‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 146 sur 313 · Métaphysique. — C'est en métaphysique que la que · texte numérisé non relu

Métaphysique. — C'est en métaphysique que la que

tion delà méthode est le plus difficile à résoudre. En principe, il semble que la science qui a pour objet les premières causes et les premiers principes, ou, d'un seul mot, que la science de l'absolu, doive être une science pure, rationnelle, à priori; car comment l'absolu pourrait-il être étudié d'une manière expérimentale?

Cependant, si on veut se réduire exclusivement à la notion de l'absolu et de l'être, en y appliquant le raisonnement déductif, on ne construira ainsi qu'une science vide et tautologique, où l'on ne fera que reproduire indéfiniment sous des formes différentes une seule et même proposition, à savoir, que l'absolu est l'absolu. La science rigoureusement idéale et rationnelle de l'être n'ira jamais plus loin que cette maxime de Parménide : Vêtre est; le non-être n'est pas. Lorsque Spinosa a essayé de construire géométriquement la science de Dieu, il y a introduit implicitement des éléments empruntés à l'expérience, par exemple cet axiome : Vhomme pense, et cet autre principe qu'il ne formule pas, mais qu'il suppose, à savoir, qu'il y a des corps, du mouvement, de l'étendue. En effet, sans ces deux postulats, comment saurait-il que Dieu a deux attributs: \di pensée et l'étendue? Quant aux autres attributs (car Dieu doit en avoir, dit-il, un nombreinfmi), Spinosa n'en peut deviner aucun, parce que l'expérience ne lui en donne aucun exemple. De plus, comment passera-t-on par le raisonnement de l'infini au fini, et de Dieu aiv monde? Serait-il possible de découvrir àpriori,sï on ne le savait pas, qu'il y a un monde? Enfin, tous les raisonnements que l'on fait en métaphysique sur les causes et les substances, sur l'espace ou le temps, même sur le contingent et le nécessaire, sont continuellement alimentés par des exemples et des faits empruntés à l'expérience.

Il n'y a de sciences véritablement à priori que celles qui procèdent pa?' construction, comme les mathématiques; car alors il s'agit moins de ce qui est en réalité que de ce qui doit être nécessairement dans de certaines conditions idéales que nous supposons et produisons à notre gré. De la même manière sans doute on pourrait, quoique avec moins de rigueur, construire une métapbysique idéale, qui serait vraie dans telle hypothèse (par exemple, que le Moi existe seul, que la Substance existe en soi et par soi, que l'Être est et le non-être n'est pas, que les Choses sont les copies des idées, etc.). Mais la métaphysique n'est pas une science abstraite et idéale : elle est, comme la physique, une science concrète ayantpour objet cequiestet nonce qui peut être.

D'un aulre côté, cependant, il est certain que Texpérience ne nous fait connaître que des faits et des phénomènes, c'est-à-dire le particulier et le contingent, et la métaphysique a précisément pour objet ce qui dépasse le particulier et le contingent, c'est-àdire l'universel et le nécessaire. Elle ne peut donc être le résultat de l'expérience.

Il semble qu'il y ait là une antinomie (contradiction), car si la métaphysique n'est possible ni par la raison, ni par l'expérience, il faui qu'elle soit impossible.

La solution de cette antinomie est dans la méthode réflexive, c'est-à-dire, celle de l'esprit se repliant sur lui-même, et trouvant ainsi en lui-même, non plus seulement des phénomènes, mais de Vêtre, et non pas seulement un être idéal et simplement eonçu, mais encore un être senti et perçu. Cette méthode, qui est celle de Descartes, de Leibniz, de Biran et même de Hegel, est la méthode essentielle de la métaphysique.

Mais, dira-t-on, la méthode réflexive atteint bien l'être; mais ce n'est que l'être de l'esprit humain, c'est-à-dire encore un être limité, contingent, qui n'est pas l'objet de la métaphysique.

Soit; mais la réflexion, en atteignant l'esprit humain, atteint en même temps l'esprit absolu. En effet, soit qu'avec Descartes on reconnaisse dans l'esprit humain l'idée de rinfmi ou du parfait, dont on démontre ensuite, parle principe de causalité, la réalité objective ; — soit qu'on pense avec Platon et Malebranche que l'esprit est uni avec l'idée du bien, ou l'être infiniment parfiiit, qu'il voit immédiatement et dans lequel il voit toutes choses; — soit enfin qu'avec Hegel on admette que la conscience, en s'approfondissant elle-même, découvre en soi les divers moments de l'existence de l'absolu : - — dans ces diverses hypothèses, c'est toujours l'esprit qui par la réflexion découvre en soi-même le fondement de toute métaphysique, l'être, l'absolu, l'infini; c'est encore en lui-même et par l'analyse réflexive qu'il découvre les diverses propriétés, qualités, manifestations de l'être, à savoir : substance, cause, fin, unité, identité, action; enfin, c'est encore par analogie avec lui-même qu'il détermine et caractérise l'absolu, comme pensée, volonté et amour. >

422 . Sciences sociales, Politique, «larispradence. Economie politique. — Les principales sciences sociales sont : 1° la Politique, ({ui traite des principes et des conditions du gouverne" ment des Etats ; 2' la Jurisprudence, qui explique et commente

les lois civiles positives ; 3" VEconomie politiquey qui traite delà production et de la distribution des richesses.

1" La politique a été traitée tantôt comme une science abstraite et rationnelle où l'on recherche les conditions idéales de la société : par exemple, la République de Platon, fondée sur ridée de la communauté ; le Contrat social, sur l'idée de la souveraineté du peuple ; le de Cive ou le Leviathan^ de Hobbes» consacré à la défense du pouvoir absolu. Tantôt, au contraire, elle a été exposée comme une espèce à' art purement empirique^ où l'on cherche comment les hommes agissent et quelles sont les conséquences habituelles de leurs actions ; par exemple : le Prince de Machiavel. La vraie méthode politique est la méthode expérimentale et inductive, fondée sur l'étude des institutions et des lois dans toutes les régions du globe et à toutes les époques de l'histoire. Cette méthode est celle de Montesquieu, dans VEsprit des lois. Elle n'exclut pas la conception d'un idéal dont les institutions nécessaires seraient la réalisation progressive.

là" Jurisprudence. La méthode propre à la jurisprudence est la méthode déductive. En effet, la jurisprudence n'a pas à rechercher ses principes : elle les reçoit tout faits de la législation : ce sont les lois écrites. Ce sont là comme des théorèmes dont la vérité est supposée, de même que l'on suppose en mécanique les théorèmes de la géométrie. En outre, il y a en jurisprudence comme en géométrie des axiomes et des définitions; et souvent la définition est fournie par la loi elle-même. La science juridique n'a donc d'autre objet que de déduire les applications de la loi ou de concilier les diverses lois entre elles, ce qui est l'œuvre de la déduction. Aussi Leibniz nous dit-il que « les jurisconsultes ont plusieurs bonnes démonstrations.... et qu'ils raisonnent d'une façon qui approche fort de la démonstration >. {N. Essais, IV, ii.)

En est-il de même de Véconomie politique? C'est l'opinion d'un éminent économiste, M. Rossi : « L'économie politique, dit-il, dans ce qu'elle a de général et d'invariable, est plutôt une science de raisonnement qu'une science d'observation » {Cours, 2"" leçon); et il expliquait l'opinion inverse, en disant que l'on confondait l'économie politique pure et l'économie politique appliquée. Mais il négligeait de voir que toutes les sciences, même celles que l'on appelle d'observation, peuvent être aussi, à certains points de vue, des sciences de raisonnement. Par exemple, il y a une physique pure et unt physique expérimentale, mais

«eîle-ci n'est pas la même chose que la physique appliquée. Les applications sont les conséquences de la science, l'expérience en est L base. De même, il y a une économie politique pure et une. économie politique expérimentale •,ce\\e-ci est la base de l'autre : elle donne les faits et les lois sur lesquels l'économie politique pure fonde ses théories; cette partie expérimentale de la science en est laJsase; la théorie est le fond de la science: les applications ne sont que des conséquences modifiées par les circonstances. En résumé, la méthode des sciences morales est avant tout la méthode inductive, et cette méthode elle-même est impossible sans le raisonnement; mais cela ne détruit pas le caractère inductif de ces sciences, car il en est de même dans les sciences physiques et naturelles.

V'o, Sciences philologiqncs. — Les sciences philologiques recherchent les lois du langage soit dans une langue donnée, sort dans un groupe de langues, soit enfin dans toutes les langues connues. Comme toutes les sciences qui sont à la recherche des lois, elles doivent partir de faits. Les sciences philologiques sont donc des sciences inductives. Mais elles pratiquent particulièrement, comme les sciences naturelle*, la méthode comparativey celle qui recherche les analogies sous les différences; c'est cette méthode qui a donné naissance à la science que l'on appelle la philologie comparée.

424. Sciences» hisforiqnes. — Les sciences historiques forment un groupe si important, et les méthodes y sont si particulières, que nous les détacherons pour en faire l'objet d'une étude séparée.

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