ÉTHER NITREUX
( Ether hyponitreux , Ether nitrique. )
Cet éther est un liquide très mobile, d’un jaune pâle ; d’une odeur forte, éthérée, agréable et tenant de celle de la pomme de reinette mûre; d’une saveur chaude, piquante, légèrement sucrée et rappelant aussi un peu celle des pommes ; d’une pesanteur spécifique de 0,886 à 4 degrés (Dumas et P. Boullay). Il est très volatil, et, sous la pression de 76 centimètres , il entre en ébullition à la température de 21 degrés ; il est très inflammable, et brûle avec une flamme claire et blanche ; il est très peu soin-
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ble dans l’eau; mais soluble en toutes proportibns dans F alcool.
Préparation. - — Des procédés en assez grand nombre ont été successivement publiés pour la préparation de ce produit ; mais il nous suffira de mentionner ici celui de M. Thénard, qui est adopté par le Codex, et celui de Black auquel Mr Berzélius donne la préférence sur tous les autres.
!o Procédé deM. Thénard. — On prend parties égales en poids d’alcool à 36 degrés et d’acide nitrique à o4 degrés , et on les mélange dans une cornue de verre tabulée, d’une capacité triple du volume du liquide; on place cette cornue sur un trépied en fer, et on dispose au-dessous un fourneau que Ton puisse retirer à volonté. Au col de la cornue, on adapte , au moyen d’une alonge , un grand ballon communiquant avec un appareil de Wouîf , composé de cinq ou six flacons alongés , remplis à moitié ou aux deux tiers d’un soluté aqueux saturé de sel marin, et plongés tous dans un mélange réfrigérant. On îute exactement les jointures de l’appareil , en ayant la précaution toutefois délaisser au dernier flacon une petite ouverture pour le dégagement des vapeurs qui ne se condenseraient pas. Alors, on met sous la cornue quelques charbons incandescens, et, dès qu’on voit de petites bulles s’élever du fond du liquide et venir csever a la surface , on retire le feu et on abandonne l’opération a ellemême, en ayant soin de jeter de temps à autre de 1 eau sur la cornue avec une éponge ou un linge, pour modérer la vivacité de l’ébullition qui s’établit. L’opération marche avec rapidité , et est terminée lorsque le liquide cesse de bouillir. On laisse refroidir et on délute.
L’éther, qui s’est condensé dans les flacons de Woulf , est mêlé d’acide nitreux et d’alcool , et forme , à la suiface du soluté salin, une couche de couleur jaune verdâtre; on le recueille à l’aide d’un entonnoir à longue tige , et on le réunit au liquide éthéré et alcoolique qui
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se trouve dans le ballon. On agite le mélange avec un volume d’eau égal au sien , tenant en solution une proportion d’alcali caustique un peu plus que suffisante pour saturer l’acide non combiné. On décante ensuite et on distille sur une petite quantité d’un mélange de chlorure de calcium et de magnésie calcinée.
2°. Procédé de Black. -—On verse, dans un flacon cylindrique , neuf parties d’alcool à 35 degrés ; puis, au moyen d’un entonnoir qui descend jusqu’au fond du flacon et dont l’ouverture est très étroite , on fait parvenir sous l’alcool quatre parties d’eau distillée , en évitant avec soin qu’il ne s’opère un mélange des deux liquides ; enfin on fait arriver sous l’eau , et avec la même précaution, huit parties d’acide nitrique concentré fumant. Le flacon doit être au moins trois fois aussi haut que large , sans quoi la couche d’eau n’a pas assez d’épaisseur. Sa capacité doit être telle, qu’il se trouve rempli jusqu’aux ^quatre cinquièmes. Déposé préalablement dans un lieu dont la température ne doit pas s’élever au dessus de 15 degrés centigrades, il ne doit plus être déplacé lorsque les trois liquides y ont été introduits. On ferme son orifice avec un bouchon perforé et muni d’un tube recourbé, dont la branche latérale se rend jusqu’à la partie inférieure d’un flacon étroit rempli à moitié d’alcool à 35 degrés ; l’acide et l’alcool ne tardent pas à se rencontrer au milieu de l’eau qui d'abord devient légèrement trouble , puis bleue , verte, et enfin limpide et incolore. H s’établit un faible dégagement de gaz accompagné d’un son particulier ; en premier lieu , c’est du gaz acide carbonique qui se dégage , ensuite du gaz nitreux dont la quantité va croissant, tandis que celle du premier diminue sans cesse , sans cependant s’arrêter jamais. Peu à peu, le mélange des trois liquides s’opère à tel point que la couche d’eau devient de plus en plus inférieure et qu’à la fin il ne reste plus que deux couches, l’une supérieure, jaune et consistant en éther nitreux , l’autre inférieure ,
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incolore et acide. Vers la fin de [F éthérification , il se dégage, outre les deux gaz que nous ayons cités plus haut, un peu de protoxide d’azote. La proportion de ces gaz n’est pas considérable ; mais néanmoins, comme ils sont saturés d’éther „ on les fait passer à travers l’alcool qui s’empare de ce dernier et peut ensuite être employé avec avantagea en préparer une seconde dose. Après quarantehuit ou soixante heures au plus, 1 opération est terminée. On ouvre le flacon, et on décante au moyen d’un siphon la couche d’éther.
Avec ce procédé , la plus grande partie de! alcool et de l’acide n’éprouve d’autres changemens que ceux nécessai res à la formation de l’éther , tandis que, par la distillation, l’acide nitrique exerce une action destructive qui réduit notablement la proportion de l’éther produit.
L’éther nitreux bien pur marque 26 degrés à 1 aréomètre de Eaunié; il ne se conserve que difficilement, cai peu de temps après sa préparation, même dans un flacon hermétiquement fermé , il devient acide ; sa décomposition est rendue plus rapide par l’action de la chaleur. On doit donc n’en préparer qu'une petite quantité à la fois, et le renfermer dans de petits flacons parfaitement remplis et que l’on dépose dans un lieu obscur et froid.
Cette extrême difficulté de le conserver sans altération a conduit à lui substituer, pour les besoins de lathéiapeutique, l’éther nitreux alcoolisé ( éther nitrique alcoolise , liqueur anodyne nitreuse On le prépare avec 1 appareil que nous avons décrit dans le procédé deM. Thénard , en remplaçant l’eau salée par l’alcool. L’éther s unit à ce dernier, et l’opération n’est terminée que lorsque le mélangé a acquis le double de son poids primitif; il maique alors trente-deux degrés à l’aréomètre de Baume.
On peut encore l’obtenir en distillant ensemble deux parties d’alcool et une d’acide nitrique.
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ÎSTHER ACETIQUE*
L’éther acétique est un liquide transparent, incolore; d’une odeur éthérée , très suave; d’une saveur particulière, chaude, piquante, agréable; d’une pesanteur spé cifique de 0,866 à 7 degrés centigrades ( Thénard ). Sous la pression de 76 centimètres , il entre en ébullition à 74 degrés. Il s’enflamme facilement et brûle en donnant une flamme blanc jaunâtre, a!ongée,eten répandant une odeur acide. II est peu soluble dans Teau , mais il s'e dissout en toutes proportions dans T alcool , et une quantité d’eau , même considérable , ne peut le séparer de ce dernier qu’en partie seulement.
Préparation. — Cet éther peut être obtenu de plusieurs manières. Autrefois, on le préparait en distillant et recohobant à plusieurs reprises un mélange à parties égales d’alcool à 40 degrés et d’acide acétique à 10 degrés. On terminait l’opération en mêlant le produit avec du carbonate de potasse, et distillant une dernière fois. Ce procédé , qui ne fournit qu’un mélange d’éther et d’alcool, est abandonné aujourd’hui et avec raison. Deux autres procédés sont mis actuellement en usage : le premier est dû à M. Thénard, et le second à MM. Laplanche et Martin ; c’est le dernier qui nous semble
devoir mériter la préférence.
1° Procédé de M. Thénard.-— Introduisez dans une cornue de verre 6 livres d’alcool à 40 degrés ; versez dessus , à diverges reprises et en agitant toujours 4 livres d’acide acétique à 10 degrés ; ajoutez enfin, par petites portions, 1 livre 4 onces d’acide sulfurique à 66 degrés, en mêlant exactement par l’agitation. Placez la cornue sur un bain de sable, et faites-la communiquer, par une alonge, avec un ballon tubulé, rafraîchi par un courant d’eau, et supportant un long tube effilq; lutez les join-
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tures de l’appareil , puis chauffez par degrés , jusqu’à ce que le mélange entre en ébullition , et maintenez la température à ce point. L’opération est terminée lorsque l’on a obtenu 8 livres de produit.
Ainsi obtenu , l’éther acétique est impur : il contient de l’eau, de l’alcool et de l’acide acétique. Pour le puri fier, on l’agite avec une once de carbonate de potasse , puis on décante après vingt-quatre heures de contact , on verse sur du chlorure de calcium , et, au bout de quelques jours, on distille dans le mçme appareil. On obtient ainsi environ 6 livres d’éther marquant 25 degrés à l’aréomètre de Baumé.
2° Procédé de MM. Laplanche et Martin. — Introduisez deux parties d’acétate de plomb concassé , dans une cornue de verre tubulée; versez par dessus un mélange de deux parties d’acide sulfurique à 66 degrés et de deux parties d’alcool à 58 degrés ; montez l’appareil comme dans le procédé précédent , et distillez jusqu’à ce que le produit obtenu égale les 4/5 de l’alcool employé. On purifie l’éther par les moyens indiqués plus haut.
Au lieu d’acétate de plomb, on peut employer l’acétate de potasse , ainsi que M. Thénard l’a conseillé.
ALCALIS VEGETAUX.
( Alcaloïdes , Alcalis organiques.)
On donne le nom d 'alcalis végétaux à des substances particulières, découvertes depuis une vingtaine d’années environ dans différons végétaux , et douées des propriétés des bases saiifiables. Leur nombre ne peut être fixé , d’abord parce qu’il s’accroîtra beaucoup sans aucun doute par les progrès que l’on fait chaque jour dans
CHTMICOBASIE— ‘MÉDICAMEBfS CHIMIQUES. 45 1 l’analyse organique ; ensuite, parce que certains d’entre eux, signalés par plusieurs chimistes , ne possèdent pas une alcalinité évidente^ ou même n’ont pu être obtenus lorsque depuis on s’est occupé de les rechercher.
Nous ne traiterons que de ceux qui ont trouvé des applications en médecine, ou qui, par leur origine, semblent destinés à en recevoir aussitôt que l’on aura suffisamment étudié leur mode d’action sur l’économie. Nous joindrons à l’histoire de chacun d’eux l’indication des sels auxquels ils donnent naissance par leur combinaison avec les acides ; enfin, nous leur réunirons quatre principes immédiats , la pipérine , la salicine , la iupuiine et la gentianine , qui, bien que distincts des alcalis organiques, nous semblent cependant devoir trouver place à la suite.
EMETINE.
Cet alcali, découvert par M. Pelletier, existe à i état de gallate dans les diverses espèces de racines que le commerce de la droguerie nous fournit sous le nom d ’lpècacuanha.
L’émétine pure est pulvérulente ; d’une couleur blanche , le plus ordinairement tirant sur le fauve, et se fonçant encore par l’exposition au contact de l’air ; inodore* d’une saveur amère très faible; n’éprouvant d’autre altération à Pair que celle de l’augmentation de coloration • très fusible et commençant à se liquéfier un peu au-dessous de 50 degrés centigrades ; très peu soluble dans l’eau froide , se dissolvant plus facilement dans l’eau chaude très soluble dans l’alcool , presque insoluble dans l’éther et dans les huiles ; ramenant au bleu le tournesol rougi par les acides ; se combinant avec ces derniers corps en donnant naissance à des sels incristaîlisables et qui, soumis à l’évaporation, laissent des masses d’apparence gommeuse dans lesquelles on aperçoit parfois des rudimens de cristallisation.
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A l'état impur et telle qu’elle se trouve dans les officines, sous le nom à' émétine colorée y elle est sous forme d’écailles transparentes , de couleur brune rougeâtre , d’une odeur presque nulle, d’une saveur amère, très déliquescente et par conséquent soluble dans l’eau.
Préparation.— Traitez la poudre d’ipécacuanlia par l’éther hydratique à 60 degrés , pour enlever une matière grasse odorante qu’elle contient ; épuisez-ïa ensuite par l’alcool à 40 degrés bouillant. Filtrez les solutés alcooliques , et , après avoir retiré une partie de l’alcool par distillation, filtrez de nouveau pour séparer un corps gras , analogue à la cire , qui s’est déposé sous forme de flocons blanchâtres. Faites alors évaporer au bain-marie ; dissolvez le résidu rouge safrané de cette évaporation dans l’eau froide , filtrez et mettez la liqueur en contact avec une suffisante quantité de carbonate de magnésie pour précipiter l’émétine ; recueillez le précipité, faitesle sécher , reprenez-ie par l’alcool rectifié, et enfin faites évaporer jusqu’à siccité , d’abord dans un alambic , puis sur des assiettes dans une étuve chauffée à 50 ou 56 degrés. Le produit est l’émétine colorée ou impure.
Pour obtenir l’émétine pure il suffit d’apporter quelques modifications au procédé que nous venons de décrire. Ainsi , au lieu de traiter à froid par le carbonate de magnésie , on fait bouillir avec un excès de magnésie calcinée, on recueille le précipité sur un filtre, on le lave avec un peu d’eau très froide , on le fait sécher avec soin, on le traite par l’alcool très rectifié bouillant , on filtre et on évapore. Le produit est l’émétine que l’on rend et plus pure et plus blanche en la dissolvant dans un acide étendu , traitant à chaud le sel parle charbon animal lavé à l’acide hydrochlorique , filtrant , décomposant par la magnésie, et traitant le précipité comme on l’a fait d’abord*
CHÏMrCOBÀSIE,— MÉDICAMENS CHIMIQUES, f\W)
VERATRINE.
La vératrine, découverte simultanément en France par MM. Pelletier et Caventou, en Allemagne par M. Meissner , se trouve dans les semences du vératre cévadille, dans les racines du vératre blanc et dans le colchique d’automne, combinée principalement avec l’acide gallique. Telle qu’elle se trouve dans les officines, c’est une substance de nature complexe, suivant M. Couerbe qui la considère comme composée de quatre substances particulières isolées par lui, la vératrine pure , le vératrin , la sabadilline , et la résinigomme ou monohydrate de sabadilline. Mais, comme la vératrine de MM. Pelletier et Caventou a seule été employée eu médecine, c’est d’elle seule que nous nous occuperons ici.
Elle est sous forme de poudre , de couleur blanche; inodore, mais provoquant de vioiens éternuemens par son application sur la membrane pituitaire , même à une dose très faible; d’une saveur sans amertume, mais brûlante, excessivement âcre, provoquant une abondante salivation et fesant éprouver un sentiment particulier de strangulation; fusible à la température de 115 degrés centigrades , et se prenant , par le refroidissement, en une masse translucide jaunâtre. Elle est presque insoluble dans l’eau froide, soluble dans mille fois son poids d’eau bouillante , très soluble dans l’alcool , peu ou même point soluble dans l’éther exempt d’alcool; elle se dissout, à chaud, dans l’essence de térébenthine. Elle rétablit la couleur bleue du tournesol rougi par les acides, et elle sature ces derniers, avec lesquels elle forme des sels qui prennent l’apparence de masses gommeuses par la dessication, et dont plusieurs sont cristallisables.
Préparation . Pour l’obtenir, on épuise par l’eau
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bouillante la poudre de semences de cévadille , on passe le décocté et on y verse un soluté d’acétate de plomb neutre, jusqu’à ce que cet agent ne produise plus de précipité; on filtre, on précipite le plomb de l’acétate en excès par un courant de gaz acide hydrosulfurique , et l’on porte à fébullition pour chasser ce dernier. Alors , on filtre de nouveau , on fait bouillir avec un excès de magnésie calcinée, on recueille le précipité, on le lave à l’eau froide, on le fait sécher et on le traite par l’alcool bouillant. Enfin, en fesant évaporer ce soluté alcoolique ou en l’étendant d’eau, on obtient la vératrine à l’état de poudre jaunâtre , que l’on purifie, soit au moyen de la solution dans l’alcool et de l’évaporation ou de la précipitation, soit en la combinant avec un acide et en traitant le sel par le charbon animal lavé, comme nous l’avons dit au sujet de l’émétine.
M. Gouerbe a proposé le procédé suivant pour obtenir cet alcaloïde. On prépare, avec les semences de cévadille et l’alcool à 56 degrés, un extrait que l’on fait bouillir pendant quelques ins tans dans de l’eau acidulée par l’acide sulfurique; on précipite la vératrine par la potasse caustique , et on la purifie, d’abord en la reprenant par f alcool et la fesant évaporer , puis en la salifiant, traitant par le charbon animal , précipitant de nouveau par un alcali et fesant sécher. C’est de la vératrine ainsi préparée que cet habile chimiste a retiré les quatre substances nouvelles dont nous avons donné les noms en commençant cet article.
SULFATE DE VERATRINE.
‘ sel, d’après M. Gouerbe, est en longues aiguilles déliées , qui paraissent être des prismes à quatre pans; il est incolore , inodore , d’une saveur semblable à celle de
la vératrine, soluble dans 1 eau.
Préparation.— -On triture la vératrine avec un peu
CHIMICOBASIE.— — MEDICAMENS CHIMIQUES. /]ù$
d’eau acidulée par l’acide sulfurique , et, quand toute la masse a acquis beaucoup de densité et a revêtu un aspect spumeux , on ajoute un peu plus d’eau et on chauffe au bain-marie pour rendre la solution parfaite. Cette solution est facilitée par l’addition d’une très petite quantité
d’acide. Lorsque le tout est dissous , on filtre , et on abandonne la liqueur à elle-même. Après deux ou trois jours de repos, la cristallisation commence, et , quand elle est complète , on sépare le sel par décantation , on le lave, puis on le fait sécher sur du papier non collé.