Doctrine de la sympathie. — Adam Smith. — Une
des formes les plus ingénieuses de la morale du sentiment est la doctrine de la sympathie, dont l'auteur est le célèbre moraliste et économiste Adam Smith, dans son traité des SentimenW moraux^.
C'est un fait universellement observé que l'homme souffre des souffrances des autres hommes et jouit de leurs plaisirs. Ce fait est la sympathie, qui a sa source dans l'imagination, c'est-àdire dans la faculté de nous mettre à la place de nos semblables et de nous représenter leurs douleurs ou leurs joies assez vivement pour les partager. Non seulement les grandes douleurs ou les joies très vives, mais en général toute espèce de sentiments réels ou imaginaires, déterminent en nous des sentiments sympathiques : c'est ainsi que nous sympathisons avec les héros de théâtre et de roman ; ou bien encore avec des personnages véritables, mais auxquels notre imagination prête des sentiments qu'ils n'éprouvent pas en réalité, par exemple avec l'homme qui a perdu la raison, quoiqu'il ne sente pas son malheur. Cette correspondance de sentiment, ce retentissement d'une émotion étrangère dans notre cœur est accompagnée de plaisir ; il est doux même de souffrir avec ceux qui souffrent , mais il est doux surtout de sentir les hommes souffrir avec nous et leur cœur battre avec le nôtre. La sympathie rapproche les âmes, elle rend la joie plus vive et la douleur plus légère.
Le fait de la sympathie étant une fois bien établi, voyons comment ce sentiment peut devenir, selon Smith, la source de l'approbation et la mesure certaine de la convenance ou de la disconvenance des actes. Lersque nous sympathisons entièrement avec les sentiments d'une personne, lorsque, nous mettant à sa place par l'imagination, il nous semble que nous sentirions comme elle, ces sentiments nous paraissent convenables ; au contraire, nous les jugeons non convenables quand nous ne pouvon? sympathiser avec eux. Et ils sont plus ou moins convenables àelon qu'ils se rapprochent ou s'éloignent du point où nous les partageons sans réserve; or, déclarer les sentiments des autres hommes convenables ou non convenables, c'est les approuver
1. Voy. l'exposition et la critique d'Adam Smith dans le Cours ie droit mturel d« Jouîfioji XVI«, XVII«, XVIII» leçon».