CHAPITRE PREMIER
Passage de la physiologie à la psychologie. — Phénomènes actifs. Le mouvement et l'instinct.
Les opérations sensitives sont les opérations de l'âme qui dépendent immédiatement du corps (3i). On peut y distinguer trois classes de phénomènes : les phénomènes actifs, qui se manifestent par le mouvement; les phénomènes affectifs, caractérisés par le plaisir et la douleur, et les phénomènes sensitifs, qui sont les impressions produites sur l'âme par l'action des objets extérieurs, et qui sont suivis des phénomènes d'imagination. L'ensemble de ces faits compose la vie sensitive et animale.
36. mouvement et sensation. — Si le premier phénomène qui annonce la vie à la conscience du sujet vivant est la sensation, le premier phénomène qui l'annonce à l'observateur du dehors, c'est le mouvement. La mère qui porte un enfant dans sou sein apprend qu'il existe en le sentant remuer. Lorsque l'enfant vient au monde, c'est par le mouvement de ses membres, aussi bien que par les cris, qui eux-mêmes ne sont que des mouvements, qu'il annonce son arrivée à la vie. Mouvement et sensation, tels sont donc les deux faits primordiaux de la vie ; et le mouvement, selon toute apparence, est antérieur à la sensation.
37. Ilonvennents spontanés. — L'activité motrice qui se manifeste dans le premier âge de la vie peut être accompagnée de sensation, mais elle n'est pas nécessairement un résultat de la sensation, et elle n'est pas toujours en proportion avec elle. Il y a lieu d'admettre une source de mouvements spontanés qui provient de l'activité vitale elle-même. Voici quelques-uns des faits qui déposent en faveur de cette hypothèse : la mobilité des petits enfants, la vivacité de leur gesticulation, très disproportionnée à la sensation ou à l'émotion qui en sont l'occasion; les jeux des jeunes animaux (comme le petit chat jouant avec une pelote); 16
lASET, Philosophis. f
rétablissement de raction au réveil, qui ne peut venir d'une source extérieure; le besoin d'exercice dans la jeunesse ; enfin la disproportion dans une même personne de l'activité et de la sensibilité*.
Les mouvements spontanés doivent être distingués de deui autres espèces de mouvements très différents : 1° des mouvements volontaires ; 2" des mouvements que l'on appelle réflexes.
Les mouvements volontaires, que nous étudierons plus tard (sect. III, ch. m.) se distinguent des mouvements spontanés en ce que ; 1° ils sont précédés de la représentation même du mouvement. Je ne peux pas vouloir me promener sans me représenter d'avance la promenade. Je veux mouvoir mon bras, signifie que j'ai l'idée du rnouvement de mon bras. Quand ce mouvement a lieu sans que je l'aie conçu d'avance, je disque je l'ai produit malgré moi, sans y penser, sans le vouloir; 2° le mouvement volontaire est accom-r pagné de l'idée d'un hiU à atteindre : je ne veux pas sans motif et sans raison. Je veux marcher /)owr aller quelque part. Je veux mouvoir mon bras pour prendre un objet. Or les deux caractères précédents manquent aux mouvements spontanés. Ils s'accomplissent sans avoir été représentés d'avance à l'imagination, et ils s'accomplissent sans but.
ils ne se distinguent pas moins des mouvements exclusivement mécaniques que l'on appelle mouvements réflexes.
38. Mouvements réflexes. — Le mouvement réflexe est une .sorte de mouvement dont le caractère distinctif est d'être provoqué par une action externe, c'est-à-dire par une excitation sur les nerfs sensitifs, qui se communique, par l'intermédiaire des centres nerveux, aui nerfs moteurs et se traduit au dehors en mouvements. De ce ^^^ genre, par exemple, est le rire convulsif produit par le cha-
Fi". 9. — Scheme du mouvement réflexe. , .,, . i, • i i-
^ ^ ., , , touillement, 1 action de cligner
<:. Cellule nerveuse. — E . Epiderme. — A. Nerf ,, •■ i , n •
seasilif. — B. Nerf moteur. — M. muscle. ÛB 1 Œil, lOrSqU On lait Sem-
blant de vouloir y porter un coup. Les médecins disent que le cri de l'enfant qui vient au monde est un cri réflexe, c'est-à-dire un mouvement automatique produit par l'invasion subite de l'air dans la poitrine.
Le mouvement réflexe se distingue du mouvement spontané
i. Bain, Ut Sent et l'Entendement, l" p«rlie, ch. i (trad. fr., p. 40).
en ce qu'il a pour origine une excitation externe, tandis que dans le mouvement spontané l'excilation externe est nulle ou du moins très disproportionnée à l'action motrice.
39. Mouvements instinctifs.— Les mouvements instinctifs sont des mouvements spontanés, qui se distinguent de ceux que nous avons signalés plus haut (37) en ce qu'ils sont ."i" coordonnés et combinés; 2° dirigés vers un but.
Les mouvements instinctifs se distinguent des mouvements réflexes, en ce que l'origine de ceux-ci est un ex.citant externe, tandis que dans l'instinct le point de départ est central, et que les impulsions internes servent d'excitants.