‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 143 sur 313 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De la méthode dans les sciences morales, et particulièrement dans les sciences philosophiques.

Nous avons vu qu'il y a deux formes essentielles de raisonnement dans l'esprit humain : la déduction et V induction, et par conséquent deux sortes de méthodes : la démonstration et Vexpé^ rience.

La première domine-exclusivement dans les sciences exactes oir mathématiques. La seconde règne dans les sciences physiques e» naturelles.

Mais il y a une troisième espèce de sciences que l'on appelle les sciences morales (9-10). Quelle en est la méthode? Est-ce la méthode démonstrative? Est-ce la méthode expérimentale? C'est un mélange de l'une et de l'autre, dans de diverses proportions' selon la nature de ces didérentes sciences.

Les sciences morales sont celles qui ont pour objets les lois du monde immatériel, et principalement les lois de V esprit humain.

On les divise en quatre classes :

I. Les sciences philosophiques, qui ont un double objet : ioVesprit humain considéré en lui-même, et 2» Vesprit absolu ou la cause première ;

II. Les sciences sociales (juridiques, politiques, économiques)^ qui ont pour objet l'homme en société;

m. Les sciences philo logiques, qui ont pour objet le langage;

IV. Les sciences historiques, qui ont pour objet le développement de l'espèce humaine dans le temps.

Considérons d'abord les sciences philosophiques. Elles se divisent, nous l'avons vu (10-11), en deux dasses : i" sciences psychologiques, ou sciences de l'esprit humain (psychologie, logique et morale) ; 2°science de l'absolu ou de l'Etre suprême, oum^taphytique.

415. Méthode de la psychologie. — La psychologie est la science de l'esprit, tel qu'il s'apparaît à hii-même par la cens-

cience. C'est donc une science de faits ou de phénomènes. La méthode par laquelle nous connaissons les faits s'appelle méthode d'observation. La m^.thode psychologique est donc la méthode d'observation.

Seulement la méthode d'observation prend ici deux caractères nouveaux qui la distinguent de ce qu'elle est dans les sciences physiques et naturelles.

1° C'est une observation intérieure et non extérieure; c'est le même sujet qui observe et quiesf observé.

2" L'observation pénètre ici plus loin que le phénomène : elle atteint jusqu'au sujet affecté (1/2 .

En effet, dans toutes ces sciences de la nature, les phénomènes, étant connus du dehors, ne nous apparaissent que comme des effets, des manifestations de certaines causes inconnues, que nous nous contentons de nommer, parce que l'essence n'en peut jamais être pénétrée. Au contraire, dans tous les phénomènes de l'âme, ces phénomènes ne peuvent être perçus qu'à la condition que le sujet qui les éprouve et qui les perçoit se perçoive luimême en même temps qu'eux. Comment pourrais-je dire d'une douleur ou d'une pensée : ma douleur et ma pensée, si je ne me sentais par moi-même pensant et souffrant? Et comment dirais-je, ma volonté, mes actions, si je ne me sentais pas voulant et agissant? Je ne conclus pas de mes phénomènes à moi-même comme à une substance et à une cause inconnues ; mais j'ai conscience de la substance et de la cause, en même temps que des phénomènes.

416. Objections contre la possîbilîté de la psychologie. — On a élevé un certain nombre d'objections contre la possibilité de la psychologie.

1° L'esprit humain ne peut pas à la fois agir et s'observer pendant qu'il agit : Oculus non seipsum videt.

S'il agit, "il ne s'observe pas; s'il s'observe, il n'agit plus. Soit un accès de colère; pendant que je suis en colère, puis-je m'observer? si j'observe ma colère, elle s'évanouit par là même. Ainsi de toutes mes passions. Il en est de même de la pensée. Je ne peux pas me regarder penser : ce serait l'homme qui se met à la fenêtre pour se voir passer.

Réponse : Ce sont là des difficultés spéculatives réfutées par l'expérience. Les moralistes et les poètes dramatiques ont analysé les passions ; et ils nous ont appris bien des choses sur le cœur humain : on peut donc arriver à le connaître : comment, si ce

Page 1