Le droit et la liberté. -— Cette troisième doctrine
LE PRINCIPE nu DEVOIR. ♦^it
est la plus solide et la plus noble. Elle part de la lih.'iic humaine comme d'un fait. L'hoinme est libre, el celle liberté fait de lui une personne morale ; or il est de l'essence de la liberté d'être inviolable : car qui dil libie dit une puissance dont l'essence est de choisir entre deux actions, et par conséquent d'être la cause de l'action clioisie. Quiconque empêche notre liberté va donc contre la nature des choses; c'est détruire l'essence même de l'homme, c'est transformer la personne en chose que contraindre ou violenter la liberté. Ainsi la liberté est sacrée : là est le fondement du droit; le droit n'est autre chose que la liberté de la liberté. La vertu a cela de propre qu'elle doit être atteinte par les efforts de chacun; c'est l'individu lui-même, qui, sous sa responsabilité propre, se doit à lui-même d'acquérir sans cesse une perfection plus grande. Cette responsabilité de l'individu dans son perfectionnement propre est ce que j'appelle le droit : c'est la faculté de concou* rir soi-même à sa propre destinée.
516. L^homine fin en sol. — Kant a posé le principe du droit quand il a dit que l'homme est une fin en soi, c'est-à-dire qu'il ne peut pas être traité comme un moyen : on ne peut pas s'en servir comme d'une chose. Il s'appartient à lui-même, il est maître de soi, compos sut; c'est à ce litre qu'il est une personne, et toute personnalité est inviolable. C'est le même principe qui interdit à l'homme de se traiter lui-même comme une chose et qui l'interdit également aux autres hommes par rapport à lui. Le droit est inaliénable, il ne peut être ni vendu, ni acheté et nul ne peui s'en dépouiller, sans dépouiller sa qualité d'homme. Il est imprescriptible, c'est-à-dire que les infractions dont il peut être l'objet n'ont jamais pour elfet de le supprimer.
.')17. Droit et devoir. — Est-ce le devoir qui repose sur le droit, ou le droit sur le devoir? En un sens, on peut accorder que le devoir repose sur le droit; car c'est bien parce que l'homme est une fin en soi que le devoir défend de porter attemte à ses facultés. Mais, récipro(juemenl, il sera aussi vrai de dire que le droit repose sur le devoir; car c'est parce (|uiî je suis tenu àe concourir moi-niême à ma propre desliiié.- ipii je suis une fin en soi. En réalité, aucun d'(uix n'est le l'ondciui-at
de l'autre, mais ils reposent tous deux sur un même fondement : la dignité de l'être humain, principe dont la condition essentielle est que chaque homme soit responsable de sa propre destinée.