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LA CRITIQUE HISTORIQUE

d'Allemagne. Ces sortes d'écrits ne sont plus des documents ou des sources, ce sont des œuvres d'art ou d'enseignement qui n'ont d'autre valeur historique que celle qu'elles puisent dans les doeuirienls antérieurs qu'elles ont employés.

Voici les règles données par Daunou relativement à chacune de ces sources :

1" Procès-verbaux, actes officiels.

a)Ces pièces, rédigées en présence des faits, donnent en général d'une manière exacte les noms, les dates et les circonstances matérielles.

b) Cesrelationsofliciellfts peuvent êtregravementaltéréespar les inlérèls politiques : il faut les confronter avec les récits du temps.

c) Elles ne donnent jamais une connaissance exacte du caractère moral et politique des événements et des personnages.

2" Journaux privés. Règle générale : la confiance due aux mémoriaux privés, écrits jour par jour, est proportionnée à celle qu'inspirent les qualités personnelles de l'auteur, sa clairvoyance, sa bonne foi, etc.

Il ne faut pas oublier que les événements contemporains sont presque toujours présentés d'une manière fausse, au moment où ils se produisent, à l'observateur superficiel. L'avocat Barbier, dans son /owrwai, est sans cesse occupé à rectifier les événements qu'il vient de raconter aux pages précédentes.

3" Les Gazettes ou Journaux publics.

a) Ces recueils sont très précieux pour les dates et les circonstances matérielles des événements.

b) On peut considérer comme certains les faits sur lesquels tous les journaux librement rédigés, et d'opinions différentes, sont unanimes.

4° et 5° Mémoires et Annales, récits contemporains.

Comme ce sont ici les principales sources de l'histoire, les règles doivent être plus nombreuses et plus détaillées.

a) S'assurer de V authenticité : écarter les écrits composés après coup.

6) S'assurer de lamora/ifé de l'historien, c'est-à-dire s'informer de la vie de Fauteur, de ses habitudes, de ses relations, de ses qualités intellectuelles et morales, de Yestime ou de la confiance qu'il a inspirées aux contemporains.

c) S'assurer de sa compétence : c'est-à-dire s'il a eu les moyens de connaître et de vérifier les faits qu'il rapporte.

d) De son désintéressement : se défier des récits dictés par

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l'intérêt personnel : par exemple, les Mémoires admirables du cardinal de Retz sont très suspects, parce qu'ils ont été écrits évidemment dans un esprit d'apologie.

e) Se défier de l'historien qui a des penchants à la satire : par exemple, des Mémoires de Saint-Simon.

/) Se défier des imaginations romanesques qui mêlent à tout le merveilleux, ou qui cherchent toujours à donner aux événements un caractère poétique : par exemple, V Histoire des Girondins, de Lamartine.

g) Même à part tout intérêt personnel, se défier de tout écrivain qui raconte l'histoire au point de vue de l'intérêt d'une secte, d'un parti, d'une faction. Tel est le défaut commun à presque toutes les histoires de laRévolutio7i écrites de nos jours. Au couiraive^l' Histoire des guerres religieuses de de Thou est un modèle d'impartialité. 11 en est de même de VHistoire de la guerre du Péloponnèse de Thucydide.

h) En cas de contradiction entre les récits divers d'un même événement, se décider par le poids plus que par le nombre des témoignages : par exemple, pour les relations relatives à la Fronde, le témoignage de M""* de Motteville, quoique bonne royaliste, a un très grand poids, parce qu'elle est personnellement désintéressée et parce qu'elle est généralement d'une grande impartialité.

i) On appeUe argument wé^afi/" celui qui se fonde sur le silence d'un contemporain : cet argument a une grande force quand l'auteur qui n'a pas mentionné un fait est un témoin judicieux, qui n'a pas pu ignorer le fait et qui n'a eu aucun intérêt à l'omettre.

6% 7°, 8° Quant à toutes les relations qui à différents degrés sont postérieures à l'événement, elles ont une valeur proportionnée aux relations plus anciennes dont on peut s'assurer qu'elles nous reproduisent le témoignage. En outre, elles sont soumises à toutes les mêmes règles signalées précédemment.

En résumé, toutes les règles de la critique historique ne sont que les applications particulières à des cas déterminés des règles données précédemment sur l'emploi des témoignages humains. Elles se ramènent toujours à deux principes : 1° que le témoin ait connu les faits et qu'il soit en mesure de les affirmer, c'est-àdire qu'il n'ait pas pu se tromper; 2° qu'il n'ait aucun intérêt ni passion qui le pousse à altérer les faits, et par suite qu'il n'ait pas voulu nous tromper.

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