PHOSPHORE
Ce corps, que la nature ne nous offre jamais isolé, s’y rencontre fréquemment à l’état de combinaison dans chacun des trois règnes , spécialement dans le minéral et l’animal. A l’état de pureté , il est solide et à peu près de la consistance de la cire , rarement incolore, le plus souvent d’une couleur plus ou moins ambrée , transparent quand il est récemment distillé , mais ordinairement translucide seulement ; d’une odeur suigenerisj, très prononcée, que quelques personnes comparent à celle de l’ail , mais qui, selon nous, a la plus grande analogie avec les émanations des étincelles électriques; d’une saveur particulière rappelant l’odeur; d’une pesanteur spécifique de 1,770.
Préparation . — Prenez du phosphate acide de chaux, de consistance mielleuse : mélangez -le exactement avec le quart de son poids de charbon pulvérisé $ chauffez le mélange dans une bassine de fonte, non-seulement jusqu’à le faire rougir obscurément , mais encore jusqu’à ce qu’il s’en dégage des lueurs phosphorescentes. Faites-le re~ troidir rapidement sur des dalles en pierre ; et, dès qu’il sera possible de le toucher avec la main sans se brûler, rem plissez-en, aux trois quarts ou au plus aux quatre cinquièmes, la panse d’une cornue en grès revêtue d’une couche assez épaisse de lut terreux. Disposez cette cornue sur un fourneau à réverbère , mais avec l’attention de ne la pas faire supporter par des barres de fer, parce que la haute température à laquelle elles sont soumises les ramollit et les fait fléchir sous la charge
CIIlMieOBASIE.— MÉDIC AMEN-S CHIMIQUES. 205 de la cornue , qui ordinairement se casse à la naissance de son col. M. Barruel emploie, comme meilleur support, une brique réfractaire, taillée dans le sens de sa hauteur et placée debout sur la grille du fourneau.
Le col de la cornue doit être embrassé étroitement par une alonge en cuivre brâsé, d’un même diamètre intérieur, et qui , à l’aide d’une courbure arrondie, va plonger verticalement dans un bocal en verre, aux deux tiers rempli d’eau. L’extrémité de !’ alonge affleure seulement le liquide» Le bocal est fermé par un bouchon de liège traversé encore par deux autres tubes en verre , qui débouchent simplement au niveau du bouchon. L’un de ces tubes, très court, et libre à lies deux extrémités, dont la supérieure seule est fermée avec un bouchon , est destiné à retirer de l’eau du bocal , à mesure qu’elle est élevée par le phosphore qui tombe au fond. L’autre, aussi long que possible et d’un diamètre de six à huit lignes au moins , est recourbé à angle droit à ses deux extrémités, et va plonger, comme Falonge en cuivre dans un second bocal disposé de la même manière que le premier, à l’exception du petit tube vertical qui cesse d’être nécessaire. Deux autres bocaux sont encore réunis à l’appareil par le môme moyen, et le dernier enfin est muni d’un large tube vertical, à l’extrémité supé rieure duquel est fixée, à l’aide d’un bouchon, une alonge en verre contenant environ un pouce d’eau.
Surmontez le fourneau d’un tuyau de deux à trois pieds. Lutez les jointures, et lorsque le lut est sec, chauffez graduellement de manière à faire rougir presque à blanc la cornue , au bout de trois à quatre heures. Alors, il faut avoir soin de maintenir la chaleur au même degré, en tenant la cornue constamment recouverte de charbon. Le phosphore se volatilise , se condense dans 1 alonge, et tombe au fond de l’eau du premier flacon sous forme de gouttelettes qui , vers les deux
PHAüMACOTECHJNIE.
tiers de ropération, sont complètement incolores et d’une transparence parfaite.
L’opération dure ordinairement de 24 à 30 heures , et pendant tout ce temps, il se dégage continuellement des gaz, et la rapidité de ce dégagement est en raison de 1 intensité de la chaleur à laquelle la cornue est exposée. Ces gaz sont de nature combustible , et ce n est guères qu’une heure après leur apparition , que le phosphore commence à passer. Dès ce moment, il se dépose , dans toute l’étendue des divers tubes de communication, une matière floconneuse , de couleur orangée , qui n est autre chose que du phosphore dans un grand étatde division ; ce phosphore, tenu en suspension pnî les gaz, est abandonné par eux à mesure qu’ils s’éloignent du point où ils ont été produits. A leur moitié, les gaz ont une odeur phosphorée très forte, parce qu’ils contiennent encore une très forte proportion de ce corps; aussi, lorsqu’on en approche une bougie, ils s enflamment et brûlent en blanc comme le phosphore, en répandant une fumée blanche d’acide phosphorique.
On reconnaît que ropération est terminée , d’une part, quand , la cornue restant au rouge-blanc , on ne voit pas omber de gouttelettes de phosphore par l’extrémité
de i’alonge , et de l’autre , quand il ne se dégage plus aucun gaz.
Le phosphore- ainsi obtenu, est fondu sous l’eau , dans une capsule de verre, de manièreà lui donner une forme hémisphérique ; et , quand al est froid , on procède à sa purification en renfermant dans une peau de chamois au travers de laquelle on l’oblige à passer, en le faisant fondre et l’exprimant sous l’eau. Plusieurs auteurs conseillent d employer pour cette expression une pince plate ; niais ce mode d opérer offre de grands dangers , ainsi que 1 expérience La prouvé; car, la résistance ne pouvant être appréciée exactement, on comprime quel-
CmMICOBASIE,— MÉDICÀMENS CHtMrQUES» $6Ü) quefois plus fort qu’il n’est besoin , le nouet se déchire , et le phosphore , projeté hors de l’eau , retombe sur l’opérateur.
Comme le phosphore n exige qu’une température de quarante et quelques degrés pour se fluidifier, condition nécessaire pour le passer, il est préférable de l’exprimer sous 1 eau , avec les mains que l’on amène graduellement à supporter cette température.
L’opérateur doit avoir la plus grande attention de ne retiier ses mains de 1 eau , quaprès avoir détaché de la surface des doigts les petites gouttelettes de phosphore qui peuvent y adhérer.
Pour le mouler en cylindres ou baguettes, le meilleur moyen et le plus prompt consiste à plonger, verticalement à travers 1 eau et jusqu’au fond de la couche de phosphore, un tube de verre que l’on tient deda main droite ; puis on aspire graduellement et avec précaution, par un mouvement de succion , jusqu’à ce que le tube soit rempli aux trois quarts de sa hauteur. Alors, on obture 1 orifice supérieur avec la langue , et ensui te 1 inférieur avec l’index de la main gauche ; puis on ôte le tube de la bouche, on soulève lente'' ment le doigt qui ferme le tube inférieurement , et, après l’avoir secoué doucement et toujours dans l’eau pour en détacner la lame de phosphore appliquée à sa surface, on le refroidit en faisant couler sur toute sa longueur un filet d’eau froide. On a l’attention de ne retirer l’index qui bouche l’orifice inférieur qu’après la solidification du phosphore, changement d’état qui est indiqué par un retrait subit que celui-ci éprouve dans le tube, et qui est accompagné d’un petit choc facile à sentir.
Quelquefois les médecins font entrer dans leurs prescriptions le phosphore pulvérisé. Les pharmaciens l'amenent à cet état en le faisant fondre en petite quantité dans un flacon, aux deux tiers plein d’eau, etlapro-
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portion de celle-ci doit être à celle du phosphore aumoins comme 50 : 1. Le tlacon, bien fermé , est agité rapidement et sans discontinuer, jusqu’au refroidissement complet du liquide.
Suivant M. Casaseca,on obtient un résultat préférable, sous le rapport de la ténuité et de la promptitude , en substituant l’alcool rectifié à l’eau. Mais, dans ce cas, on ne doit pas oublier que l'on obtient aussi de l’alcool saturé de phosphore , autre forme sous laquelle on administre encore ce médicament.