‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 221 sur 313 · L'IDÉE DU BEAU ET DU SUBLIME T · texte numérisé non relu

L'IDÉE DU BEAU ET DU SUBLIME T

Vimagination, sans être en désaccord avec les lois de Fentendemenl. Celte définition n'est que le commentaire de cette vieille définition : le beau est 1 unité dans la variété, in varietate unitas. L'imagination, en effet, est la faculté de la variété, et l'enlendement est la faculté de Funité.

615. L'expression. — La théorie, de Kant exprime quelquesuns des caractères essentiels du beau : 1' son rapport à la sensibilité; il est toujours un objet de plaisir; 2° son caractère essentiellement désintéressé; 3* la liberté de l'imagination, qui n'est liée ici nia une utilité externe, ni à un concept logique. Néant moins celte théorie est incomplète; si elle était absolument vraie, il faudrait dire que les choses les plus belles seraient celles qui ne signifienl rien. Les arabesques en peinture, les contes de fées en poésie, les variations en musique : tels sont, en ellet, les objets de l'imagination libre. Mais le beau n'est pas si indépendant que cela de la pensée. Les plus beaux objets, au contraire, sont ceux qui signifient quelque chose ou qui expriment quelque chose. De là un élément nouveau de la beauté : Vexpression. Ce qu'il y a de plus beau en sculpture, c'est ce qui exprime la majesté divine (Jupiter Olympien), la douleur (Laocoon), la dignité et la grâce (la Vénus de Milo). En poésie, c'est ce qui exprime la douleur et la force d'âme {Prométhéé), la générosité (Cinna), la passion (Phèdre, Othello). En musique également, la composition plus grande sera la plus pathétique. On demandera si la même théorie peut s'appliquer à la nature, et ce qu'expriment nos fleurs, nos chênes, nos paysages. Nous pouvons répondre qu'un chêne exprime la force, et la force régulière et majestueuse; que la fleur exprime la douceur et la grâce; que les paysages expriment les sentiments que nous y mettons En résumant ces idées, on dira, avec JoutTroy : le beau est « l'invisible manifesté par le visible* », ou avec llegel : le beau est t la manifestation sensible de l'idée " i.

616. le sablime. — Depuis Burke et Kant : on a distingué dans la philosophie moderne le beau et le sublime : on était porté à croire que le subUme n'est autre chose que le plus haut degré de la beauté; mais ces deux philosophes ont montré qu'il était un autre genre de beauté. Sans doute on trouve d'abord dans le

i. JouiTroy, Esthdtiqtie, 33* leçon. 8. Hegel, Etthétiqut. ch. I.

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sublime les mêmes caractères que dans le beau : il est un plaisir, et un plaisir désintéressé ; il s'impose universellement à notre admiration enfin , il satisfait à sa manière la liberté de l'imagination ; mais après les analogies, voici les différences :

1° Le beau implique toujours que l'objet a une certaine formey c'est-à-dire une certaine mesure ou proportion ; au contraire, le caractère propre du sublime est V illimitation ^ l'absence de mesure et de forme. L'Océan est le type de ce que l'on appelle sublime ; un lac de Suisse est le type du beau.

2" Le plaisir du beau est mêlé de charme ; le plaisir du sublime est un plaisir en quelque sorte mêlé de douleur, où l'âme est à la fois « repoussée et attirée », qui n'a rien du plaisir « d'un jeu ï, mais qui est quelque chose de sérieux et d'accablant. C'est, dit Kant, une sorte « de plaisir négatif ».

3° Le beau implique un certain accord de l'imagination et de l'entendement ; il paraît en proportion avec nos facultés ; « le sentiment du sublime, au contraire, semble discordant avec nos facultés déjuger et d'imaginer, et même être d'autant plus sublime qu'il semble faire plus de violence à l'imagination » . C'est ainsi que la nature éveille surtout l'idée du sublime par le spectacle du chaos, du désordre, de la dévastation, pourvu qu'elle y montre de la grandeur et de la puissance.

Telles sont les différences du beau et du sublime. Distinguons maintenant deux espèces de sublime : le sublime de grandeur et le sublime de puissance *.

617. Snblime de grandeur. — Le sublime de grandeur est ce que Kant appelle sublime mathématique» Ce genre de sublime est celui qui consiste àdiXi^ V absolument grand, c'est-àdire ce qui dépasse toute mesure des sens : en un mot, c'est Vinfini. La nature nous présente ce genre de sublime dans ceux de ses phénomènes dont la vue entraîne l'idée de l'infinité • par exemple, le ciel étoile, la voie lactée, et, comme nous l'avons déjà dit, l'Océan. De là V émotion produite par les objets sublimes* c'est à la fois une douleur pour l'imagination et les sens, qui se sentent dépassés de tous côtés, et un plaisir pour la raison, qui y trouve un symbole de ses idées d'infinité, d'immensité, d'ahsolu. Cependant, quoique le sublime soit ce qui dépasse toute mesure, il ne faut pas le confondre avec le monstrueux, qui détruit par

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