CHAPITRE VI
La tanction morale.
540. Définition de la sanction. — On appelle ianction d*une loi l'ensemble des récompenses et des peines attachées à l'exécution ou à la violation de la loi. Les lois civiles, en général, font plutôt usage des châtiments que des récompenses : car les peines peuvent paraître un moyen suffisant de faire exécuter la loi. Dans l'éducation, au contraire, les commandements ou lois posées par le supérieur ont autant besoin des récompenses que des punitions.
541 . Récompenses et punitions. — Mais que faut-il entendre par les termes de récompense ou de punition?
La récompense est le plaisir obtenu à la suite d'une action bonne ou vertueuse, pour cette seule raison qu'elle est bonne ou vertueuse.
En distinguant l'honnête du plaisir et de l'utilité, nous avons ▼u que l'action, pour être moralement bonne, doit être accompHe par respect pour la loi morale, sans considération d'utilité ou de plaisir. Mais le plaisir, qui a dû être écarté de l'intention vertueuse, n'est pas pour cela un mal, et il revient à titre de récompense. Car c'est le propre de toute récompense de nous causer du plaisir ou de la joie, en d'autres termes, de concourir à notre bonheur.
Pour que le plaisir ait le caractère légitime de la récompense, il faut qu'il soit attribué à une action moralement bonne, et qu'il lui soit attribué précisément pour cette raison qu'elle est bonne. Cette condition étant supprimée, il n'y a pas à proprement parler de récompense.
C'est ainsi qu'il faut distinguer la récompense de deux autres
faits qui lui ressemblent et qui en sont profondément différents: la faveur et le salaire.
La faveur est un plaisir ou avantage que l'on reçoit sans l'avoir ni mérité ni gagné, et par pur don de la bienveillance d'autrui*. C'est ainsi qu'un roi accorde des faveurs à ses courtisans, que les puisï^ants distribuent des faveurs. C'est ainsi que l'on parle des faveurs de la fortune, laquelle ne choisit guère ses privilégiés. Quoique, en principe, il n'y ait pas de raison pour entendre le mot faveur dans un mauvais sens, il a fini dans l'usage par signifier non seulement un avantage non mérité, mais un avantage immérité, non seulement une préférence légitime qui a sa raison dans la sympathie, mais un choix arbitraire, plus ou moins contraire à la justice. Lors même qu'il ne s'y attache pas cette mauvaise signification, la faveur, à titre de don gratuit, se distinguera toujours de la récompense, qui implique au contraire une rémunération, c'est-à-dire un don en retour de quelque autre ch'/se.
Cependant toute rémunération n*est pas nécessairement une récompense; et ici il faut établir une autre distinction entre la récompense et le salaire. Le salaire est le prix que nous payons en retour d'un service rendu. Le salaire est fondé sur l'utilité; la récompense, au contraire, sur la justice. Peu importe le motif qui détermine un homme à nous rendre service; c'est ce service lui-même et rien autre chose que nous payons. Bien plus, l'idée de salaire eidut en c^ielqaa sorte tout élément moral. Car celui qui nous a rendu service avec son cœur, et par dévouement, refuserait d'en être paz/épar un salaire; et réciproquement, celui qui nous vend son travail n'entend pas que le prix que nous en donnons soit une récompense de ses efforts, mais qu'il en est l'équivalent en argent; la récompense laisse toujours une certaine latitude, comme tout ce qui est moral, tandis que le salaire se règle suivant la loi économique de l'offre et de la demande.
Réciproquement, on appellera châtiment toute peine ou souffrance infligée à une mauvaise action, par cela seul qu'elle est une mauvaise action. La punition s'oppose au dommage ou au tort, c'est-à-dire au mal immérité. Les coups de la fortune ou des hommes ne sont pas des punitions. On peut être frappé sans être puni. Quoiqu'on puisse dire d'une manière générale que les maux qui atteignent les hommes sont souvent les châtiments
La /a«ME«r l'a su faire autant que le mérite. (Le Ci4.)