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CHAPITRE III

D«Toiri de famille. — DeToirs sociaux — Devoirs relîgieu».

Les devoirs ^vers les autres hommes peuvent se ramener à trois classes : devoirs envers la famille, devoirs envers les hommes en général, devoirs envers l'État.

484. Devoir» de famille. — On peut distinguer dans la famille quatre espèces de rapports, d'où naissent quatre classes de devoirs :

1° Rapports du mari et de la femme;

2° Rapports des parents aux enfants;

3° Rapports des enfants aux parents;

^° Rapports des enfants entre eux; d'où : le devoir conjugal, le devoir paternel ou maternel, le devoir filial et le devoir fraternel.

A ces quatre éléments de la famille on peut en ajouter un cinquième, la domesticité: d'où le devoir des maîtres à l'égard des domestiques et des domestiques à l'égard des maîtres.

485. Devoir» du mariage. — Le devoir commun du mari et de la femme est la fidélité. Ce devoir est fondé d'abord sur la nature même du mariage, et en second lieu sur une promesse réciproque.

Commençons par cette dernière considération. Le mariage, ; tel qu'il est institué dans les paye civilisés et chrétiens, est la monogamie, ou mariage d'un seul homme avec une seule femme (sauf le cas de décès). Tel est l'état auquel on s'engage en entrant ' dans la condition du mariage; on accepte donc, par là même,* l'obligation d'une fidélité inviolable. Que si une promesse est sacrée quand il s'agit des biens matériels (par exemple une dette de jeu), combien plus sacrée est la promesse des cœurs, et ce

don réciproque de l'âme à l'âme qui fait la dignité du mariage! La fidélité conjugale est donc un devoir d'honneur, une véritable dette.

Mais ce n est pas seulement le résultat obligatoire d'une promesse, d'une parole donnée : la fidélité résulte de l'idée même du mariage, et le mariage à son tour résulte de la nature des choses.

Le mariage a été institué pour sauver la dignité de la femme. L'expérience, en effet, nous apprend que, partout où existe la polygamie, la femme est l'esclave de l'homme. Celui-ci, partageant ses affections entre plusieurs personnes différentes, ne peut en aimer aucune avec cette délicatesse et cette constance qui rendent la femme égale de l'homme. Gomment pourrait-il y avoir cette intimité et ce partage des biens et des maux qui fait la beauté morale du mariage, entre un maître et plusieurs esclaves qui se disputent ses regards et ses caprices? Il est de toute évidence que l'égalité de l'homme et de la femme ne peut subsister là où celle-ci est obligée de disputer à d'autres le bien commun de l'affection conjugale.

De là l'institution du mariage, qui a été inspirée par l'intérêt de la femme et qui est la protection du plus faible. Il s'ensuit évidemment qu'elle est tenue, de son côté, à la même fidélité qu'elle a droit d'exiger. L'infidélité conjugale, de quelque côté qu'elle vienne, est donc une polygamie déguisée, et encore une polygamie irréguîière et capricieuse, très inférieure à la polygamie légale : car celle-ci au moins laisse subsister certaines règles et fixe d'une manière précise la condition des diverses épouses. Mais l'adultère détruit tout rapport régulier et précis entre les deux époux; il introduit dans le mariage l'usurpation ouverte ou clandestine des droits jurés; il tend à rétablir l'étal primitif et sauvage, où le hasard et le caprice décident du rapprochement des sexes.

La fidélité est un devoir commun et récipioque aux deux époux. Ils ont en outre chacun les leurs. Nous insisterons surtout sur ceux du mari. Le premier de tous, et qui enveloppe tous les autres, est la protection.

« L'homme, étant le chef de la famille, en est le prolecteur naturel. L'autorité lui est dévolue par les lois et par l'usage. Mais cette autorité ne serait qu'un privilège insupportable, si l'homme prétendait l'exercer sans rien faire, et sans rendre à la famille en sécurité ce quelle lui paye en respect et en obéis-

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sance. Le travail, voilà le premier devoir de l'homme comme chef de famille. Cela est vrai de toutes les classes de la société, tout aussi bien de celles qui vivent de leurs revenus que d^ celles qui vivent de leur travail. Car les uns ont à se rendre dignes de la fortune qu'ils ont reçue par de nobles occupations, et au moins de la conserver et de la l'aire fructifier par une babile administration; et les autres ont, sinon une fortune à acquérir, but très rarement atteint, au moins un objet bien plus pressant, celui de faire vivre tous ceux qui reposent sous leur tutelle \ »

Un sage de l'antiquité, Socrale, raconte en ces termes la conversation d'Ischomachus et .de sa femme, deux jeunes mariés dont le mari instruit sa femme des devoirs domestiques.

« Quand elle se fut familiarisée avec moi, et que l'intimité l'eut enhardie à con-

> verser librement, je lui fis à peu près les questions suivantes : « Dis-moi, femme, » commences-tu à comprendre pourquoi je t'ai choisie et pourquoi tes parents I t'ont donnée à moi. . . Si la Divinité nous donne des enfants, nous aviserons en-

> semble à les élever de notre mieux : car c'est un bonheur qui nous sera com- >) muu, de trouver en eux des défenseurs et des appuis pour notre vieillesse. Mais t dès aujourd'hui, cette maison nous est commune. Moi, tout ce que "'ai, je le mets a en commun, et toi, tu as déjà mis en commun tout ce que tu as apporté. 11 ne

• s'agit plus de compter lequel de nous deux a fourni plus que rautre; mais il faut » bien se pénétrer de ceci, que celui de nous deux qui gérera le mieux le bien » commun fera l'apport le plus précieux. »

v A ces mots, Socrate, ma femme me répondit : « En quoi pourrais-je t'aider? » De quoi suis-je capable? Tout roule sur toi. Ma mère m'a dit que ma tâche est f de me bien conduire. — Oui, lui dis-je, et mon père aussi me disait la même t chose; mais il est du devoir d'uu hoiuine et d'une femme qui se condnitcnl bien I de faire en sorte que ce qu'ils ont prospère le mieux possible, et qu'il leur ar-

• rive en outre des biens nouveaux par des moyens honnêtes et justes. Le bien de

• la famille et de la maison exige des travaux au dehors et au dedans. Or la Pro-

> vidcnce a d'avance approprié la nature de la femme pour les soins et les travaux » de l'intérieur, celle de l'homme pour les soins et les travaux du deliors. Froids, I chaleurs, voyages, guerres, le corps de l'homme a été mis en état de tout sup- ( porter; d'autre part, la Divinité a donné à la femme le penchant et la mission de t nourrir les nouveau-nés; c'est aussi elle qui est chargée de veiller sur les prot visions, tandis que l'homme est chargé de repousser ceux qui voudraient nuire.

t Comme la nature d'aucun d'eux n'est parfaite en tous points, cela fait qu'ils

• ont besoin l'un de l'autre; et leur union est d'autant plus utile que ce qui manque I à run, l'autre peut 1". suppléer. Il faut donc, femme, qu'instruits des fonctions

> qui sont assignées à chacun de nous par la Divinité, nous nous efforcions de nous » acquitter le mieux possible de celles qui incombent à l'un comme à l'autre.

» 11 est toutefois, dis-je, une de tes fonctions qui peut-être t'agréera le moins : I c'est que si quelqu'un de tes esclaves tombe malade, tu dois par des soins, dus I à tous, veiller à sa guérison. — Par le ciel! dit ma femme, rien ne m'agréera » davantage, puisque, rétablis par mes soins, ils me sauront gré et me montreront

> plus de dévouement que par le passé. » Cette réponse m'enchanta, reprit Ischo- I machus, et je lui dis : « Tu auras d'autres soins plus agréables à prendre : quand I i'une esclave incapable de filer tu auras fait une bonne fileuse; quand d'un*

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