DE L'INDUCTION
On voit en même temps par là pourquoi le nœud du problème inductifest dans la méthode expérimentale ou dans l'expérimentation. Elle n'est pas seulement un procédé, elle est l'essence de l'induction; elle en est \ai preuve. En effet, par la suppression des causes présumées {per rejectiones débitas), nous mettons en relief le fait capital de la coïncidence; par la méthode à^svariations concomitantes (voy. plus loin, la Méthode expérimentale, sect. II, ch. Il), nous le rendons encore plus sensible; enfin, par le calcul appliqué à l'expérience et à l'hypothèse présumée, en tirant d'avance les conséquences les plus éloignées possibles des faits, conséquences que de nouvelles expériences nous permettent de vérifier, nous suscitons des coïncidences nouvelles, confirmatrices de la première, et qui seraient inintelligibles s'il n'y avait pas là une véritable loi. C'est ainsi que la répétition, qui serait insignifiante s'il ne s'agissait que du nombre des faits (puisqu'on est toujours éloigné de l'infini), c'est ainsi, dis-je, que la répétition acquiert une valeur logique. En effet, l'invraisemblance des coïncidences est d'autant plus grande qu'elles sont plus répétées. On voit aussi par là pourquoi il peut arriver qu'une seule coïncidence suffise à la preuve. C'est qu'il est telle coïncidence qui ne pourrait se reproduire, même une seule fois, si elle n'avait sa raison dans une loi de la nature. Les grands savants se méprennent rarement sur la valeur d'un fait significatif. L'abbé Haùy laisse tomber un morceau de quartz, et, rien qu'en observant la cassure, devine sur-le-champ qu'il vient de découvrir une loi de ia nature : car quelle apparence qu'un cristal se caese, par hasard, suivant les lois de la géométrie? Ainsi de mille exemples. Le nœud de l'induction est donc, non pas dans la répétition même, mais dans le fait de la coïncidence. Seulement la répétition ajoute évidemment beaucoup à la valeur des coïncidences.
vUne fois la première affirmation établie, le reste va de soi, et l'application à l'avenir n'offre plus de difficultés. Car si tel phéno-
l'expérience luture. » Tel est le problème; voici duisent de nouveau ensemble, il devient vraila réponse de Mendelsolin : « Si nous avons semblable que leur réunion a son principe expérimenté une seule fois que deux faits A et dans l'une des deux premières hypotlitscs... B se suivent immédiatement, il se présente plus la répétition sera fréquente, plus la vraipour nous trois suppositions; ou que A ait son seniblance augmentera. Elle ira croissant jusfondement en B, ou que A et Baient leur fon- qu'à l'infini. » (Citation de M. de Gérando, dan» dément commun dans une troisième cause C, ou ioa Histoire comparée des systèmes dephUosoque chacun d'eux dépende d'une cause iso- phie, part. I, ch. XV). De Gérando ajoute que lée et indépendante. Dans les deux premiers lui-même avait invoqué le même principe dans cai, ils devront reparaître toujours à la suite son Traité des signes ; appuyé sur celte double l'un de l'antre ;dans /e troisiè7ne cas, leur ren- autorité, nous croyons pouvoir dire que cett« contre sera l'effet du hasard. Leur rencontre théorie nous parait la solution définitive de 1» devient invraisemblable. Donc s ils se repro- question.
mène est le produit de telle cause, il s'ensuit manifestement que, telle cause étant donnée, tel phénomène suivra, comme le dit Spinosa : Ex data causa determinatâ sequitur effectus*. C'est là simplement une réciproque du principe de causalité, et qui est aussi vraie que lui.
L'induction se compose donc de deux moments et se ramène à deux propositions. La première est celle-ci : toute coïncidence constante de phénomènes a sa raison d'être, soit dans la causalité d'un de ces phénomènes par rapport à l'aulrCj soit dans une causalité commune. La seconde est celle-ci : une cause donnée (dans les mêmes circonstances) produira toujours les mêmes effets. Ce sont là deux corollaires du principe de causalité. Il n'est donc pas nécessaire d'invoquer un principe spécial, appelé jarmcipe wductif, ou plutôt ce principe n'est, sous une autre forme, que le principe précédent : les mêmes causés produisent toujours les mêmes effets.
En un mot, le prétendu paradoxe du raisonnement inductif qui consiste à conclure de quelques à tous, du particulier au général, s'explique par celte circonstance que les faits particuliers dont on parle présentent un caractère spécial, à savoir, une rencontre constante de phénomènes, rencontre qui ne peut être particulière et fortuite, et qui doit avoir sa cause