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L'IDÉE DU BEAU ET DU SUBLIME

{xa)uov)de aciuffrir une injustice que de la commettre. • Toutes les 3xpressions par lesquelles Platon dépeint une âme bien ordonnée, sont toutes empruntées à l'ordre esthétique; c'est tùf>MÔiua, ipfUMa. Le sage est un musicien (i (To<pàç fxovtrtxôç) ; la vie humaine a besoin de nombre (àpt^pôç). Réciproquement, pour Platon comme pour Socrate, le beau n'est autre chose que le bien, et l'art se confond avec la morale '. La même doctrine a été soutenue par la philosophie allemande de notre siècle, et Herbart considérait la morale comme une partie de l'esthétique*.

Cependant, quelque liaison qui puisse exister entre lanotiondu bien et celle dubeau, ces deux notions ne se laissent pas confondre. La différence essentielle, c'est que le beau ne se présente pas à nous comme obligatoire : nous admirons et nous aimons le beau sans être chargés de le réaliser. De plus, le beau est toujours inséparable de la sensibilité : toute chose belle contient toujours un élément qui tombe sous les sens.

On peut dire que le beau est en quelque sorte l'inverse du bien. Le rôle de la morale consiste, en effet, à changer le sensible en intelligible'; le rôle de l'esthétique et de l'art consiste à donner à l'intelligible une forme sensible.

Le beau n'est donc pas la môme chose que le bien ; mais on peut dire, avec Kant, qu'il en est le symbole.

Considérons donc le beau en lui-même en le distinguant du bien.

613. liOis da bean. — L'analyse de l'idée du beau a conduit Kant aux quatre lois suivantes, qui en expriment les caractères essentiels :

L Le beau est essentiellement désintéressé»

Le qoût est la faculté de juger d'un objet par une satisf^^ction dégagée de tout intérêt. L'objet d'une semblable satisfaction s'appelle beau. » {Critique du juge^ meiit, ïiv. V" g 5.)

D'après cette loi, on établira d'abord ces deux caractères du

1. Même assimilation dans Tëcole stoïcienne. 2. Voy. aussi, sur la parente' de la morale et

On connaît le sorite célèbre de Chrysippe :« Le de l'esthétique, M. Ravaisson {Rapport sur

bien est désirable : ce qui est désirable est la philosophie du XIX" siècle, p. 231-232.) aimable; ce qui est aimable est digne de 3. Kant dirait : à transformer ie régne et

louange; ce qui est digne de louange e»t la nature en règne des fi.nt. ketu. »

756 NOTIO.NS D'ESTHÉTIQUE.

beau : d'une pari, le beau produit en nous un certain plaisir; de l'autre, ce plaisir est désintéressé : ce plaisir se dislingue de Vagréable et il se distingue de Yutile.

L'agréable est ce qui plaît aux sens : or, tout ce qui plaît aux sens n'est pas beau par cela même.

Pei'sonne ne parle de belles saveurs, de belles odeurs, d'une belle chaleuï, etc. Il n'y a que les sensations de l'ouïe et de la vue qui puissent nous procurer le sentiment du beau ; mais ici encore nous distinguons le beau et l'agréable : car celui qui a les yeux sensibles et qui met des lunettes bleues, trouve une sensation douce et agréable dans cette couleur adoucie; mais il ne trouvera pas belle cette teinte uniforme et terne dont son œil a besoin.

Le beau est donc un plaisir spécial qui n'a rien de commua avec les autres plaisirs des sens.

En outre, le beau se distingue de l'utile : l'utile est l'objet dont l'existence est liée par nous à l'idée de notre conservation ou de notre bien-être. Or, je puis être indifférent, en ce qui me concerne, à l'existeniîe de tel objet, sans pour cela renoncer à le trouver beau.

Quelqu'un me demande-t-il si je trouve beau le palais qui est devant moi, je puis bien dire que je n'aime pas ces choses faites pour étonner les yeux, ou imiter le sachem iroquois à qui rien dans Paris ne plaisait plus que les boutiques de rôtisseurs, ou gourmander, à la manière de Rousseau, la vanité des grands... Ce n'est pas de tout cela qu'il s'agit. Ce qu'on demande est de savoir si cet jbjet ma cause de la satisfaction, quelque indifférent que je sois à son existence. . Chacun doit reconnaître qu'un jugement sur la beauté dans lequel se mêle le plus léger intérêt n'est pas un pur jugement du goût.

En un mot, comme le dit Platon dans le Grand Hippias, si le beau est l'agréable, rien de plus beau que l'or, qui est ce qu'il y a de plu? brillant pour les yeux; si le beau est l'utile, rien de plus beau qu'u£*. marmite, car il n'y a rien de plus utile.

IL « Le beau est ce qui plaît universellement tisans concept, y (Ibid.,§9,)

Cette seconde loi contient deux propositions : 1" le beau doit plaire universellement; 2° il n'est pas précédé d'un concept. Expliquons ces deux propositions.

î" La première est très claire. En effet, quoiqu'on dise qu'il ne faut pas disputer des goûts, cette maxime ne peut s'appliquer

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