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mj» ««»-««« et le droit. — La force est un pouvoir

LE nimciPE DIT DEVOIR 64S

physique, el le droit ub pouvoir moral : «es deux pouvoirs sont opposés l'un à l'autre.

Il y a trois cas principaux : ou bien j'ai la force sans avoir le droit, ou j'ai le droit sans avoir la force, ou j'ai à la fois la force et le droit. Dans le premier cas ma force déborde mon droit; dans le second elle est en deçà; dans le troisième ils sont égaux. Lorsque ma force dépasse le droit, il y a un pouvoir qui absorbe l'autre ; mais celui-ci ne cesse pas d'exister, et, quoique destitué de force, il n'en est pas moins un pouvoir : c'est ce qu'on voit dans le second cas ; car, lorsque j'ai le droit sans avoir la force, je contrains celui qui m'opprime à un déploiement de force plus grand qu'il n'eût été nécessaire sans cela : par exemple, un peuple opprimé contraint un oppresseur à plus d'effort et à plus de violence que si le peuple était librement soumis ; et par là on voit bien que le droit est un pouvoir qui fait équilibre à la force. Enfin, lorsque la force est égale au droit, on peut dire qu'il y a un double pouvoir, comme dans le cas du pouvoir paternel, qui est à la fois un pouvoir physique et nm pouvoir de raison.

Sans doute il y a des cas où le droit semble destitué de tout pouvoir ; par exemple, lorsque celui qui en est investi l'ignore et ne fait aucun efïorl pour le défendre ou le recouvrer, comme dans le cas cité plus haut d'un trésor trouvé, le vrai propriétaire n'en ayant pas même connaissance. Mais il en est ici du droit comme du devoir. Le devoir est une nécessité qui ne nécessite pas, et le droit est un pouvoir qui ne peut rien. C'est pourquoi l'un est une nécessité morale et l'autre un pouvoir moral ou idéal. En d'autres termes, le droit, comme le devoir, n'est qu'une idée. Une idée par elle-même n'agit pas. 11 faut toujours que l'activité humaine prenne l'initiative. La force physique peut donc toujours passer par-dessus l'idée, et quelquefois même sans avoir besoin pour cela d'aucun effort surérogatoire. Cependant l'idée subsiste et elle exei*ce son pouvoir soit par la conscience, soit dans le souvenir des hommes; et enfin même, lorsque tous ces moyens d'action lui sont interdits, elle survit encore; et opprimée, dépouillée, vaincue, elle est encore plus noble que ce qui la brave et plu« souveraine que ce qui la foule aux pieds.

Le droit ne vient donc pas de la force, quoi qu'en disent certains publicistes, par exemple, Hobbes et Proudlion. Cette théorie n'est autre chose que la suppression même du droit. Si l'on équivoque sur le mot de force ou de puissance, si l'on distingue

avec Spinoza deux sortes d'état, l'état de nature et l'état de rmsrm, et si l'on fonde le droit sur la puissance de la raison, on ne l':iit qu'exprimer sous une autre forme l'idée que nous avons (léjà émise, à savoir, que le droit est un pouvoir idéal, mais il resie à expliquer comment ce pouvoir n'est pas .toujours le plus tort. L'antinomie de la force et du droit montre bien qu'il y a dans le droit quelque chose d'idéal qui, pour ne pas passer dansées faits, n'en est pas moins sacré. Or, ce qu'il faut expliquer, c'est comment il se peut faire qu'une idée arrête la force, ou, quand elle ne l'arrête pas, qu'elle puisse la proscrire et la juger. S'il n'y a pas quelque chose qu'on appelle devoir, pourquoi la force s'arrêterait-elle devant quoi que ce soit? Supprimez l'idée de devoir : les phénomènes n'ont plus d'autres règles que les lois physiques; tout ce qui est doit être, et, comme le dit Hobbes, tout ce qui est nécessaire est légitime.

514. le droit et le besoin. — La théorie qui fonde le droit sur le besoin, plus généreuse en apparence que la précédente, s'y ramène cependant en dernière analyse. En effet, le besoin est quelque chose d'indéterminé et de vague : on a besoin de tout ce qu'on désire. Fonder le droit sur le besoin, c'est dire avec Hobbes que tout homme a droit à tout ce qu'il désire; mais, comme il peut désirer toutes choses, c'est dire qu'il a droit à tout; et tous les hommes ayant en même temps droit à tout, c'est la guerre de tous contre tous ; et, dans une telle guerre, qui fera le partage, si ce n'est la force, ou, si l'on veut éviter la force, une convention qui elle-même ne pourra être garantie que par la force? Si par besoin on ne veut pas entendre toute espèce de désir en général, mais seulement ce qu'on appellera les désirs légitimes et nécessaires, qui fixera la ■part du légitime et du nécessaire? Bornera-t-on le droit au strict besoin, c'est-à-dire au besoin de vivre? Dès lor», tous les plus nobles et les plus charmants dons de l'imagination seront proscrits comme corrupteurs et illicites. Admettra-t-on audessus du nécessaire le superflu? A quel superflu bornera-t-on le droit de chacun? Entendra-t-on enfin par besoin l'exercice naturel et libre de nos facultés? C'est passer sans le savoir à la troisième opinion, celle qui fonde le droit non sur la sensibilité et le besoin, mais sur la liberté.

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