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Opérations sensitives et opérations intellcctncUc

— Nous appellerons, avec Bossuet, opérations sensitives les opérations immédiatement liées à la vie physiologique, et opérations intellectuelles ceU es qui s'élèvent au-dessus (entendement, sentiment, volonté). Les premières nous sont plus ou moins communes avec les animaux et constituent la vie animale; les autres sont propres à l'homme et constituent la vie humaine proprement dite \

A la vérité, il est difficile de distinguer avec précision ces deux domaines, par la raisoji facile à comprendre que la partie supérieure de l'homme n'est jamais complètement absente, et qu'elle intervient dans les phénomènes inférieurs; mais celte difficulté se retrouve dans toute classification psychologique; et celle que nous proposons, outre l'avantage qu'elle a d'être la plus conforme à la tradition, est aussi celle qui se rapproche le plus delà réalité, car elle est la traduction fidèle de l'histoire de l'individu et de l'espèce. L'individu, en effet, commence par la vie animale, qui elle-même a été précédée de la vie végétative et nutritive, et c'est du sein de cette vie animale que sort la vie humaine proprement dite. De même, l'espèce humaine commence par l'état sauvage, qui est sans doute déjà très supérieur à la pure vie animale, mais qui ne contient encore qu'en germe les traits distinctifs et constitutifs de l'humanité.

En même temps que la division proposée est la plus conforme à la tradition, elle est aussi celle qui s'accorde le mieux avecles progrès les plus récents de la psychologie, et qui permet le plus aisément d'en profiter.

^5. Les trois facultés de l'âme: Entendement, Sentiment, Volonté. — La division précédente n'a rien qui contredise la division généralement admise, et on peut facilement faire cadrer Tune avec l'autre. Rien de plus vrai que la distinction des

1 Les anciens distinguaient cgalemontràme C'est dans le même sens que la philosophie ■«n deux parties : tô aXoyov, toXo yiaiv/.w. chrétienne distingue entre la chair et X'esvrit.

3ï PSYCHOLOGIE

trois facultés, penser, aimer, vouloir, sont trois opérations profondément distinctes, et Texpérience de tous les jours le démontre suffisamment. Un homme d'esprit n'est pas toujours un homme de cœur, et un homme de cœur peut ne pas être un homme de caractère. La tête (l'esprit), le cœur, le caractère, sont donc trois activités différentes et souvent opposées. Par la tête, OQ connaît; par le cœur, on aime; par la volonté et le carac- Ici'e, on agit. La connaissance , les affections, les actions sont les trois elfcts de ces trois puissances. En un mot,^ nous maintenons et nous acceptons la division reçu?; mais elle ne nous paraît avoir un sens bien précis et bien délimité que lorsqu'on parle ihis opéiaiions intellectuelles, c'est-à-dire des opérations les plus élevées de l'âme. Mais si on les considère à leurs racines, là où elles sortent de la vie animale, quelle difficulté de distinguer les faits élémentaires qui sont la source de chacune d'elles ! Comment séparer rigoureusement, et sans exagérer les différences, les phénomènes sensitifs (sensations), qui sont l'origine de l'intelligence, des phénomènes affectifs (plaisir et douleur), qui sont l'origine du sentiment, et les phénomènes actifs (instinct, mouvements spontanés), qui sont l'origine de la volonté. Ces trois classes de phénomènes n'ont-elles pas plus d'affinités entre elles que chacun d'eux n'en a avec les phénomènes d'ordre supérieur auxquels on les associe d'ordinaire?

Sans doute, même dans la vie sensitive, nous sommes obligés, pour pouvoir nous exprimer avec quelque clarté, d'établir cette distinction de trois classes de phénomènes (actifs, affectifs, sensitifs); mais n'oublions pas qu'avant toute distinction, entre la vie purement organique et la vie psychologique proprement dite, il y a une sorte de vie crépusculaire intermédiaire, une sensibilité sourde et diffuse, dont nous ne pouvons nous faire quelque idée qu'en pensant à l'état intermédiaire de la veille et du sommeil. Cette sensibilité informe, qui est à nos facultés ce que le protop/asma du p. 'otozoaire est aux formes organisées des embranchements supérieurs, est la racine de la vie psychologique; c'est là que plongent toutes nos facultés à l'origine, c'est de là qu'elles émergent en se distinguant, c'est là que dorment confondus la pensée, le sentiment, la volonté, en attendant qu'ils se séparent en se développant.

SECTION I

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