‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 169 sur 313 · LEVOIRS ENVERS SOI-MÊME · texte numérisé non relu

LEVOIRS ENVERS SOI-MÊME

qu'aux hommes. Il y a deux espèces de caractères irasciblescelui qui s'emporte vite et s'apaise vite, et au contraire celui qui conserve Ion-temps son ressentiment. Le premier est le caractère irascible, le second est le caractère atrabilaire ou vindicatif. Ce second caractère est beaucoup plus odieux que l'autre : la colère est quelquefois excusable, la rancune ne l'est jamais. ^

Cependant, si la colère est un mal, l'apathie et l'mdifferenca absolue est loin (l'être un bien. S'il y a une colère brutale et animaie, il y a aussi une noble colère, une colère généreuse^ que Platon appelle 9ûpo;, celle qui se met au service des nobles sentiments. La colère généreuse a, comme on le voit, son principe dans le sentiment de la dignité personnelle, auquel se rattache le devoir du respect de soi-même.

483. ta dignité personnelle. —L'homme, étant supérieur aux autres êtres de la création par la raison, par la liberté, par la moralité, ne doit pas s'abaisser à leur niveau, et doit respecter en lui-même et faire respecter en lui par les autres hommes la dignité humaine.

De là ces maximes : « Ne soyez pas esclaves des hommes, — Ne souffrez pas que vos droits soient impunément foulés aux pieds; — Ne contractez pas de dettes pour lesquelles vous n'offririez pas une entière sécurité; — Ne recevez point de bienfaits dont vous puissiez vous passer; —Ne soyez ni parasites, m flatteurs, ni mendiants; — Les plaintes et les gémissements, même un simple cri arraché par une douleur corporelle, sont choses indio-nesdevous (à plus forte raison si vous avez mérité la peine). Aussi un coupable ennoblit-il sa mort par la fermeté avec laquelle il meurt. — Celui qui se fait ver peut-il se plaindre d'être éci*asé? » (Kant, Doctrine de la vertu, §12.)

Le juste sentiment de la dignité humaine s'appelle fierté. Il ne faut pas confondre la fierté légitime avec une passion qui imite la fierté, mais qui n'en est que le fantôme : je veux dire avec V orgueil. La fierté est le juste sentiment que l'homme a de sa dignité morale, et qui lui défend d'humilier ou de laisser humiheren lui la personne humaine. L'orgueil est le sentiment exagéré que nous avons de nos avantages et de notre supériorité sur\s autres hommes. La fierté se rapporte à ce qu'il y a en nous de sacré et de divin; l'orgueil ne se rapporte qu'à notre individu, et ce sont ses misères mêmes dont il se grandit et se gonfle.

La fierté ne demande qu'à ne pas être opprimée, l'orgueil demande à opprimer les autres. La fierté est noble, l'orgueil est brutal et insolent.

Le diminutif de l'orgueil, c'est la vanité. L'orgueil prend avantage des grandes choses, au moins de ce qui paraît tel parmi les hommes : la vanité s'honore même des plus petites. L'or- ^ei\ est insultant, la vanité est blessante. L'un est odieux, l'autre ridicule.

Le plus bas degré de la vanité est la fatuité, ou la vanité des avantages extérieurs, figure, toilette, agréments superficiels. Ce diminutif de l'orgueil est une des passions les plus pitoyables, qui doit être combattue par tous les sentiments mâles et virils.

La vertu opposée à l'orgueil, et qui n'est nullement inconciliable avec la fierté, est la modestie, à savoir, le juste sentiment de ce que l'on vaut et de ce que l'on ne vaut pas. 11 n'est nullement interdit par la morale de se rendre compte de ses propres mérites; mais c'est à la condition de ne pas .s'en exagérer la portée : ce qui est facile, en se comparant soit à ceux qui ont reçu des dons plus excellents, soit à ce que nous devrions et pourrions être avec plus d'eiïorts, plus de coui-age, plus de volonté, soit en reconnaissant à côté de ces avantages les limites les bornes, les lacunes, surtout en ayant sur nos détauls un œi: aussi ouvert, plus ouvert encore que sur nos qualités. Prenons garde à la poutre de l'Evangile.

La modestie ne doit pas seulement être extérieure, mais encore intérieure; au dehors, elle est surtout un devoir envers les autres, que nous ne devons pas humilier de nos avantages; au dedans, elle est un devoir envers nous-mêmes, que nous ne devons pa^ tromper sur notre propre valeur. Quelquefois on est modeste au dehors sans l'être au dedans, et réciproquement. Je puis feindre devant les hommes de n'avoir pas grande opinion de moi-même, tandis qu'intérieurement je m'enivre de mon mérite : c'est pure hypocrisie. Je puis au contraire m'atlribuer extérieurement des avantages que ma conscience ne reconnaît nullement dans le for intérieur: c'est fanfaronnade. Il fliutêtre modeste à la fois au dedans et au dehors, en paroles et en actions.

Il faut distinguer de la modestie une autre vertu que l'on appelle Yhumilité. L'humilité ne doit pas être un abaissement; car ce n'est jamais une vertu pour l'homme de s'abaisser. Mais de même que la dignité et la fierté sont les yertus oui naissent

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