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CHAPITRE PREMIER

Des degrés d'assentiment. — Certitude et probabilité.

286. Degrés d'assentiment. — Avant d'étudier les lois que suit l'entendement dans l'acquisition de la vérité, il est bon de faire connaître les différents états où l'esprit peut se trouver par rapport au vrai et au faux : par exemple, s'il possède le vrai, c'est la science; s'il en est privé, c'est l'ignorance; s'il hésite, •c'est le doute, etc. C'est ce que Bossuet (I, xiv) appelle les dwpositions de l'entendement, et Leibniz avec Locke {Essai, IV, xvi), les degrés d'assentiment. Kant a également consacré un chapitre à ce sujet dans sa Crî7/gue de la raison pure {Méthodologie transcendantale, ch. ii, sect. III).

La science. — Bossuet définit la science par les caractères suivants :

1. Les scolastiquea «iprimaient cette différence en diitingiunt sm lofica doevu «t une \9gitM v,tens.

Quand par le raisonnement on entend certainement quelque chose, qu'on en comprend les raisons, et qu'on a acquis la faculté de s'en ressouvenir, c'est ce qui t'appelle science. Le contraire s'appelle ignorance.

La certitude. — Le caractère propre de la science est la certitude. Qu'est-ce que la certitude ? C'est l'état de l'esprit qui adhère à la vérité sans aucun mélange de doute. Pour l'entendre il faut définir le doute.

Le doute. — Le doute est la suspension au jugement. Lorsque les raisons qui militent en faveur d'une opinion sont ou nous paraissent équivalentes à celles de l'opinion contraire, nous ne pouvons nous prononcer entre elles; nous ne donnons notre assentiment ni à Tune ni à l'autre : nous restons suspendus entre les deux (dubitatio) : nous doutons.

Ainsi la science, considérée au point de vue subjectif, c'est-àdire au point de vue du sujet pensant, se caractérise par la certi' tude et s'oppose au doute : mais au point de vue objectif, elle se caractérise par la possession de la vérité et elle s'oppose soit à l'ignorance, soit à l'erreur.

287 Le Traî et le faux. — Qu'est-ce que la vérité î

Le vrai, dit Bossuet, est ce qui est ; le faux est ce qui n'est pas.

On peut, en effet, entendre la vérité, soit comme un attribut de la pensée, soit comme un attribut des choses. Dans le premier sens, le vrai est la conformité de la pensée à son objet, c'est-àdire à ce qui est. Dans le second cas, c'est l'être lui-même, et, comme dit Bossuet, c'est ce qui est \ Ainsi on dira, dans le premier sens, que j'ai une pensée vraie, quand je prédis une éclipse et que celte éclipse a lieu en effet : car ma pensée était conforme à l'objet Dans l'autre sens, toutes les lois de la nature, les propriétés géométriques, l'ordre mural, l'essence de Dieu, en un mot, l'ensemble des choses compose la vérité; et comme Dieu est le principe de cet ordre, c'est lui qui est la vérité môme : Ego sum veritas.

De même, le faux peut être considéré soit dans la pensée, soit dans les choses. Dans la pensée, c'est la non-conformité de la pensée à son objet. Dans les choses, c'est ce qui n'est pas.

'iSS. L'erreur et l'iguorance. — Il importe maintenant de distinguer Yerreur de Vignorance :

Errer, c'est croire ce qui n'est pas; ignorer, c'est simplement ne savoir pas.

1. On a oDJecté (Hartzen, Principes de lo- est un sophisme : car le mensonjjfe coniiaM \ fique, note \) que si le vrai est ce qui est , dira ce (lui n'est pat. M ntentonge doit être vrai. Cette objection

Socrate disait avec raison que l'erreur est une double ignorance : car celui qui se trompe ignore la vérité, cela est évident ; mais de plas il ignore qu'il l'ignore : c'est donc ignorance sur ignorance.

On a pu remarquer que dans sa définition de la science Bossuet introduit la mémoire; c'est, dit-il : « la faculté de se ressouvenir ■ de ce qu'on a une fois compris. Locke est du même avis (IV, xvi, g 1.) La science implique donc l'assentiment non seulement à ce que l'on comprend actuellement, mais encore à ce que l'on se souvient d'avoir compris : car aucun géomètre ne peut avoir à la fois toute la géométrie présente à l'esprit : et c'est par là aussi, comme l'a remarqué Descarteg, qu'il peut y avoir une part de doute, même dans la scieace : t Car je me souviens d'avoir souvent estimé beaucoup de choses pour vraies et certaines, lesquelles, par après, d'autres raisons m'ont porté à juger absolument fausses.» I" Méditation

L'opinion et la foi. — Indépendamment de la science, il y a encore deux états de l'esprit par rapport à la vérité : Vopinion et la foi. — Vopmion consiste à juger c sur des raisons probables et non tout à fait convaincantes ».

C'est l'opinion, qui • encore qu'elle penche d'un certain côté, ainsi qu'il a été ■dit, n'ose pas s'y appuyer tout à fait, et n'est jamais sans quelque crainte ».

Dans la pratique, l'opinion arrive souvent à une confiance presque aussi grande que celle que donnerait la science , car, dit

Locke :

Il n'y a peut-être personne au monde qui ait le loisir, la patience et les moyens d'assembler toutes les preuves de part et d'autre... cependant le soin de notre vie et de nos plus grands intérêts ne saurait souffrir de délais, eC il est absolument nécessaire que noire jugement se détermine. » (IV, xvi, g 3.)

Mais cette certitude toute pratique de l'opinion n'est pas comparable à la certitude absolue de la démonstration scientifique.

La foi. — C'est un état de l'esprit qui consiste à croire, dit Bossuet, sur le témoignage d'autrui, et alors, ajoute-t-il :

Ou c'est Dieu qu'on croit, et c'est la foi divine, ou c'est l'homme, et c'est la foi humaine.

La foi divine n'est sujette à aucune erreur, parce qu'elle s'appuie sur le témoignage de Dieu, qui ne peut tromper, ni être trompé. — La foi humaine, en certains cas, peut être aussi indubitable, quand ce que les hommes rapportent pa-;se pour constant dans tout le genre humain, sans que personne le contredise, par exemple, qu'il y a une ville nommée Alep et un fleuve nommé Euphrate, et quand nous sommes très assurés que ceux qui nous rapportent quelque chose n'ont aucune raison de nous tromper.

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