‹ Traité élémentaire de pharmacologie. Contenant la description sommaire des substances médicamenteuses simples; la préparation des médicaments officinaux et magistraux français et étrangers; l'appréciation des propriétés physiologiques des médicaments, leurs modes d'administration et l'art de formulerChapitre 68 sur 525 · CONGÉLATION · texte numérisé non relu

CONGÉLATION

La congélation fait passer à l’état solide , par la soustraction du calorique latent, un corps naturellement liquide à la température ordinaire.

On s’en sert pour faire de la glace ; ou peut y parvenir au moyen d’un appareil dans lequel un liquide susceptible de se réduire très rapidement en vapeurs sous la pression ordinaire de l’atmosphère , se vaporise à la surfaee d un vase, et soustrait par là le calorique à une

quantité déterminée d’eau contenue dans l’intérieur de cevase.

Nous croyons à propos de signaler ici le procédé le P us avantageux dont on puisse user en pareil cas ; il a ete inventé par M. Decourdemanche , et modifié par M. Boutigny, d’Evreux. Nous en empruntons au Bulletin ae i nerapeutujue la description suivante.

3 J S JPHARMACOTECHNlE,

a 1° Une boîte en bois de chêne , de treize ponces six lignes de longueur , de trois pouces de largeur et de six pouces de hauteur; toutes ces mesures prises de dedans en dedans ;

« 2o Deux boîtes en fer-blanc , construites dans la même forme, mais ayant chacune douze pouces de longueur , sept lignes de largeur et six pouces six lignes de hauteur.

« La boite en bois est destinée à recevoir le mélange frigorifique ; les deux boîtes en fer-blanc devront contenir l’eau qu’on se propose de convertir en glace.

<c Le mélange frigorifique se compose de trois livres d’acide sulfurique affaibli par une addition d’eau telle qu’il ne marque plus que quarante et un degrés à L aréomètre ou pèse-acide. Dans le cas où on n’aurait pas cet instrument à sa disposition, on arriverait à ce résultat en mêlant ensemble sept parties en poids d’acide sulfurique du commerce, qui indique en général soixante-six degrés à l’aréomètre , et cinq parties d’eau également en poids.

« Quelques réflexions sont indispensables sur cette première opération.

cc Au moment ou se fera le mélange d’acide et d’eau qui vient d’être indiqué, il se manifestera un très grand dégagement de calorique , et la température de la liqueur s’élèvera considérablement. Il faudra donc éviter toute précipitation en versant l’eau dans l’acide, ou l’acide dans l’eau , et sur-tout n’employer pour cette opération qu’un vase de grès qui présentera une résistance convenable.

cc Lorsque la température du mélange aura été ramenée à celle de l’atmosphère dans laquelle on opérera , ou, en d’autres termes , lorsqu’il sera refroidi, il sera propre à l’usage auquel il sera destiné. On le versera , à la dose de trois livres , dans la boîte de bois , et on y ajoutera à l’instant même quatre livres de sulfate de soude bien

MODES DE PREPARATION» . I y g

pulvérisé; on agitera un moment ce mélange à l’aide d'un bâton, et on y plongera les deux boîtes de fer-blanc, préalablement remplies d’eau pure et nette.

« Ces deux boîtes devront être placées de manière à

laisser entre elles et les parois intérieures de la boîte en

bois un léger intervalle, afin que le mélange d’acide et

de sel puisse circuler librement autour des boîtes de ferblanc.

« L’effet de ce mélange est tel , qu’un thermomètre qui y serait plongé indiquerait presque à l’instant un abaissement de treize degrés et au-delà : au bout de dix minutes , l’eau contenue dans les boîtes de fer-blanc commencera à se troubler, et bientôt des glaçons se formeront contre les parois intérieures. Quinze minutes après , l’eau des boîtes et le mélange frigorifique seront ramenés à une température commune, et dès lors ce

dernier ne sera plus utile pour la continuation de l’opération. 1

« Il conviendra donc de procéder à un nouveau mélange qu’on substituera au premier, et dans lequel les boites de fer-blanc devront être plongées de nouveau Les glaçons augmenteront bientôt de volume ; ils seront adhérens aux parois intérieures, et il sera indispensable de les en détacher soigneusement. Cette opération se fera avec une grande facilité en pressant plusieurs fois entre les doigts , pour les rapprocher l’une de l’autre es feuilles de fer-blanc qui composent les grands côtés’ des boites ; par ce moyen, la partie de l’eau qui ne sera point encore convertie en glace se mettra directement en contact avec les parois de fer-blanc , et elle recevra immédiatement l’effet des mélanges frigorifiques : cette pe i . opération est de la plus grande importance , et le succès dépend presque entièrement de son exécution.

« En général , après quarante ou cinquante minutes eau est totalement convertie en glace. Si , contre toute en e , ou n était arrivé qu’imparfaitement à ce résultat,

l8o . PHARMACOTECHNIË.

il faudrait recourir à un troisième mélange, et procéder

comme ou l’a indiqué pour les deux premiers,

« Chacune des deux boîtes contiendra une tablette de glace très pure et très solide , du poids d’une livre et demie.

« Il reste, pour compléter cette note , à présenter quelques observations générales.

ce Lorsqu’on opérera pendant l’été , il sera très utile de préparer ses mélanges dans une cave dont la température constante est à peu près de dix degrés au-dessus de zéro ; on emploiera l’eau sortant du puits , et on mettra à la cave , avant d’en faire usage , l’acide et le sulfate de soude.

cc Enfin, on devra apporter quelque soin dans le choix du sulfate de soude , et éviter d’employer celui qui serait effleuri. L’inobservation de cette recommandation a dû contribuer à faire échouer l’opération. »

Depuis , on a reconnu que l’acide hydrochlorique produit un abaissement de température plus grand que l’acide sulfurique.

On emploie encore la congélation, quand l’hiver le permet , pour concentrer le vinaigre et le vin , et pour isoler des substances qui sont congelables à des degrés de température différens. Lorsque l’on soumet le vinaigre à la gelée, c’est la partie restée liquide que l’on conserve, les glaçons n’étant formés que d’eau congelée. Il en est de même à l’égard du vin , et nous dirons à ce sujet que des propriétaires aisés de quelques vignobles emploient ce moyen pour avoir du vin qui conserve tout son parfum et sa délicatesse , quoique acquérant un degré de vinosité inconnu jusqu’alors. Des vins fins de Bourgogne, réduits au quart par ce procédé , fournissent un véritable nectar.

La solidification est une opération qui se rapproche beaucoup de la congélation , en ce qu’elles amènent toutes deux un état dépendant du plus ou moins du calori-

MODES DE PRÉPARATION» l8i

que soustrait aux corps. La synonymie peut en être assez bien tranchée delà manière suivante. Dans la congélation, on soustrait du calorique ; dans la solidification, on cesse d’en introduire. Ainsi, on congèle le mercure en le soumettant à une action réfrigérante , et on solidifie le plomb fondu en le laissant refroidir. Dans le premier cas, Fopérateur est actif; dans le second, il est passif.

Il est des substances qui peuvent , comme la graisse , passer par les deux états de solidification et de congélation.

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