LA DÉFINITION. 4D
classique, a été exprimée avec beaucoup de précision par la Logique de Port-Royal (part. 1, ch. xii).
Suivant Port-Royal, la définition de nom consiste à expliquer le sens que l'on attache à un nom ou à un mot. La définition de chose consiste à expliquer la nature même de la chose exprimée par ce mot.
Ainsi, je puis donner deux définitions de l'âme : ou bien je me contenterai d'annoncer ce que j'entends par ce mot, sans rien préjuger sur la nature de la chose, et je dirai : Rappelle âme le principe de la pensée ; Rappelle instinct le principe des mouvements et des actions dans les animaux. Je ne dis pas par là ce que c'est que l'âme, ce que c'est que l'instinct; mais tout le monde reconnaît qu'il y a de la pensée dans l'homme et des actions industrieuses chez les bétes ; et je conviens d'appeler âme, d'appeler instinct, le principe inconnu de ces phénomènes; et quand je prononcerai ce mot, vous vous souviendrez que je n'entends pas autre chose. Mais je puis aussi chercher ce qu'est ce principe inconnu, et c'est là l'objet de la science; et parlant non plus des mots, mais des choses elles-mêmes, je dirai : L'âme (à savoir, ce que j'ai dit tout à l'heure) est une substance spirituelle, libre, immortelle; et dans ce second cas ma définition a la prétention d'expliquer la chose telle qu'elle est, tandis que dans le premier cas je ne faisais qu'exposer et traduire ma propre pensée.
De cette distinction les logiciens de Port-Royal tirent les conséquences suivantes :
1° Les définitions de mot sont arbitraires;
2" Les définitions de mot ne peuvent pas être contestées;
3° Toute définition de mot peut être prise pour principe.
Ce ne serait pas une objection contre la théorie de Port- Royal de dire « qu'on ne peut admettre qu'il soit permis à chacun d'attribuer d'une manière arbitiaire le sens qu'il voudra imaginer à un mot dont tout le monde se sert ». Car Port-Royal admet cette restriction évidente : « Il ne faut pas changer les définitions reçues quand on n'a point sujet d'y trouver à redire >; et celui qui voudrait changer le sens de tous les mots de la langue serait évidemment un insensé. Mais il ne s'agit pas de savoir ce qui est pratiquement sage, mais ce qui serait théoriquement légitime. Or, théoriquement, on comprend la possibilité de transformer successivement le sens de tous les mots d'une langue, grâce à des définitions convenues.il n'y aurait là rien de logiquement illicite.