De Tapplication dn calcul à la psychologie
Quelques philosophes ont même cru que l'on pouvait appliquer à la psychologie la méthode mathématique (Herbart) Tant qu'il s'ajrit de mesurer et de comparer les conditions physiques ou physiologiques des phénomènes de l'esprit, comme le tait la psychophysique (IS-IÀ), on comprend la possibilité de leur appliquer le calcul. Mais quand on pénètre jusqu'à l'âme, la méthode mathématique est une pure apparence, et consiste en une simple traduction de ce que nous saurions sans l'usage des mathématiques. Par exemple, si l'on nous dit qu'un plaisir égal à 1/2 se rencontrant avec une douleur égale à S/^, la douleur sera supprimée pour la valeur de 1/2 et qu'il restera un quart de douleur c'est exactement comme si on nous disait, ce que nous savons parfaitement, que si la douleur est plus grande que le plaisir, elle pourra être compensée dans la proportion du plaisir, mais qu'elle l'emportera néanmoins. Quant à l'exactitude prétendue, elle est ici purement apparente, car nous n'avons aucune mesure pour déterminer la nature de la fraction qui représentera l'intensité de l'un ou l'autre de ces phénomènes.
420. Logique et morale. — Si la psychologie est une science d'observation, la logique et la morale sont des sciences rationnelles. Sans doute elles sont obligées d'emprunter quelques é-Léments à la réalité, comme les mathématiijues elles-mêmes; mais ces notions une fois dégagées de l'expérience qui les a fournies, c'est surtout la déduction qui s'applique dans ces deux sciences. 11 ne faut pas perdre de vue, cependant, que nous ne parlons que de la logique pure et de la morale pure. Car la logique appliquée, aussi bien que la morale appliquée, doivent faire appel à l'expérience, comme la géométrie ou la mécanique, lorsqu'elles passent de la théorie à l'application. — Quant à l'esthétique, elle devrait être, en principe, aussi bien que la morale et la logique, une science rationnelle, puisqu'elle a pour objet, comme celles-ci, un idéal el qu'elle recherche ce que doit être une œuvre d'art pour répondre aux conditions de la beauté Mais, dans cet ordre d'idées délicat et qui touche plus au sentiment qu'à la raison, il sera toujours plus sûr d'observer les conditions réelles dans lesquelles le beau s'estproduit, que d'imposer à priori des règles pour le produire.