‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 99 sur 313 · RAPPORTS DU PHYSIQUE ET DU MORAL · texte numérisé non relu

RAPPORTS DU PHYSIQUE ET DU MORAL

e. Toute maladie du cerveau altère plus ou moins profondément les facultés intellectuelles. La congestion sanguine donne le délire; la congestion séreuse produit la stupeur. L'apoplexie détruit momentanément la connaissance et peut provoquer ralTaiblissemeril des facultés. Le ramollissement du cerveau amène une dégradation croissante de l'intelligence; un coup sur la tête détermine la folie.

d. Des expériences directes ont fait voir le rapport certain de rintslligence avec les lobes cérébraux. Dans certaines opérations qui mettaient le cerveau à découvert, on a pu ôter ou rendre à volonté les facultés intellectuelles en comprimant ou en ne comprimant pas le cerveau. Les expériences de Flourens sur le cerveau des pigeons ont prouvé que toutes leurs facultés morales et intellectuelles disparaissaient avec les portions du cerveau enlevées par l'opération et renaissaient avec elles *.

e. On a même commencé à localiser quelques-unes des facultés intellectuelles dans certaines parties du cerveau*. Ainsi beaucoup de faits semblent autoriser la supposition que la faculté du langage réside dans l'iiémisphère gauche du cerveau ' , que les couches optiques sont l'organe où se concentrent toutes les impressions sensitives et centripètes, et les corps striés, l'organe où se concentrent les réactions motrices ou centrifuges (31). On a lieu de croire, suivant M. Flourens, que le cervelet est l'organe ou le principal des organes qui servent à la coordination des mouvements. Enfin, on croit que la pensée proprement dite a pour siège hsubstance grise ou substance corficaie (31). Inégalité d'action des deux hémisphères (Bichat, 1, art. l, § 1, p. 17).

l'Activité. — Pour ce qui est de ['activité, il y a lieu à considérer successivement ['instinct, ['habitude et h volonté.

a. L'instinct eA évidemment lié ? l'organisme : car àdes organismes différents correspondent des instincts différents. Les carnivores, à moms (|u'ils n'aient été adoucis par la domestication, cm (les tendances à la férocité. Les herbivores sont au contraire doux et sociables. De plus, quoi(jue l'instinct ne soit pas puremctit, automatique, il est lié cependant à un certain nombre de mouvements réllexes qui doivent être préalablement coordonées

i. La cervelle chct les pigeoni se régénère convolulion distincte du cerveau. Cette doctnr.a

farilemcnl. Il paraîtrait même que les hénii- est aujourd'hui coniplèlement abamloMiiDe

splicn-s loui einiers peuvent se reformer quand mais le priiioip»» de loc.ilisalion c'est |ia> con-

ils ont éië înlevés. daiiiné |iar là. Voy. notre livre sur le Cerveau

2. I,a ll.éorie de la localisation des facultés et la pensée, cii. iv. avait été prcniaturément essayée par la plirdiio- 3. Sur ['Avliasie ou perte de la faculté d«

Icgie; cette doctrine, fondée parle 0' G ill, ro- l:inga^'e, et sur le sicg-e de cette faculté, »<W,

c'.iMiaisïait un très graud nombre de facultés le mèaie ouvrage (ch. vil). (3à) qui se localisaient chacune dans une cir-

pour que l'instinct puisse non seulement s'exercer, mais encore se montrer.

b. L'habitude a son principe dans u n acte de l'âme; par conséquent elle est plutôt un efletde l'influence du moral sur le | hysique que du physique sur le moral : mais il y a réciprocité et réaction. Une fois l'habitude contractée, elle commande à la volonté, elle entraîne l'homme: c'est ce que Pascal appelle la wachine. Or qu'est-ce que l'habitude une fois contractée? Ce n'est plus qu'un pur automatisme, une trame de mouvements réflexes: la part de l'habitude dans notre vie n'est donc encore que la part du physique.

c. La volonté elle-même, quelque immatérielle qu'elle puisse être, n'est pas sans subir l'influence du physique. On voit en -eff'et l'âge, la maladie, la paralysie éteindre, amortir, abolir la volonté; elle ne cesse pas d'exister, mais elle cesse d'agir lorsque son premier instrument d'action, celui qu'elle affecte immédiatement, le cerveau, vient à lui faire défaut.

284. IL Influence dn moral snr le physique. — Nous avons maintenant à retourner la médaille, et à étudier réciproquement l'influence du moral sur le physique. Cette influence se manifeste non seulement dans les facultés supérieures telles que l'entendement et la volonté, mais encore dans les opérations dites sensitives, telles que l'imagination et les passions.

Imagination. — L'influence de l'imagination sur l'organisme a été connue de tout temps. On en cite de nombreux exemples. Tout le monde sait que l'idée du bâillement provoque aussitôt le bâillement lui-même ou la tendance à le reproduire. La pensée seule d'un objet effroyable détermine le frisson; l'idée d'une substance nauséabonde peut, chez certaines personnes délicates, provoquer le vomissement; la pensée des aliments provoque la sahve, etc.

Un psychologue anglais, M. Bain', a généralisé ces observations -et les a ramenées à ce principe, que la repiésontation mmiale d'un objet tend à faire renaître en nous les mouvemenls physiques qui ont été primitivement associés à la sensation de cet objet. Un enfant ne peut décrire une scène où il a pris part sans la mimer en quelque sorte. Un chien qui rêve remue les pattes et quelquefois aboie. Quand nous nous rappelons le souveniid'un

1. Baiu, Sens et entendement, part. II, cb. 1. 1 8 : Seutimeiu idéaux du mouvcmeat

IlAPI■o^^s ne i>iiYsiQ<ie et do moral. 3^3

mol ou d'une phrase, nous sentons nos organes s^ariler commA .'.s vou aient la reproduire. L'idée est en quelq,Tsorle un. articulation rudimentaire, une articulation sup^ira . Le ertlL ou C,scmat,on es. la production de l'acte craim. déterm n7e p!r la forme même de l'image qui le représente. Il Jades per Inès dont les nerfs sont faibles et incontinents, et qui ne p^uven pen.er .ans se parler à elles-mêmes. L'idée 'va jnlqu^ Te |e a sensation ou dumoins une pseudo-sensation, et en reprodu e 1 effets physiques. On dit que l'idée d'un coup sur la m^ain p u aller jusqu a irriter et enflammer la peau. On croit que les pla es mêmes des stiomatisés pourraient être les efl-ets de l'imagTna ion On sait aussi quelssonl cesefl-ets dans le magnétisme aniSd °ns' la médecine. On guérit les malades par l'imaginalion.On si'Ce des personnes que l'on a guéries avec des remèdes appârën s (eau pure, mie de pain), en leur faisant croire qu'ils éS de rlus énergiques, ou par une action purement morale D'aÙ.res au contraire auraient été tuées par la croyance qu'elles aval m pris du poison quoiqu'il n'en fût rien. Boerhaave ^3 rà Harlem une épidémie convulsive en menaçant le malfde d Wer

Pâmons. — Us passions agissent sur le phvsique de deui manières : i par des phénomènes expressifs ; a-'pa? des phénC menés organiques concomitants, et non expressifs "' P"™"

les suivïr-'^o^srr''''^' 'r p^^^""^' ^"™"' «''"' '. ^«n'

les suivants . 1 Les mouvements respiratoires : spasmes cris «emissemeuts, sanglots; 2- les mouv^ements du cœur qii T viennent expressifs, si on met la main sur la poitrine 3Mes mouvements du nerf facial, ou mouvements de laphysioiom e i- les mouvements des yeux; 5- Les mouvements des membres' ou gestes, et du corps tout entier. memores

Tous ces faits appartiennent au système musculaire. lien est d autres qui appartiennent à la vie organique, tels que • leschan

l'eTa'ptu ™'"'"''"' '^ ""■'""'"'" ''"™-' 'es ehangemen"

Quant aux phénomènes non expressifs, Bichat les résume ains •

^e orSuë La cTl " "" f,'!^"?™-!, une altération dans 1. vie organique. La colère accélère les mouvements de la circula

lable. Ujoie 1 accélère légèrement, et la détermine vers l'or-

I. ll.il» d. Bim, l>J,.i,„ a mwai, p. m. t. Un M. 1, a., n,, t.

gane cutané. La crainte agite en sens inverse; elle se caractérise par la faiblesse du système vasculaire, qui amène la pâleur. — Quelquefois es passions vont jusqu'à arrêter le jeu des organes respiratoires, et amener des syncopes et même la mort. La même influence se produit sur la respiration; de là les étouffements, les oppressions, etc. ; même influence sur les phénomènes intestinaux : vomissements spasmodiques, interruption subite des phénoiDènes digestifs, affections d'entrailles, des intestins, de la rate ; influences sur les sécrétions, les exhalations, l'absorption^ la nutrition.

Ces expressions : gécher d'mvie, être rongé de remords, être consumé par la ristesse, n'indiquent-elles pas combien les passions modifient le système nutritif... Les passions de la nourrice communiquent à son lait un caractère nuisible d'où naissent souvent diverses maladies pour l'enfant i.

Intelligence. — L'intelligence proprement dite n'agit pas d'une manière directe sur l'organisme; elle n'agit sur lui que par intermédiaire, soit par l'action de l'imagination et des passions que nous venons d'étudier, — soit par la volonté, dont nous allons parler. Faisons seulement remarquer avec Bossuel que si^ en un sens, l'intelligence obéit à l'imagination et en a besoin pour penser, en un autre sens elle lui connnande et s'en sert comme d'un instrument.

4.insi l'entendement du géomètre, tout en étant tenu de se servir de lignes et de figures, contraint cependant ces lignes, ces figures, ces lettres et ces chiffres à signifier les choses de l'esprit.

Volonté. — C'est surtout dans la volonté que se marque l'empire de l'âme sur le corps, et l'intelligence elle-même ne commande aux sens qu'en tant qu'elle se lie à la volonté.

Bossuet (III, XV, XVI et xvii) expose les effets de la volonté sur les organes, et pas les organes, sur l'imagination et la passion :

Un corps ne choisit pas où il se meut; il va comme il est poussé. Au contraire je tourne où je veux, comme je veux, et seulement parce que je le veux.

C'est grâce au pouvoir que la volonté exerce sur les membres, que nous pouvons nous rendre maîtres de beaucoup de choses qui par elles-mêmes ne semblaient pas soumises à la volonté : par exemple, la nutrition, qui paraît entièrement indépendante de nous; mais l'âme, maîtresse des membres extérieurs, donne ù l'estomac ce qu'elle veut, et dans la mesure que la raison prescrit.

De même l'imagination ou les passions naissent des objets; et par le pouvoir |ue nous avons sur les mouvements extérieurs, nous pouvons ou nous rapprocher, u nous éloigner des objets.

En outre, les passions, dans leur exécution, dépendent des mouvements extéieurs : il faut frapper pour achever ce qu'a commencé la colère : il faut fuir pour achever ce qu'a commencé la crainte : mais la volonté peut empêcher la main de frapper et les pieds de fuir.

i. Bicbat, del* Vie tt de la Mort, part. I, art. vi, | L

RAPPORTS DU PHYSIQUE ET DU MORAL. 3i6

C'est & l'âme qu'est réservé de lâcher le dernier coiip.

Non seulement l'âme peut empêcher le dernier effet des passions, mais elle peut encore les modérer dès le principe par le moyen de l'attention qu'elle fera à certains objets, ou dans le temps des passions pour les calmer, ou devaai les passions pour les prévenir.

En effet l'âme peut exercer son empire sur le cerveau ; par raltcnlion elle en « apaise ragitalion naturelle » ; et pour cela elle n'a nul besoin de connaître le cerveau. Il suffit qu'elle Teuille ce qui dépend immédiatement d'elle, à savoir, être attentive : le cerveau obéit naturellement et par la seule subordination du corps à l'âme. Il est même nécessaire, « pour le repos du cerveau, d'en brider les mouvements irréguliers ».

Non seulement l'âme peut calmer le cerveau, elle peut encore

L'exciter en tel endroit qu'il lui plait, pour rappeler les objets selon ses be* «oins.

De là un nouveau moyen d'agir sur nos passions, et « c'est le plus bel effet de l'attention ».

Le principe de la passion, c'est l'Impression puissante d'un objet dans le cer- ▼eau : l'effet de cette impression ne peut être mieux empêché qu'en se rendant attentif à d'autres objets.

Il en est des esprits émus et poussés d'un certain côté comme d'une rivière qu'on peut plus aisément détourner que l'arrêter du droit fil : ce qui fait qu'on réussit mieux dans la passion en pensant à d'autres choses qu'en s'opposant directement à son cours... il faut calmer les esprits par une espèce de diversion et ■e jeter pour ainsi dire à cêté, plutôt que de combattre de front.

En exposant l'influence du moral sur le physique, faut-il dire avec Cabanis (XI' Mémoire, § 8) que ce n'est autre chose que € l'influence du système cérébral, comme organe de la pensée et de la volonté sur les autres organes, > ou, suivant l'expression de Bichat, « de la vie animale sur la vie organique »? Mais nous n'abordons pas encore ici la question de la nature de l'âme qui sera Irailée plus loin on inélapliysi(iue (GOS) ; nous nous pU^on;^ ici surtout au point de vue de l'expérience : à ce point de vue, on appelle moral cequi eslpourcliacunde nous l'objelde sa propre conscience, et p/tysi^uecequiesirobjel de l'observnlion externe Or, c est un fait certain que si les phénomènes physiques qui se passent dans le corps agissent sur les phénomènes intérieurs ou psychologiques, — réciproquement les phénomènes psychologiques réagissent sur les phénomènes physiques : c'est cette double action qu'il importe de bien comprendre à la fois.

Il ne faudrait pas croire que l'influence du moral sur le physique fût moindre que celle du physique sur le moral, parce que

Ton peut citer un bien plus grand nombre de faits en faveur de la seconde thèse que de la première : mais cela n'est d'aucune conséquence. C'est seulement une preuve que les circonstances physiques qui agissent sur l'âme sont très diverses, tandis que l'action que l'âme exerce sur le corps par la volonté est très uniforme ; mais cela ne l'empêche pas d'être constante pendant la veille et dans l'état de santé, et cette influence se vérifie autant de fois que nous exerçons notre empire sur notre corps.

285. Objet de la log^ique. — La Logique est cette partie de la philosophie qui traite des lois de l'esprit humain dans son rapport avec la vérité. En tant qu'elle étudie ces lois elle est la science du vrai; en tant qu'elle en lire des règles pour la conduite de l'esprit, elle est Vart de penser.

Elle se divise donc en deux parties : en tant que science, elle est ce qu'on appelle logique pure ou logique formelle; en tant qu'art de penser, elle est la logique appliquée ou méthodologie^

SECTION I

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