus mince. La résistance qu’oppose à un corps qui le pénètre, un solide ou une substance molle, ressemble en quelque façon à la force du frottement, laquelle est à peu près uniforme, que le mouvement soit lent ou rapide, et détruit une partie de l’énergie de cette force dans un temps quelconque, quelle que soit la vitesse ou l’espace parcouru. De là vient l’avantage d’imprimer un mouvement rapide au corps qui en pénètre un autre, la distance à laquelle il pénètre étant proportionnelle au carré de sa vitesse ou de son énergie , puisqu’il faut un certain degré d’énergie pour le pénétrer entièrement. L’efficacité de la vitesse, dans les cas de pénétration, explique comment des substances tendues, mues trèsrapidement , en pénètrent de beaucoup plus dures : cela rend compte aussi du peu de sensation qu’on éprouve eu recevant une blessure d’un coup de fusil, en raison du peu de désordre qui en résulte pour les parties voisines de l’organisation.

La facilité avec laquelle un petit cotip de marteau fait entrer dans une substance, un clou, dont l’introduction eût résisté à toute la force du bras, fait aisément comprendre l’avantage d’une impulsion , si petite qu’elle soit , ajoutée à une pression même trèsgrande.

Au moyen de l’instrument dont on fait usage dans les constructions hydrauliques , on élève lentement un poids à une hauteur considérable , afin que dans sa chute il acquière assez d’énergie pour asseoir un pilotis : or, si la même force était immédiatement appliquée au pilotis, elle produirait peut-être un effet égal, mais il serait impossible de pratiquer une machine assez forte pour cet effet; et encore, dans le cas où son exécution serait possible, le frottement occasionerait une grande déperdition de force.

Les instrumens dont on fait généralement usage pour diviser les corps solides, sont les coins, les ciseaux et les couteaux : ils agissent quelquefois par pression seulement; mais leur efficacité est plus puissante lorsqu’on y joint l’ impulsion. Voilà pourquoi les haches , les rabots , les scies et les limes, opèrent plus

MOYENS DE CHANGER LES FORMES. l5 7

promptement. Les instrumens tranchans ne sont, à proprement parler, que des coins fort minces. Le fil de tous ces instrumens se fait principalement avec l’acier (i); de même qu’on fait usage du fer pour la fabrication des clous et autres petits articles.

L’opération du percement est une combinaison de la pénétration, de la division et quelquefois de l’attrition. Les alênes , les forets , les vis , les tarières, etc. , sont autant d’instrumens au moyen desquels on fait des trous. Le touret a l’avantage d’un mouvement rapide que lui communique l’arcliet qui le tourne à l’aide d’une petite roue ou poulie. Lorsqu’il s’agit de forer un canon , c’est celui-ci qui tourne tandis que l’instrument est en repos, et cette nouvelle méthode est beaucoup plus exacte que l’ancienne. C’est le contraire pour les cylindres des machines à vapeur, qui sont creusés dans le moule et forés ensuite.

Les procédés d’exploitation des mines se combinent de ceux du percement et du creusage.

Le sciage du bois , entrepris en grand ,

(1) Voir la Chimie, pour la préparation de ce métal.

s’opère par des scies à moulin, mues ordinairement par l’eau : on les place en grand nombre dans un châssis qui les retient parallèlement ; une grue les fait mouvoir de haut en bas, et à chaque tour, une roue dérange le châssis à l’aide d’un taquet, et le porte vers le bois.

Si l’on veut diminuer les dimensions d’une substance, en un endroit quelconque, on emploie les instrumens propres à Yattrition, tels que les râpes , les limes , les pierres à mou « dre et à aiguiser.

Les machines propres à la trituration des matières que l’on veut réduire en petites parcelles, sont généralement connues sous la dénomination de moulins. Les plus simples de ce genre, après les pilons et les mortiers , sont les moulins a foulons , dont les pilons ressemblent aux marteaux des moulins employés à l’extraction des huiles de graines. On s’en sert pour réduire en poudre les minerais métalliques , et quelquefois aussi des écorces d’arbres , la graine de lin , etc. Ces pilons sont garnis en fer.

Lorsqu’on veut démolir ou briser une substance en parties plus petites , on a sou-

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