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DES TERMES

Quoique la logique soit l'art dp penser, et qu'elle ait pourobjel propre les idées, cependant les logiciens ont toujours trouvé plus commode de considérer Vexpresston des idées que les idées elles-mêmes. L'idée exprimée est ce qu'on appelle le terme. C'est de même que tout ce qu'ils ont à dire sur les jugements. ils l'appliquent aux propositions, et sur les raisonnements, aux syllogismes. Il serait aussi impossible au logicien de faire la logique sans les mots, qu'au mathématicien de faire l'arithmétique sans les noms de nombre.

1 Ail /si le terme est « ce qui signifie Vidée », et de même que les

t. Voy. Luibnii, Méditationt lur Us idées (dans ooUe édition dei (Eu9ret de Uibni», t Ib

iclé":S pont les éléments du jugement, de même les termes sont les éléments de la proposition. Ainsi tout ce qu'on dit des termes peut se dire des idées, mais tout ce qu'on dit des idées ne se dit pas des termes ; c'est pourquoi, avec Bossuet, nous avons considéré d'abord les idées pour considérer ensuite les termes avec tous les logiciens,

314. Division de» termes. — Bossuet divise les termes en : 1* Positifs ou négatifs;

Le positif est celui qui met et qui assure : par exemple, vertu, santé; le négatif est celui qui dte et qui nie : par exemple, ingrat, incurable.

% Abstraits OU concrets:

Les termes abstraits sont ceux qui naissent des précisions (abstractions), et ils •ignifient les formes détachées par la pensée de leur sujet ou de leur tout, coram» quand je dis science, vertu, humanité, raison.

Les termes concrets regardent les formes unies à leur sujet et à leur tout, comme quand je dis : savant, vertueux, homme et raisonnable.

3* Complexes ou incomplexes :

Les termes complexes sont plusieurs termes unis qui, tous ensemble, ne signifient que la même chose, comme si je dis : celui qui, en moins de six semaines» malgré la rigueur de l'hiver, a pris Valenciennes de force, mis ses ennemis en déroute, et réduit à son obéissance Cambrai et Saint-Omer; tout cela ne signifia que Louis le Grand >.

Les termes incomplexes ou simples sont ceux qui se réduisent à un seul mot, comme Dieu, arbre, homme. A' Universels, particuliers ou singuliers :

Le terme singulier est celui qui ne signifie qu'une seule chose, comme Alexandre, Charlemagne, Louis le Grand.

Il faut distinguer letermegféwéra^du terme collectif: le terme général est celui qui exprime une idée commune à un nombre indéterminé d'objets. Le terme collectif est celui qui rassemble en une somme ou collection un nombre déterminé d'individus : le soldat est un terme général, une armée est un terme collectif. Le terme général fait abstraction des individus , le terme collectif les prend tous ensemble.

Les termes généraux ou universels sont ceux qui signifient plusieurs ahoses tous une môme raison, par exemple, plusieurs animaux de différente nature sou» la raison commune d'animal.

1. La Logique de P. -Royal (I, vin) dis- tion et V explication. (Les grammairiens dis

Hngue deux sortes de termes con.plcxes : ceux tin^uent également deux sorte» de propositionA

■ui le sont dans le sens et ceux qui le sont incidentes : le» explicatives et les détermi-'

ms l'expression. Elle distingue en outre deux natives.)

maa

ières d'ajouter à ua terme ■. la dilermina-

Le terme particulier doit être distingué du terme singulier» En effet, celui-ci a rapport à un objet déterminé et individuel; mais le prend tout entier : Socrate, Paris sont des termes qu*i s'appliquent atout Socrate, à tout Paris; mais le terme particulier est celui qui, dans un tout général, ne s'applique qu'à un nombre indéterminé d'individus, comme lorsque je dis : quelques hora^ mes : je conçois d'abord un terme général, et je n'en prends qu'une partie.

En un mot, on définit le terme général ou universel, celui qui est pris dans toute son extension, et le terme particulier, dans une partie de son extension. Qu'est-ce que l'extension?

315. Extension et compréhension. •— On distingue deux choses dans les termes généraux ou universels : V extension et la compréhension.

On appelle compréhension d'un terme l'ensemble des caraC' tères {notœ, n-xixnpia.) par lesquels l'idée représentée est distmcté d'une autre idée. C'est ce que les Allemands appellent le contenu (das Inhalt) d'une idée. Par exemple, la compréhension du terme homme se compose de tous les caractères ou attributs qui désignent l'humanité et la distinguent des autres espèces animales. On appelle extension l'ensemble des sujets auquel s'appliquent les caractères précédents.

316. Loi de l'extension etde la comjpircbcnsion. — Nous avons vu (159) que, pour former une idée générale, il faut supprimer les différences pour ne conserver que les ressemblances. 11 suit de là que plus on généralise, plus on supprimé de différences, c'est-à-dire de caractères distinclifs ; en d'autres termes, plus on augmente le nombre des sujets contenus sous une même idée, plus on diminue le nombre de leurs attributs, ce qu'on exprime ainsi : V extension d'une idée générale est en raison inverse de sa compréhension^ Par exemple, dans l'individu, l'extension est aussi étroite que possible ; au contraire, la compréhension est en quelque sorte infinie ; car on n'a jamais épuisé la description de l'individu; pour s'élever de l'individu Socrate à l'espèce homme, il a donc fallu resserrer la compré-

1. Un logicien allemund, Drobisch, qui a croît ou décro-î selon une progression geoiaé»

eberché à exprimer celle loi sou» une forme trique, la comprchensioa croît ou décroît soita

matliémntlque, a trouvé que le rapport pré- vant une progression arittunéliqve. • (UbMa

cWeiit n'est pas précisément celui de la raison weg, Logik, p. lu). ioverte, mais que, « tandis que l'extcnsioa

îiension pour augmenter la sphère de l'extension. Il en est de même pour passer de la sphère homme à la sphère animal, de la sphère animal à la sphère être, etc. Réciproqueiiicni, si vous descendez l'échelle, vous ne restreignez l'extension qu'en augmentant la compréhension *.

347. — Extension des termes. — Veûctension OU la ^wantité d'imtevme ou d'une idée {ambitus , sp h ra,extensio)es\. donc l'ensemble des sujets auxquels ce terme ou cette idée coiivienl (33::^). Par exemple, la sphère, l'étendue, la quantité du terme animal se compose de tous les animaux : la sphère ou l'étendue du terme blancheur se compose de tous les objets blancs.

Les différents termes, comparés entre eux, au point de vue de l'extension, donnent lieu à différents rapports, qui sont :

A. La subordination : c'est le rapport qui existe entre deux termes contenus l'un dans l'autre, et dont l'un a une extension moindre que l'autre; par exemple : hommes et Européens. Le terme qui contient l'autre est appelé supérieur; celui qui est contenu est appelé inférieur ou subordonné. Les termes inférieurs, comparés au tout qui les embrasse, sont encore appelés 'parties subjectives, par opposition aux divisions d'un tout réel, séparé en parties : celles-ci s'appellent parties intégrantes.

Le rapport de subordination peut être représenté par deux cercles concentriques (fig. 1), le cercle A {Hommes) et B (Européens) :

B. La coordination psl le rapport qui existe entre deux termes également subordonnés à un terme supérieur; par exemple : A (courage) et B (prudence) sont l'un et l'autre contenus dans un même terme C (vertu). On peut représenter ce rapport par deux cercles de même rayon, contenus l'un et l'autre dans un troisième (fig. 2) :

1. Les tenues d'extension et de compréhentio», fui m wat pu dans Arutoto, viouoeiii prolablemeiit de la scolastique-

G. Véquipollence est l'identité de sphère qui existe entre

Fig. î.

deux termes différents, mais qui expriment une seule et même idée ; par exemple : A {le fondateur de la logique) et B {le précepteur d'Alexandre) sont les deux désignations d'une seule et même personne, qui est Aristote. Ici, ies deux cercles se confondent en un seul (fig. 3) :

Les notions équipollentes sont celles qui ont la même extension sans avoir la même compréhension : quand elles ont à la fois même extension et même compréhension, elles sont identiques,

D. L'opposition. L'opposition peut être double : ou la simple contrariété, ou la contradiction.

Deux termes sont contraires lorsque, réunis sous une même sphère, ils sont les plus éloignés possibles l'un de l'autre; par exemple : A {blanc) et B {noir), qui, quoique opposés, font partie

Fig. 4.

d'un même terme C {couleur). On représente ce rapport par le «ymbole ci-dessus (fig. 4).

Deux termes sont contradictoires lorsque l'un des deux nie absolument le contenu ou la compréhension de l'autre; par exemple : A et non A ou B {blanc et non blanc). On représente A par un cercle et B par l'espace indéfini, ainsi qu'il suit (fig. 5) :

Fiff. I.

E. Le croisement. C* est le rapport qui existe entre deux termes qui coïncident en partie; par exemple : A (nègre) et B (esclave). En voici le symbole (fig. 6) :

Fig. 6.

F. La disjonction, iyesi l'opposition entre deux termes appartenant à la même sphère, c'est-à-dire subordonnés à un terme commun. Le symbole est le même que plus haut pour la coordination (fig. 2).

On voit que l'ensemble des termes universaux forme une échelle, ou plutôt une pyramide, dont la base se compose des individus, et dont le sommet ou la pointe est la notion la plus générale de toutes. Cette notion, selon la plupart des logiciens, serait celle d'éfre ou d'ea;isfewce; suivant d'autres, celle de quelque chose (Aliquid, Etwas) : car l'être lui-même se distingue de l'attribut, de l'accident, de la qualité, etc.

318. Les cinq unîTcrsaax. — D'après les considérations précédentes, nous comprendrons facilement ce qu'étaient les cinq idées que l'on désigne dans l'école, depuis Porphyre, sous le

nom d'universaux; ce sont : le genre, V espèce, la propriété^ la différence et V accident.

Le genre est un universel qui en contient d'autres cornait gubordonnés ; par exemple : animal, terme universel, contient homme, cheval, chien, qui sont eux-mêmes des termes universels.

L'espèce est un universel contenu dans un autre universel : chien, cheval, sont contenus dans l'universel aw/maL

Il faut distinguer V espèce en logique de Vespèce en histoire naturelle. Dans l'histoire naturelle, l'espèce est un groupe concret et déterminé qui représente le dernier terme de la classification. En logique, l'espèce est une notion relative, qui exprime seulement le rapport d'un terme inférieur à un terme supérieur; de même que le genre n'exprime autre chose que le rapport du terme supérieur au terme inférieur,

La même idée pourra donc' être genre ou espèce, selon la manière dont on la considérera : le triangle rectiligne, en tant qu'il est opposé au curviligne et au mixte, est une espèce de triangle; et cependant il est genre à l'égard de ses inférieurs, c'est-à-dire l'isocèle, le scalène, etc.

Cependant, comme nous venons de le voir (333, F), on peut concevoir un genre suprême, qui ne serait pas espèce, puisqu'il n'aurait rien au-dessus de lui : c'est ce qu'on appelle le genre ^ènèrdiVisûme {genus generalissimum) : ce serait le genre absolu. On peut concevoir également au plus bas degré de la pyramide des espèces qui ne seraient plus genres, puisque au-dessous d'elles il n'y aurait plus que l'individu : c'est ce qu'on appelle les plus basses espèces {species infimœ).

La propriété^ est le troisième des cinq universaux.

C'est, dit Bossuet. ce qui est entendu de la chose comme suite de son essence : par exemple, la faculté de parler, qui est une suite de la raison est une propriété de l'homme ; avoir trois angles égaux à deux droits, est une propriété du triangle.

La différence est ce qui distingue un universel d'un autre. Elle est générique ou spécifique : générique, en tant qu'elle distingue les genres; spécifique, en tant qu'elle sert à distinguer les espèces.

Enfin, on appelle accident ce qui peut être présent ou absent sans que le sujet périsse: par exemple, dans l'homme, le chaud

1. f'orpliyre distingue quatre espèces de pro- deux pieds; 3° à toute l'espèce, et à elle seul«,

priélcs : 1° celle qui convient à uiie seule espère, mais non pas toujours lomni, soli, sed non

mais non pas à toute l'espèce itoli, non omni); semptr), par exemple ; blanchir, chez les vieil-

Far •txeniple, être géomètre ne convient qu'à lards; i" a toute l'espèce, à elle seole et tou-

honiiiie, tuais non pas à tout homme ; 3<' à jours (omni. toli et semper), pxe exemple : !•

toute i'iispèce, mais non pas à elle seule (omni, faculté de rire, pour l'bonune. «on »olii; par exemple, pour l'homme, avoir

et le froid, le blanc et le noir. L'accident s'oppose à l'essence.

319. 1-cs catégories d'Aristote. — Il est d'usage, dans toute» les logiques, d'énumérer et de rappeler les dix catégories d'Aristote, quoique ces catégories appartiennent plus à la métaphysique qu'à la logique. C'est le tableau des idées les plus générales de l'esprit humain : ce sont la substance, la quantité, la qualité, la relation, Vaction, la passion, le lieu, le temvs, la situation, la possession *.

320. Lois des termes. — Bossuet a résumé toute la théorie des termes dans les propositions suivantes :

I. « Les termes signifient immédiatement les idées et médiatement les choses elles-mêmes.

II. a Le terme naturellement est séparable de l'idée; mais Thabitude fait qu'on ne le sépare presque jamais.

III. « La liaison des termes avec les idées fait qu'on ne les considère que comme un seul tout dans le discours ; l'idée est considérée comme l'âme, et le terme comme le corps.

IV. « Les termes dans le discours sont supposés pour les choses mêmes, et ce qu'on dit des termes on le dit des choses.

V. « Le terme négatif présuppose toujours quelque chose de positif dans l'idée; car toute idée est positive. Le mot ingrat présuppose qu'on n'a point de reconnaissance; le mot incurable présuppose un empêchement invincible à la santé.

VI. « Les termes précis ou abstraits s'excluent l'un l'autre : l'humanité n'est pas la science; la santé n'est pas la géométrie.

Vil. « Les termes concrets peuvent convenir et s'assurer l'un de l'autre : l'homme peut être savant ; celui qui est sain peut être géomètre.

VIII. « Tout terme universel s'énonce utiivoquement " de ses mférieurs.

IX. « Les termes génériques et spécifiques (genres et espèces) s'énoncent substantivement : l'homme est animal; Pierre est homme.

X. « Les termes qui expriment les différences, les propriétés et les accidents, s'énoncent adjectivement : l'homme est raisonnable ; il est capable de découvrir; il est savant et vertueux. >

1. I#ur l'explication de ces termes, foy. la 2. Un terme est univoque, cpjand il est prli

Ltgviue di P.-Hoyal, part. I, cb. m. dans le même sens ; équivoque, lorsqu'il «fll

pris daat des sens différents.

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