‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 104 sur 313 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

liM principes du raisoBaemeat

On appelle lois formelles de l'esprit les lois inhérentes à la nature de la pensée, et qui sont indépendantes de l'existence de tout objet.

Ces lois sont \es principes logiques, sans lesquels il est impossible de raisonner et même de penser (183). Nous devons donc les étudier avant tout le reste, comme étant les conditions à priori de tout acte logique, comme les axiomes mêmes de la logique.

299. les trois ppincipes de la pensée. — Toute la raison humaine est dominée par un principe fondamental, l'accord de la pensée avec elle-même ; et ce principe lui-même se décompose en deux autres : le principe d'identité (principium identitatis) et le principe de contradiction {principium contradictionis), auxquels on ajoute souvent un troisième principe qui se déduit du précédent : le principe du tiers exclu (exclusi tertii).

300. Principe d'identité. — Le principe d'identité, le plus simple de tous, exprime la nécessité, pour la pensée, que chaque terme soit conçu comme identique à lui-même c'est-à-dire comme ne changeant pas au moment où on le pense et en tant qu'on le pense. Car si, au moment où je dis : Pierre est homme, le sujet Pierre venait à changer quand je pense à l'attribut; ce que je dis du premier sujet pourrait ne plus être vrai du second ; il en est de même de l'attribut, si l'idée de cet attribut changeait en même temps que je le pense.

On a exprimé le principe d'identité de beaucoup de manières différentes. La plus simple et la plus abstraite est celle-ci : A est A ; c'est-à-dire : toute chose est elle-même, et que l'on exprime

encore en disant : tout sujet est son propre prédicat : omne subjectumest prœdicatiini sui.

On n'énoncerait pas un autre principe, mais le même sous forme négative, si on disait : Non-A est non-A, seulement^ dans cette formule, le sujet est un concept négatif ; mais ce qui est vrai du concept positif est vrai aussi du concept négatif.

Un corollaire du principe d'identité est ce que l'on appelle le principe de convenance {principium convenientiœ *), qui se formule ainsi : A qui est B, est B; c'est-à-dire que tout caractère contenu dans la compréhension du sujjet lui convient comme attribut. Ainsi le principe d'identité dit simplement : la neige est la neige. Le principe de convenance dit : tout ce qui est blanc est blanc.

On a fait valoir contre le principe d'identité que ce principe est une tautologie absolument vide, et qui ne nous apprend rien.

On ne soutient pas que le principe d'identité nous apprenne quelque chose, mais seulement qu'il est la condition sous-entendue de toute pensée, à savoir : Je 'pense ce que je pense.

D'ailleurs, il n'est pas aussi infécond qu'on le soutient : car il peut servir à prouver que les choses ne sont pas un mouvement absolu. En effet, si tout changeait sans cesse, ma pensée changerait au moment même où je la pense, et dès lors je ne penserais pas du tout. Mais ce n'est pas ici le lieu d'engager cette discussion, qui appartient à la métaphysique; il nous suffit, au point de vue logique, de montrer que l'on ne peut nier le principe d'identité sans nier la pensée elle-même. Sans doute Hegel * a raison de dire que nul ne se dit à soi-même, ni ne dit aux autres : Une plante est une plante; une planète est une planète ; mais on le pense sans y penser, et on ne le remarque pas, parce que cela est inutile. Mais cela est inutile précisément parce que c'est la loi fondamentale de la pensée.

3U1. Prîmcîpe de contradsctiou. — Le second principe de la logique est le primipe de contradiction {principium contradictinnis). 11 signifie que deux propositions dont l'une nie ce que l'autre affii-me, ne peuvent être vraies ensemble : en d'autres termes, on ne peut à la fois nier et affirmer la même chose.

i Uheryrag, Logik g. » I. Hegel, Logique, 9 Ht,

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