I. tiém- 8ur Socrate, liv. IV, cb. IV
Pour se bien connaître soi-même il est nécessaire de s'examiner. De là une pratique souvent recommandée par les moralistes, et surtout les moralistes chrétiens, mais que les anciens n'avaient pas ïgnorée : Vexamen de conscience.
On en trouve une belle peinture dans les écrits de Sénèque :
r^ous devons tous les jours, dit le philosophe, appeler notre âme à rendre sel comptes. Ainsi faisait Sextius; sa journée terminée, il interrogeait son âme : De quel défaut t'es-tu aujourd'hui guérie? Quelle passion as-tu combattue? En quoi es-tu devenue meilleure? Quoi de plus beau que cette habitude de repasser ainti toute la journée!... Ainsi fais-je, et remplissant envers moi lea fondions de jugey je me cite à mon tribunal. Quand on a emporté la lumière de ma chambre, je commence une enquête sur toute ma journée, je reviens sur toutes mes actions et mes paroles. Je ne me dissimule rien, je ne me passe fien. Eh! pourquoi craindrais-je d'envisager une seule de mes fautes, quand je puis me dire : Prends garde de recommencer : pour aujourd'hui, je te pardonne '?
On ne finirait pas, si l'on voulait indiquer toutes les pratiques que l'expérience de la vie a suggérées aux moralistes pour amener les hommes à s'améliorer, à se corriger, à se perfectionner dans le bien. Sous ce rapport, rien ne vaut la lecture des moralistes chrétiens : Bossuet, Fénelon, Nicole, Bourdaloue. Les conseils que l'on y trouve sur le bon emploi du temps, sur les occasions et les tentations, sur la fausse honte, sur les conversions lâches, sur la persévérance, peuvent s'appliquera la morale aussi bien qu'à la religion. La lecture, la méditation, les bonnes sociétés, les bons conseils, le choix de quelque grand modèle, etc., tels sont les principaux moyens dont nous devons nous servir pour nous perfectionner dans le bien : « Si seulement nous extirpions et déracinions tous les ans un seul vice, nous deviendrions bientôt des hommes parfaits '. >
•>'>0. Catéchisme moral. — Comme excellente pratique d'éducation morale, on peut enfin signaler ce que Kant appelle un Catéchisme morale dans lequel le maître résume sous forme de demandes et de réponses les principes de la moralité. L'élève apprend par là à se rendre compte des idées dont il a vaguement conscience, mais qui se confondent souvent pour lui avec des principes d'un autre ordre, avec l'instinct du bonheur et lei calculs de l'intérêt.
- Yoici quelques extraits du catéchisme moral de Kant ^ :
1. ^(5nèqii6 de la Colère, liv. III, 38. A 2. Imitation de Jésus-Christ, Wy. I, ch. xu
dire la-vérilë, Sénèque se pardonnait peut-être 3. Nous donnons ici ce c.ilcchisme comnM
un peu trop aisément Ile jour, par cxem de, exemple de ce qui peut être fait dans un cour*
où il a fait l'apologie du meurtre d'Agrippine); de morale. Le maître en modifiera la forme «t
ei souvent on es, trop disposé à faire comme les dévcloppemoats à toI*»"**^loi.
Le Maître. — Quel est ton plus grand et même ton seul désir dans la vie?
L'Elevé garde le silence.
Le Maille. — N'est-ce pas de réussir en tout et toujours, selon tes désirs et ta volonté? — Comment nomme-l-on un pareil état?
L'Élève garde le silence •.
Le Maître. — On le nomme bonheur (c'est-à-dire une prospérité constante, une ▼ie de satisfaction, un parfait contentement de son état). Or, si tu avais entre les mains tout le bonheur (possible dans le monde), le garderais-tu tout entier pour toi, 011 en ferais-tu part aussi à tes semblables?
V Élevé. — Je leur en ferais part ; Je rendrais aussi les autres heureux et con« tents.
Le Maître. — Cela prouve déjà que tu as un bon cœur. Voyons maintenant si tu as aussi un bon jugement. — Donnerais-tu au paissseux de moelleux coussins; à l'ivrogne, du vin en abondance et tout ce qui peut occasionner l'ivresse; au fourbe, des manières et une figure prévenantes, pour qu'il trompât plus aisémeal les autres; à l'homme violent de l'audace et un bon poignet?
L'Elevé. — Non, certes.
Le Maître. — Tu vois donc que si lu tenais tout le bonheur entre tes mains, ta ne le livrerais pas sans réflexion à chacun selon ses désirs, mais que tu conuneaaérais par te demander jusqu'à quel point il en est digne. Ne te viendrait-il pas aussi, à l'idée de te demander si tu es bien toi-même digne du bonheur?
L'Elève. — Sans doute.
Le Maître. — Eh bien' ce qui en toi tend au bonheur, c'est le penchant. Ce qa juge que la première condition pour jouir du bonheur est d'en être digne, c'est la fai*''n,et la faculté que tu as de vaincre ton penchant par ta raison, c'est la liberté. Par exemple, si tu te trouves dans le cas de te procurer ou de procurer à un de tes amis un grand avantage à l'aide d'un adroit mensonge, sans d'ailleurs faire tort à personne, que dit ta raison à ce sujet?
L'Élève. — Que je ne dois pas mentir , quelque grand avantage qui puisse en résulter pour moi ou pour mon ami. Mentir est avilissant et rend l'homme indigne d'être heureux. Il y a là une nécessité absolue que m'impose un ordre ou une défense de la raison, et devant laquelle tous mes penchants doivent se taire.
Le .)Iaitre. — Comment nomme-t-oa cette nécessité d'agir conformément à U loi de la raison même?
L'Élevé. — On la nomme devoir
Le Maître. — Ainsi, l'observation de notre devoir est la condition générale qui seule nous permet d'être dignes du bonheur. — Être digne du bonheur, et faire $on devoir, <feM tout un..., etc. » (Kant, Doctrines de la vertu, partie H, g 51.)
1. On voit par là l'expëriencc qin' Kant avait n'est quR lorsuu'it aperçoit qu'il savait ce qn'ai
de la jeunesse. Dans une interrogation socru- demande, qu'il st iusarde • répondre «l ^^
tique de ce genre, l'élcve, se dcfiant de lui- pond bÏMt. iac-nie,comn;ieucs tov^ouri fsr se taire. Ct