L-IDL-fc DU BEAU ET DU SUBLIME. loT
qu^aux goûts purement personnels et intéressés. Mais pour le beau, quand on en juge (à moins qu'on ne se trompe, comme cela a lieu pour le vrai), personne n'entend dire qu'une chose n'est belle que pour lui; mais il croit que si elle est belle en effet, «lie doit l'être pour tous.
Je ne juge pas seulement pour moi, mais pour tout le monde... si les autre» fugent autrement que moi, je leur refuse le goût..., dire que chacun a son goût particulier revient à dire qu'il n'y a pas de goût.
La Bruyère a dit également et dans le même sens :
n y a dans Tart un point de perfection, comme de beauté et de maturité dans la nature : celui qui le sent et qui l'aime a le goût parfait; celui qui ne le sent pas et qui aime en deçà et au delà a le goût défectueux; il y a donc un bon et uo mauvais goût. {Des Ouvrages de l'esprit.)
Problème : S'il y a un goût absolu, d'où viennent les contradictions des critiques et du public dans les lettres et dans les arts?
2* Le jugement du beau n'est pas précédé d'un concept. En effet, pour dire qu'une fleur est belle, nous n'avons pas besoin de savoir ce que c'est qu'une fleur. La définition d'un objet n'est donc pas nécessaire, et même elle serait nuisible au sentiment esthétique produit par cet objet.
ML « Le beau est une finalité sans fin. > (Ibid., § 10.)
Cette MÔrmule un peu étrange de Kant a besoin d'être expli* quée : elle n'exprime que des idées très simples.
Partout où il y a accord des parties avec l'idée du tout, il y a finalité. Par exemple, toutes les parties d'un animal sont d'accord entre elles, de manière à réaliser l'idée de cet animal : c'est ce qu'on appelle finalité. Ce caractère se rencontre dans toutes les œuvres belles de la nature et de l'art.
Or, lorsqu'il existe un système de ce genre, qui a déjà par lui-même une finalité, ce système peut, en outre, être en conformité avec un certain effet ultérieur et par conséquent avoir luimême un but et une fin.
Par exemple, il peut être conformé de manière à assurer la conservation des autres êtres et avoir, par conséquent, une fin externe, ou bien être organisé de manière à garantir sa propre
7!)8 NOTIONS D ESTHETIQUE
conservation et avoir une fin interne : dans le premier cas, c'est Vutile; dans le second cas, c'est la convenance, la perfection. Eh bien, suivant Kant, le beau se distingue non seulement de Tutilité, mais encore de la convenance et de la perfection. 11 n'a ni une fin externe ni une fin interne ; en un mot, il n'a aucune fin, aucun but. Le beau ne sert à rien, ni aux autres êtres, ni à Têtre même qui en jouit ; ou sMl lui sert, ce n'est pas en cela qu'il est beau.
On a déjà distingué la beauté de l'utilité. Distinguons-la maintenant de la convenance ou de la perfection. Cette notion, en effet, dit Kant, se rapproche de celle de la beauté; et c'est pourquoi beaucoup de philosophes ont confondu l'une avec l'autre.
Les fleurs sont de libres beautés de la nature; cependant on ne sait pas aisément, à moins d'être botaniste, ce que c'est qu'une fleur, et Je botaniste lui-m6me «Jiii reconnaît dans la fleur l'organe de la fécondation de la plante, n'a point égard
celle fin de la tialiire quand il porte sur la plante «n jugement de goût ; son jugenenl n'a donc pour principe aucune espèce de pertdctioo, aucune finalité interne k laquelle se rapporterait l'union de ces éléments divers. Beaucoup d'oiseaux (le perroquet, le colibri, l'oiseair du paradis) sont des beautés en soi qui ne se rapportent en rien au concept de ces objets. De même les dessins à la grecque, les rinceaux, les ornements, ne représentent rien, ou du moins ne représentent aucun concept déterminé. Jl en est de même des fantaisies et des variations en musique, et même de toute musique en l'absence de texte.
Sans doute la perfection peut se joindre avec la beauté. La beauté d'un édifice implique bien une sorte de conformité intérieure avec la fin de cet édifice; par exemple, la beauté d'une égUse ne peut pas être celle d'un palais ; mais c'est là une condition qui peut bien restreindre la liberté du goût, mais qui ne le constitue pas.
IV. « Le beau n'est pas seulement l'objet d'une salislnciion- ■ universelle (II); il l'est encore d'une satisfaction nécessaire. »
La nécessité est impliquée dans Tuniversalité. Celui qui déclare une chose belle prétend par là que chacun doit donner son assentiment à ce jugement et reconnaître cette chose pour belle. Nous admettons donc implicitement qu'il y a des sentiments qui s'imposent comme obligatoires, à ceux-là du moins qui prétendent juger de ces choses.
614. Définition da beau. — p*après les lois précédentes, on peut, avec Kant, définir le beau ce gui satisfait le libre jeu de