‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 168 sur 313 · Devoirs i*claiif!§i à la volonté. — La i'ui'ce dame · texte numérisé non relu

Devoirs i*claiif!§i à la volonté. — La i'ui'ce dame

Courage, — La volonté est le pouvoir de se résoudre à l'action sans y être contraint par aucune force du dehors ou môme par la force des passions. Elle a donc elle-même une force par laquelle elle lutte contre les obstacles externes ou internes qui s'oppusent à elle. C'est ce qu'on appelle la force d'âme, dont la prin -ipale forme est le courage.

Le courage, dans son sens le plus habituel, est cette sorte de vertu qui brave le péril et même la mort, quand il est nécessaire, pour accomplir un devoir.

Le courage qui frappe le plus les hommes, c'est le courage militaire ; cependant ce n'est pas le seul : le médecin dans une épidémie, le simple citoyen dans un fléau public, chacun de nous sur son lit de mort, peuvent montrer autant et souvent plus de courage que le soldat dans la bataille. Le courage civil n'esi pas moins nécessaire que le courage militaire : celui, par exemple, du magistrat rendant la justice malgré les sollicitations des laissants, celui du citoyen défendant les lois, du juste disant la vé« rite au péril de sa vie, etc.

Le courage, a-t-on dit, est un milieu entre la témérité pt. la lâcheté. Cela est vrai en général ; mais il ne faut pas cioire qu'il y ait toujours témérité à braver le péril et toujours làcheié à l'éviter. Le vrai principe, c'est qu'il faut braver les périls nécessaires, quelque grands qu'ils soient, et éviter les périls inutiles, si minimes qu'ils puissent être.

Le courage ne consiste pas seulement à braver le péril et la mort, mais encore à supporter le malheur, la misère, la

douleu'i*. On peut être courageux dans la pauvreté, dans l'esclavage, dans la maladie. Le courage ainsi entendu s'appelle patience

C'est cette sorte de courage de tous les instants qui est surtout réclamé dans la vie, et c'est celui qui est le plus rare ; car on trouve encore un assez grand nombre d'hommes capables de braver la mort quand l'occasion s'en présente : mais supporter avec résignation les maux inévitables et sans cesse renouvelés de la vie humaine est une vertu d'autant plus rare, qu'on n'a presque point honte du vice qui lui est contraire. On rougirait de craindre le péril, on ne rougit pas de s'emporter contre la destinée ; on veut bien mourir, s'il le faut, mais non pas être contrarié. Cependant on conviendra que de succomber sous le poids de sa destinée est aussi une sorte de lâcheté. C'est pourquoi on a pu dire avec raison que le suicide lui-même est un acte lâche ; car s'il est vrai qu'il exige un certain courage physique, il est aussi vrai que le courage moral qui saurait supporter de tels maux serait d'un ordre bien supérieur encore.

Mais il ne faut pas confondre la vraie force, le vrai courage, la vraie patience, avec la fausse force et la ridicule obstination.

Oa de mes amis, dit Épictète, résolut sans aucun motif de se laisser mourir de faim. Je l'appris quand il y avait déjà trois jours qu'il s'abstenait de manger i j'allai le trouver, et je lui demandai ce qu'il faisait : Je l'ai résolu, me répondit-il.

Mais quel est le motil qui l'a poussé? — Il faut être ferme dans ses décisions.

Que dis-tu là, mon ami? il faut être ferme dans ses décisions, sans doute, mais

dans celles qui sont raisonnables. Quoi! si par un caprice tu avais décidé qu'il ferait nuit, tu persisterais en disant : 11 faut être ferme dans ses décisions... Notre homme se laissa décider, mais non sans pfiue. — On ne persuade pas plus un sot qu'on ne le brise.

A la patience dans l'adversité il faut joindre toujours une autre espèce de courage, non moins rare et non moins difficile, à savoir, la modération dans la prospérité. C'est en quelque sorte une seule et même vertu s'a[»pli(juanl dans deux circonstances contraires, et c'est ce qu'on appelle l'égalité d'âme II n'y a pas moins de faiblesse à manquer de modération quand la fortune nous sourit que lorsqu'elle nous est contraire; et il n'y a rien de plus beau dans la vie qu'une âme toujours égale, ub front toujours le même, un visaiie toujours serein.

A l'égalilé a'humeur ou possession de soi-même se ratlache encore une autre oblii^aiion : celle d'éviter la colère, passion que l'on a considérée avec raison comme l'origine du courage, mais qui en elle-même est sans règles et plus propre aux bêtes

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