Des facnltcs esthétiques :1e goût et le génie
On appelle goût la faculté de sentir et discerner le beau, et on appelle génie la faculté de le produire.
Le goût est le sentiment des beautés et des défauts dans tous les arts : c'est un discernement prompt comme celui de la langue et du palais, et qui prévient, comme lui, la réflexion; il est comme lui sensible et voluptueux à l'égard du bon; il rejette comme lui le mauvais avec soulèvement; il est souvent, comme lui, incertain et égaré, et a besoin comme lui d'habitude pour se former.
Il ne suffit pas pour le goût de voir, de connaître la beauté; il faut la sentir, en être touché. 11 ne suffit pas de sentir d'une manière confuse; il faut démêler les différentes masses; rien ne doit échappera la promptitude du discernement... Le gourmet sent et reconnaît promptement le mélange de deux liqueurs : l'homme de goût verra d'un coup d'oeil prompt le mélange de deux styles. (Voltaire, Dict. philosophique.)
Si le goût a pour fonction propre de sentir et de juger, le génie a pour caractère propre la faculté de créer.
Le génie est avant tout inventeur et créateur. L'homme de génie n'est pas le maître de la force qui est en lui : c'est par le besoin ardent, irrésistible d'exprimer ce qu'il éprouve qu'il est homme de génie. On a dit qu'il n'y a pas d'homme de génie sans quelque grain de folie. Mais cette folie-là, comme celle de la croix, est la partie divine de la raison. Socrate rappelait son démon, Voltaire l'apiiehiit le diable au corps et l'exigeait même d'une comédienne. (Cousm, le Vrai, le beau, le Bien, vm* leçon.)
Scheliing, dans son système de V idéalisme transcendantal (part. VI, trad. fr., p. S^O), a exposé d'une manière quelque peu obscure, mais brillante et profonde, le caractère propre du génie : c'est d'être selon lui l'union de Vinconscienl et du conscient, de la nature et de la liberté. Quel est en effet le caractère de la nature? C'est l'inconscience. Quel est le caractère de la liberté? C'est la conscience. Or le génie est l'union de la liberté
1. D'après cette définition de l'art roman- vives par ce gentiment de l'infini qu'a introduit
tique, qii'Hegel confond avec l'art chrétien ou le christianisme, il y en a plusieurs qui ont
r^art moderne, on pourrait dire que Rapliaël et continué de s'inspirer du génie grec et de«
Racijie i entrent eux-mêmes dans i'arl romaiiti- principes de l'art antique, et d'autres qui ont
que :carnuoli|ues-uns des caractères précédents créé des formes toutes rsoderncs ; et c'est par-
Iicuvcnt leur être appliqués. Mais il reste tou- ticulièrement ceux-ci qui composent le groupa
ours vr»(, que même parmi les modernes, ins- romantique.