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CHAPITRE H

De l'art.

On appelle art , en général, Tensemble des règles ou des moyens par lesquels on peut réaliser un certain effet : la serrurerie est un art, parce qu'elle apprend à manier le fer ; la peinture est un art, parce qu'elle apprend à se servir des couleurs.

On distingue deux sortes d'arts : les arts mécaniques, qui nous apprennent à nous servir de la matière pour notre utilité, et les arts libérâtes qui s'adressent surtout à l'intelligence et à l'imagination.

Les arts libéraux et mécaniqnes, dit Bossuet, sont distingués en ce que les premiers travaillent de l'esprit plutôt que de la main, et les autres travaillent de la main plus que de l'esprit. (Connaiii. de Dieu, I, xv.)

Parmi les arts libéraux, plusieurs ont pour objet l'uiilité: par exemple, la grammaire ou la rhétorique. D'autres ont pour objet le beau, et c'est ce qu'on appelle particulièrement les beaux-arts.

Varty considéré d'une manière générale et abstraite, est la faculté de produire le beau : c'est la puissance par hiquelle l'homme crée lui-même , à l'imitation de la nature, et même en essayant de la dépasser, des œuvres belles*.

619. li'imitation. — L'art a commencé par l'imitation; les hommes ont d'abord reproduit des figures d'animaux ou même des figures humaines. Ils ont représenté les dieux par le moyen des hommes. Il y a en effet déjà, dans l'imiiation seule, un certain plaisir. La fidélité de la copie nous frappe et nous amuse. Un comédien sans talent personnel, mais qui imite à s'y méprendre le ton, les gestes et les traits d es. acteurs célè-

î. Siii 1,. tiléol-io de l'art et sur l'estliélique «on dam le Dictionnaire de pédagogie. •n général, voir l'article dessin de M Ravais^

764 AUTIo.'.b D ESTHETIQUE.

bres, produit par cela même sur nous une impression vive : au théâtre, la reproduclion (Idèle d'un accent étranger a toujours beaucoup de succès. On aime avoir sur la scène les actions que l'on est habitué à voir autour de soi. En un mot, l'imitation du réel est un des éléments de la satisfaction esthétique; de là une école esthétique, que l'on appelle le réalisme, suivant laquelle .*art ne serait autre chose que la peinture de la réalité, la reproduction des choses telles qu'elles sont. Or, comme toute réalité se manifeste à nous sous des formes extérieures et particulières, l'école réaliste peindra surtout V extérieur et le particulier. Elle s'attachera à la couleur, à la forme, au costume, aux accidents individuels.

Pour le réaliste, dit Jouffroy, l'amour c'est l'être amoureux, c'est un objet visible ^e son imagination est obligée de se représenter sous une forme matérielle : il lui apparaîtra avec une robe et un habit ; avec an âge, un rang, une condition. Cette femme sera française ou chinoise; française du xvn» siècle ou du xviii»; française de l'Empire ou de la Restauration. Elle sera catholique ou protestante; elle sera placée dans telle ou telle condition; elle habitera un certain lieu, dans une certaine saison, etc. C'est ainsi que l'artiste réaliste sera conduit a la reproduction successive de tous les détails de l'apparence extérieure... C'est le progrès de cpHe école de descendre toujours plus avant dans les détails de la réalité visible. {Esthétique, leçon xxxii*.)

C'est pour cette raison que l'école réaliste peindra surtout les choses contemporaines : car les choses éloignées par le temps et par l'espace prennent par l'éloignement même un caractère d'indécision qui ne permet pas une reproduction matériellement exacte et qui laisse place à un certain idéal. Le passé est poétique, par cela seul qu'il est passé.

G50. Insaffisance da système réaliste. — Le défaut de l'école réaliste, c'est de sacrifier entièrement le sentiment esthétique au plaisir de l'imitation. Le plaisir de l'imitation est un des éléments de l'art, mais il n'est pas tout; et il n'est pas même l'élément principal. Le sentiment esthétique a pour objet le beau, et le plaisir de l'imitation est tout à fait indépendant du beau. Peu importe que l'objet soit beau, laid, ou insignifiant : l'imitation est d'autant plus intéressante qu'elle est plus difficile, quelle que soit la nature de l'objet.

A ce compte, le beau idéal de la peinture est un trompe-l'œil, et son chef-d'œuvre, ce sont ces raisins de Zeuxis que les oiseaux venaient becqueter. Le comble de t'ait oourune pièce de théâtre serait de vous persuader que vous êtes en présence

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