Analyse de la proposition; rôle de la copule
Toute proposilion se compose de trois parties : le sujet, Vallribut et le lien de l'attribut et du sujet, ou la copule, exprimée par le verbe être, La neige (sujet) est (copule) blanche (attribut). L'attribut s'appelle aussi \e prédicat.
Le verbe être employé comme copule n'a pas le même sens que ce verbe employé comme exprimant l'existence. Ainsi dans. ce jugement : Dieu esty le mot est n'a pas le même sens que quand nous disons : Dieu est bon. Ici, je n'affirme pas l'existence de Dieu, mais seulement sa bonté : et cette proposition pourrait être admise même de ceux qui nieraient l'existence de Dieu.
On a dit que la copule est signifie toujours une réalité objective; autrement, dit-on, il n'y aurait pas de différence entre l'idée et le jugement.. Dieu est bon ne signifie pas seulement que je le pense ainsi, mais qu'il l'est effectivement, en réalité.
Cette doctrine est vraie; mais autre chose est l'affirmation objective, autre chose est l'existence substantielle. Sans doute, toute affirmation implique l'objectivité, c'est-à-dire quelque chose d'impersonnel, de différent de moi-même et de ma pensée, quelque chose qui s'impose aux autres comme à moi : et c'est là même ce qu'on appelle la vérité; c'est pourquoi on ne peut pas dire : ma vérité. Et c'est bien là en effet ce que signifie le verbe est : il exprime, suivant Kaot, Vunité objective de Vaperception. Il n'en est pas moins vrai que la copule, même ainsi entendue, ne signifie pas Vexistence^ mais simplement la vérité.
La copule est impliquée dans tous les "'erbes et peut s'en dégager par l'analyse. Ainsi je cours signiCc : je suis courant; y aime signifie : je suis aimant.
Le verbe exister lui-même se décompose de la même manière; et quand jadis: Dieu est, c'est-à-dire Dieu existe, c'est comme si je disais : Dieu est existant; ce qui prouve encore que le verbe être employé comme copule n'a pas le sens d'exister: car alors ce serait comme si l'on disait: Dieu existe existant, ce qui seiait une tautologie.
C'est donc une erreur de dire qu'il n'est pas nécessaire qu'une proposition ait deux termes, et que dans les jugements d'existence il n'y a pas d'attribut * : car si le mot est avait alors le même sens que dans lesautres propositions, quand on me dit : Dm^. est..» j'attendrais ce qu'il est, je demanderais: qu'est-il?bon, méchant,
<• Nffte 3. p. 144 de la Logique de P.-Royal (édit. Ea. Cbarlw).
JANET, philosophie. 25
fini, infini, etc. ? Non, me dira-t-on, il est purement et simplement; il y a donc là une idée de plus que dans les autres cas: c*est l'idée d'existence substantielle; or cette idée est un .attribut, un prédicat au même titre que les autres.
Si le verbe être signifiait exister dans toutes les propositions, tous les sujets dont nous affirmerions queique cbose seraient dits existant. Pégase est rétif, voudrait dire : Pégase existe rétif. Comment distinguera-t-on alors les propositions attributives des propositions existentielles f
Si le verbe être signifiait exister, il faudrait dire qu'il y a trois termes dans la proposition et neuf termes dans le syllogisme: car à toute idée correspond un terme, et qui pourrait soutenir que l'existence n'est pas une idée?
323. Objection». — On soutient que l'existence n'est pas uu attribut, car:
l'La chose existante aurait un attribut de plus que la chose pensée ; mais la chose pensée doit être adéquate à la chose réelle, sans quoi ma pensée est fausse. « Cent thalers pensés, dit Kant dans une discussion célèbre, ne sont pas plus que cent thalers réels. »
2° L'existence n'est pas un attribut ; car l'attribut est postérieur ■à la chose : l'existence au contraire doit être contemporaine de la chose. Si l'existence n'était qu'un attribut, elle serait l'attribut de quelque chose qui n'existerait pas.
On conclut de là que l'existence n'est pas un attribut, mais que c'est la position de la chose même : et c'est là précisément le sens de l'affirmation.
Pour résoudre ces difficultés, il faut entrer plvs avant dans la théorie du prédicat.
Il ne faut pas confondre le rapport logique du sujet et du /prédicat avec le rapport métaphysique, ontologique de la substance et des attributs. Métaphysiquement, la substance, c'est .('être même, la chose même ; les attributs sont les propriétés de cette chose. La substance est le fond ; les attributs sont les puissances,les développements, les manifestations. Ce rapport ne peut pas être interverti :les propriétés ou attributs ne peuvent devenii substance, ni la substance ne peut devenir attribut ou propriété. La substance est antérieure à ses modes et à ses attributs ; les attributs et les modes sont postérieurs à la substance. Y a-t-il véritablement des substances, des attributs et des modes? c'est
affaire a la métaphysique de le prouver ou de le nier; mais qu'il y en ait ou qu'il n'y en ait pas, c'est ainsi que nous nous les représentons.
Logiquement parlant, au contraire, est sujet tout ce qui «si donné, est attribut tout ce que nous affirmons de ce sujiît donné. Il importe peu que le sujet soit une substance dans le sens métaphysique du mot, et le prédicat un attribut dans le même sens. Car nous pouvons alternativement, suivant le point de vue où nous nous plaçons, prendre l'un pour sujet, l'autre pour attribut ; et la pensée est aussi satisfaite dans un cas que dans l'autre. Soit cette proposition : Louis XI était le roi de France en 1475. — Je puis' tout aussi bien dire: Le roi de France en \^1^ était Louis XI. — Louis XI de sujet devient attribut. Dira-t-on que ce n'est pas un vrai attribut parce que c'est une substance? Je réponds que la logique ne connaît pas de substances. Elle connaît ce ^«e j'affirme, et ce dont j'affirme. Ce qui est donné est la chose dont j'affirme, c'est le sujet: ce que j'y ajoute par la pensée, c'est l'attribut. Dans les deux pensées précédentes, l'attribut change suivant ce qui m'est donné. Dans la première, ce qui m'est donné,, c'est un homme célèbre nommé Louis XI; je demande qui il est, on me répond: roi de France; voilà l'altribut. Dans la seconde, ce qui m'est donné, c'est un certain roi de France qui vient après Charles VII ; ce roi reste indéterminé dans mon esprit. On me dit: c'est Louis XI; ce roi se détermine, et je vois non seule ment un roi, mais tet roi ; donc, c'est un attribut. Louis XI se trouve donc successivement et très légitimement, à deux points de vue différents, sujet et attribut. De même, quand je dis avec Bossuet: « Tout était Dieu, excepté Dieu même, » Dieu devif'nt attribut; or ontologiquement, Dieu est essentiellement être et substance. Il n'en est pas moins ici, au point de vue logique, un prédicat.
Grâce à ces notions, on peut réfuter les objections précédentes. Peu importe qu'objectivement, ontologiquement, l'existence soit ou ne soit pas un attribut, une propriété, un prédicat» C'est un prédicat pour moi à l'égard de ma pensée. Étant 4onné un objet. Dieu, les hommes, moi-même, j'en affirme ^'existence; comme étant donnés les mêmes objets, j'en affirme l'intelligence ou la liberté: l'existence joue donc, dans le premier cas, exactement le même rôle que l'intelligence ou la liberté. Dire Dieu est, c'est affirmer {copule) l'existence {prédicat) de Dieu (sujet). —
De même que dire Dieu est bon, c'est affirmer (copule) la bonté (attribut) de Dieu (sujet). — Dans les deux cas, il y a trois choses, à savoir, deux idées ou deux représentations, et un acte de Tesprit, l'affirmation. Il y a donc attribut de part et d'autre, et en conséquence le verbe est, employé comme copule, n'exprime pas l'existence.
La théorie du prédicat nous conduit à examiner une doctrine nouvelle présentée par Hamilton, l'un des plus savants logiciens de notre Siècle *.
324. Qoantîficatîoo da prédicat. — Hamilton a essayé d'apporter en logique un principe nouveau que ses disciples ont considéré comme le complément et l'achèvement de la doctrine d'Aristote : c'est la doctrine de la quantification du prédicat.
Hamilton pose deux principes :
Le premier, c'est que, dans toute proposition, le prédicat est pensé par l'esprit avec une certaine quantité ou extension, aussi bien que le sujet. Car dire d'une chose qu'elle en est une autre, c'est dire qu'elle est cette autre chose, soit en totalité, soiv en partie.
Le second principe, c'est que, logiquement, tout ce qui est pensé par l'esprit doit être exprimé par des mots. Si donc je pense l'attribut comme totalité, je dois le faire précéder du qualificatif tout; et si je le pense comme partie, du qualificatif quelque.
Par exemple, dans les propositions identiques et réciproques où l'attribut est égal en extension au sujet, je dirai que le sujet est tout l'attribut. Exemples : Tout triangle équilatéral est tout équiangle. Tout homme est tout animal raisonnable.
Dans les affirmatives ordinaires, au contraire, l'attribut devra être précédé de quelque; par exemple : Les bœufs sont des rit^ minants, se traduii'a par : Tous les bœufs sont quelques ruminants, car il y a d'autres ruminants que les bœufs.
Tel est le principe de la quantification du prédicat, dont M. Hamilton croit pouvoir tirer d'importantes conséquences, soit dans la théorie de la conversion des propositions, soit dans la théorie du syllogisme.
Remarquons d'abord que cette théorie n'est pas entièrement nouvelle. Car l'ancienne logique avait déjà remarqué la quantité
1. Hamilton, Discutsions on philosophy, de cette théorie dans les Essais âe l^iqu* f , 6^^. Ob trouvera une analyse développée de M. Waddington (Paris, 1857)
du prédicat, et lui faisait jouer un rôle important dans la théorie du syllogisme. On admettait en efïet que l'attribut des propositions affirmatives est pris particulièrement (voy. plus loin, 361), c'est-à-dire n'est qu'une partie d'un toutplusétenduque le sujet. Par exemple, cette proposition : Le 'plaisir est un bien, doit être entendue dans ce sens : le plaisir est quelque bien, fait partie du genre bien, lequel est plus étendu que le plaisir, puisqu'il comprend encore la raison, la vertu, etc. C'est pour cette rai?on que les propositions universelles affirmatives, comme nous le verrons, se convertissent en particulières. On affirmait en outre que, dans toute proposition négative, l'attribut est toujours universel*.
Ainsi le principe de la quantification du prédicat était déjà implicitement admis par les logiciens, seulement la règle paraissait en défaut sur quelques points ; en effet :
1°Dans certaines propositions affirmatives, par exemple, les réciproques, les exclusives, les exceptives, il se trouve que le sujet n'est pas une partie de l'attribut, mais qu'il est tout l'attribut. Lorsque je dis : Aristote était le précepteur d' Alexandre, je n'entends pas dire qu'il était au nombre de ses précepteurs, mais qu'il était le seul ; et de même lorsque je dis que la ligne droite est le plus court chemin, j'entends qu'il n'y a pas d'autre plus court chemin que la ligne droite. Dans ces propositions, quoique affirmatives, l'attribut est donc pris dans toute son extension.
Puisqu'il y a de telles propositions, il faut les distinguer des autres, en indiquant par la forme que l'attribut est pris tout entier, et non en partie.
On dira donc : Tout équilatéral est tout équiangle.
Cela peut même avoir lieu pour des propositions particulières: si je dis : Il y a certains savants que l'on appelle philosophes; c'est comme si je disais : Quelqties savants sont tous les philosophes.
^° Dans les propositions négatives, au contraire, Hamilton fait remarquer qu'il y a des cas où l'attribut est particulier. Par exemple : B y a fagots et fagots, est au fond une proposition négative qu: peut s'exprimer sous cette forme : Quelques fagots ne sont pas quelques fagots.
En conséquence, au lieu d'admettre seulement des universelles et des particialières, comme dans l'ancienne logique, Hamiltoa propose d'en admettre quatre classes, à savoir :
i. Logique <U P. -Royal, part. II, ch. zva, asiome 3, et ch. xix, axiome ft.
Les toto-totales, les toto-partielles, les parti-totales y \ez partipartielles.
Ainsi, la nouveauté d'Hamilton n'est pas d'avoir introduit le principe de la quantité du prédicat, mais d'avoir tiré de ce principe des conséquences nouvelles et en particulier celles-ci : l"le prédicat d'une affirmation n'est pas nécessairement particulier. 2° le prédicat d'une négation n'est pas toujours universel.
Cette doctrine a été fort contestée; mais, parmi les objections qu'elle a soulevées, les unes, qui portent sur le principe mémo, atteignent aussi bien l'ancienne logique que celle d'Hamilton; les autres portent sur les innovations propres à Hamilton: or si nous admettons les secondes, les premières ne nous paraissent pas fondées.
L'objection fondamentale de Mill contre Hamilton, c'est, dit-il, que, dans un jugement, nous pensons toujoui^ l'attribut en compréhension et non pas en extension. Expliquons-nous.
On sait que la compréhension d'un terme embrasse les attributs propres à la chose désignée par le terme ; l'extension exprime la classe des êtres qui possèdent ces attributs.
Or, suivant Mill, quand nous pensons le prédicat d'un sujet, nous ne pensons que les attributs représentés par ce prédicat, et non la classe dont il est le nom, et dont la pensée est absente ou tout au moins latente dans notre esprit. Par exemple, lorsque je dis: Les bœufs ruminent,']e ne pense qu'à l'idée de ruminer, c'està-dire à l'idée d'une double digestion, d'un double estomac; je ne pense pas à la classe ou au genre dont le bœuf peut faire partie. Je ne sais pas s'il y a d'autres ruminants; cela m'est indiflérent: je l'ignore ou je n'y pense pas. De même quand je dis : La neige est blanche, je ne pense qu'à la .couleur propre représentée par ce mot, et non à la classe des choses blanches ; c'est donc traduire inexactement l'opération psychologique du jugement que dire : Les bœufs font partie des ruminants, sont quelques ruminants; — La neige est quelque chose de blaoc, fait partie de la classe dei choses blanches.
Il n'y a donc en définitive, selon Mill, que des jugements en compréhension et non des jugements en extension.
Cette objection, si elle était fondée, ne tomberait pas seulemeol contre Hamilton, mais contre toute l'ancienne logique, et même contre toute la théorie du syllogisme, qui repose en partie Bur la quantité du prédicat, comme nous l'avons vu; mais voyons ce que vaut cette objection en elle-même.
En supposant que les observations de Mill tussent vraies pour Ifts exemples signalés, seraient-eiies vraies pour tous? Admettons qu'il y a des jugements en compréhensior , s'ensuivrait-iî qu'il n'y en a pas en extension? Ne peut-il pas y en avoir où la pensée se porte, non pas sur les attributs, mais sur lardasse même? N'y a-t-il pas beaucoup de cas où nous nous demandons à quelle classe connue nous rapporterons tel ou tel objet? Par exemple, lorsque nous disons : Les bœufs sont des ruminants^ les écureuils sont des rongeurs, n'est-il pas évident que nous pensons plutôt à la classe à laquelle ap})arlient l'animal, qu'aux attributs qui sont le signe dîstinctif de cette classe? Nous passons rapidement sur ces derniers, et nous fixons surtout notre esprit sur la classe elle-même; et personne ne contestera que ces propositions ne puissent se traduire ainsi: Les bœufs font partie des ruminants; les écureuils font partie des rongeurs. Pour un naturaliste, par exemple, voilà un animal inconnu ; il s'agit de savoir où il le classera, ce qui n'est autre chose que le définir; il lui suffit d'apercevoir la forme des dents, pour qu'il dise immédiatement : C'est un rongeur, c'est un Carnivore, c'est un ruminant. L'esprit n'a nullement besoin de suivre dans le détail l'opération du ruminant, du Carnivore, du rongeur : je l'ai classé, voiLà tout. De même dans l'histoire, après kvoir raconté un règne, on énonce un jugement définitif en le classant parmi ceux auxquels il ressemble. Lorsque Duclos termine son histoire de Louis XI en disant : « Tout bien pesé, c'etdit un roi, » il veut dire: On doit le classer parmi les rois. Lorsque le juge déclare un accusé coupable d'escroquerie, il fait rentrer l'acte particulier commis par le coupable dans la classe d'actes définis légalement et désignés sous le nom d'escroquerie.
Il y a donc au moins un certain nombre de jugements où l'attribut est pensé en extension; mais nous allons plus loin, et nous prétendons que cela est vrai de tous: car comment la compréhension pourrait-elle se séparer de l'extension? Autrement on ne distinguerait pas un jugement d'une perception (I6'0.
Ainsi, quand je dis : La neige est blanche, si je ne faisais que traduire ma perception immédiate, c'est à peine si cela devrait s'appeler un jugement; si je juge véritablement, c'est que j'ai inlérêt à rattacher la couleur de la neige à quelque couleur anlérieuremen* connue;, et alors dire: la neige est blanche, c'estbien réellement dire qu'elle fait partie des choses blanches.
D'ailleurs, est-ce que dans la compréhension d'une espèce ne
sonl pas contenus tous les caractères du genre supérieur à cette espèce? Est-ce que je peux penser à un vertébré sans pensera un animaî, à un être vivant, et en général à un être? Et peu importe que cette pensée soh implicite ou explicite, virtuelle ou actuelle ; car la logique a précisément pour objet d'exposer d'une manière explicite ce qui est pensé implicitement par l'esprit.
Au reste, c'est ce que Mill lui-même paraît reconnaître, lorsqu'il restreint son opinion en disant que cette doctrine est psychologiquement fausse, ce qui n'exclurait pas la possibilité d'en tirer parti en logique : car, selon lui-même, la « théorie du syllogisme n'est pas une analyse du raisonnement, mais se borne à servir d'épreuve à la validité du raisonnement en donnant des formules dans lesquelles on peut mettre tous les raisonnements, s'ils sont valables, ou découvrir leurs défauts cachés ». Et, en effet, la logique formelle et déductive a pour bu t de traduire les procédés psychologiques de l'esprit, qui échappent à toutes règles parce qu'ils sont variables, sous des formes explicites qui sont engagées dans c-es procédés, sans que l'esprit lui-même en ait conscience : c'est une traduction à l'aide de laquelle on peut résoudre des problèmes qui sans elle seraient insolubles (à peu près comme Descartes traduit des problèmes géométriques en expressions algébriques, quoique dans la pratique ceux qui se servent de ces solutions n'aient nullement conscience des procédés algébriques qu'ils appliquent inconsciemment). Ainsi, fût-il inexact psychologiquement, le principe de la quantification du prédicat pourrait être utile logiquement, comme formule : or, dans les limites où l'ancienne logique * appliquait ce principe, il avait une incontestable utilité, puisqu'il servait à exclure un certain nombre de modes syllogistiques. Reste à savoir si le principe n'était pas incomplètement appliqué, et si Hamilton n'a pas eu raison d en étendre l'application.
La principale extension réelle d'Hamilton, avons-nous dit, c*est d'avoir remarqué : 1° que dans les propositions affirmatives il y en a dont l'attribut n'est pas particulier, et ^^ que dans les propositions négatives il y en a où l'attribut est particulier, et d'avoir demandé en conséquence qu'on les distinguât des autres par la quantification de l'attribut. L'erreur de l'école aurait donc été, non pas de n'avoir pas remarqué que le
1. Mill raisonne toujours comme si le prin- gique de l'ëcole : mail nous avraf w quTil cipe de la quantité du prédicat était propre à n'en est rian. Hamilton et était une innovation sur la lo-
^ prédicat a sa quantité comme le sujet, puisque c'était un de ses principes, mais de n'avoir pas distingué les deux cas précédents. Sur le premier point, à savoir, pour les propositions affirmatives, on a objecté avec un juste fondement à Hamilton que ce qu'il appelle la proposition toto-totale (celle où le prédicat est pris tout entier), n'est en réalité qu'une double proposition. En effet, dire que « le sel commun est tout le chlorure de sodium », c'est réunir deux affirmations en une, à avoir : i" qu'il est du chlorure de sodium; 2' que tout chlorure de sodium est du sel.
C'est ce qui est évident dans les réciproques géométriques, puisqu'il faut les démontrer. On peut donc admettre l'une des propositions sans admettre l'autre, et, par conséquent, il y en a deux :
Comment est-il possible de formuler un seul jugement avec une affirmation divisible en deux parties, dont l'une peut être inconnue et l'autre connue, l'une apprise et l'autre ignorée, Tune fausse et l'autre vraie?... Si la proposition : « Tous les triangles équilatéraux sont tous équiangles » ne fait qu'un seul jugement, qu'est-ce que la proposition : t Tous les équilatéraux sont équiangles ? i Est-ce la moitié d'un jugement? (Mill, Examen d'Hamilton, ch. xxii, trad, fr.,p.489.)
Quant à la seconde réforme, à savoir, les négatives toto-partielles, elles ne sont admissibles qu'en tant que contenues implicitement dans les négatives toto-totales. Si je dis : Les Espagnols ne sont pas Turcs (c'est-à-dire tous les Turcs), à fortiori ne sont-ils pas quelques Turcs, puisque quelques Turcs sont contenus dans tous les Turcs ; mais c'est une proposition inutile, qui n'a de valeur qu'en tant qu'elle est convertie, par exemple : Quelques Turcs ne sont pas Espagnols. Or l'ancienne logique avait fait déjà cette remarque que la négative universelle peut se convertir quelquefois en particulière.
Mais, si l'on veut faire des négatives à attribut particulier de véritables propositions sui generis (et non des subalternes) ayant leur valeur propre, on verra qu'il y a là une illusion qui vient de l'équivoque du mot quelque. Dans cette proposition : Il y a fagots et fagots, il semble que je dise : Quelques fagots ne sont pas quelques fagots ; mais ici, au lieu d'employer le mot quelque (aliquis) dans son sens indéterminé (ce qui est le vrai sens de la particularité), je le prends au contraire dans le sens déiermïné {quidam), et c'est comme si je disais : Certains fagots, tels hgols ne sont pas tels autres fagots; en d'autres termes, une espèce de fagots n'est pas la même chose qu'une autre espèce ;
su LOGIQUE.
et dans ce cas chaque espèce est prise dans toute son ext'^nsion. Ainsi je dirai : Il y a héros et héros, c'est-à-(iire : Certains héros (les conquih'ants) ne sont pas c^r^ams héros (les libérateurs de leu"" patrie). Mais si je dis : Quelques hommes ne son* pas quelques hommes, en prenant le mot quelque dans un sens indéterminé, la proposition n'a pas de sens'.
En résumé : 1° 11 est très vrai que le prédicat a une quantité, mais l'ancienne logique avait connu ce principe avanl Hamilton;
2° L'ancienne logique avait sagement entendu ce principe et l'avait sngement exprimé, en disant que : Dans toute affirmation, le prédicat est pris particulièrement, et dans toute négation, universellement ;
3° Les additions prétendues d'Hamilton sont des cas complexes et des difficultés particulières; mais on doit reconnaître qu'il a rendu service en fixant l'attention sur ces anomafies apparentes qui, au fond, rentrent dans la règle.
325 . Oaantîté et qualité. — Nous avons vu qu'on appelle quantité d'un terme l'universalité ou la particularité de ce terme; un terme universel est celui qui est pris dans toute son extension, et le terme particulier celui qui est pris dans une partie de son extension; on y ajoute les termes singuliers ou individuels, qui ne s'appliquent qu'à un seul objet déterminé.
La même distinction a lieu pour les propositions; et c'est ce qu'on appelle leur quantité. Elles sont également universelles, particulières et individuelles.
Une proposition universelle esi ceWe dont le sujet est universel, c'est-à-dire pris dans toute son extension.
Une proposition particulière est celle dont le sujet n'est pris que dans une partie de son extension.
Les propositions individuelles ou singulières sont celles dont le sujet est un nom propre et désigne un individu ou un objet particulier.
Logiquement, la proposition individuelle se comporte comme l'universelle : car, dans les deux cas, le sujet est pris dans toute
1. C'est l'objection de Morgan : mais il la même logicien (Morgan) de contester la règle :
compromettait en se trompant sur la forme nil sequilur geminis ex particularibus uti~
des deux propositions. Mill a exprimé cette quain. — EnvénUlé la plupart.signiftani un uwiut
obj(xtioi\ sous sa vraie forme. — Voy. la moitié plus «7i, est un terme parfaitcmenl
aussi, sur cette question de lu quantité du détenniné et circonscrit, pris dans toute soo
prédicat, AI., Bain, Logique, liv. I, ch. m, extension : il est donc aussi universel que la
g 7, viii. — On peut faire une remarque ana- terme individuel, Que la logique a toujouri
logue sur le terme 2a plupart, qui est considéré regardé comme tél. à tort comme particulier : ce qui a permis an
son extension. On peut donc se borner, pour la quantité, à deux espèces : l'universelle et la particulière. ' On appelle ^im/i7é de la proposition l'affirmation ou la négation. Delà deux espèces de propositions : les affirmatives et les négatives.
Toute proposition possède à la fois la quantité et la qualité. Il faut donc les considérer ensemble pour diviser les propositions : et on en distingue ainsi de quatre espèces, que l'on désigne pour abréger par ces quatre lettres : A, E, I, 0.
A. 1° Universelles affirmatives.
Exemple : Tout vicieux est esclave.
E. 2° Universelles négatives.
Exemple : Nul vicieux n'est keureux.
ï. 3" Particulières affirmatives.
Exemple : Quelque vicieux est riche.