I>e l'être ea général. — juéttiiitioiis et division
— L'idée d'êlre, étant l'idée la plus générale de l'esprit humain, ne peut pas être définie : on peut néanmoins en indiquer les difl'érents sens. Dans un sens strict (stricto sensu), Vêtre s'oppose au phénomène, ce qui est à ce qui parait : c'est le permanent opposé au transitoire, la substance au mode. Mais dans la sens le plus général {lato sensu), l'être s'applique à tout ce qui participe à l'existence, à quelque degré que ce soit; et non seulement à l'existence actuelle, mais à l'existence future, ou possible, ou même purement idéale : car tout cela c'est encore de l'être. Quelques philosophes, voulant exprimer cette absolue généralité, ont dit que la notion la plus générale n'était pas celle de Vêtre, mais celle du quelque chose, de Valiquid. Mais le quelque chose est encore une espèce de l'être; et il vaut mieux conserver celte dénomination, qui représentera pour nous l'existence à quelque degré que ce soit, ne fût-ce que dans la pensée.
Cela posé, on distinguera divers modes de l'être : le possible^ le réel et ['impossible; — le contingent et le nécessaire; — le fini et V infini, le relatif ei Vabsolu; — Vimparfait et le parfait.
6.j5- Le possible, le réel, l'impossible. — On appelle possible tout ce qui n'implique pas contradiction. Par exemple, 8oii\ iulini à parier contre un qu'une chose arrivera : cette chance unicpie, comparée à l'inlini, est presijue égale â 0, cependant Je
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succès n'est pas impossible, parce qu'il n'est pas contradictoire. Que l:i terre soit détruite en ce moment par une catastrophe sidérale, cela est bien peu probable; cependant cela n'a rien de contradictoire : cela est donc possible. Le possible, dans ce sens, s'oppose à Vimpossible, qui n'est autre que le contradictoire. Le possible s'oppose encore au réel. Le réel, c'est ce qui est actuellement donné : le possible, c'est ce qui est susceptible d'être donné, mais ne l'est pas nécessairement. De là cet axiome scolastique : ab actu adposse valet consequentia. On peut conclure du réel au possible, mais non réciproquement. *
Nous venons de définir le possible absolu; le possible relatif est celui qui est d'accord avec les lois de l'expérience et avec les phénomènes antécédents*. Telle chose possible absolument ne l'est pas relativement. Il était absolument possible, comme dit Leibniz, que Spinosa ne mourût pas à la Haye en 1677; mais étant donnés son tempérament, sa maladie, et toutes les circonstances antécédentes, cela était relativement impossible.
636- I^e potentiel et l'skcinel. — Aristote a distingué deux modes de l'être : l'être en puissance et l'être en acte, le potentiel ou le virtuel el Vactuel. Cette distinction est de la plus haute importance, el il n'y a pas de métaphysique possible si on l'ignore. L'être en puissance, c'est l'être qui contient déjà, mais non développé, ce qu'il doit être : c'est l'enfant par rapport à l'homme, le gland par rapport au chêne, etc. Le potentiel n'est pas la même chose que le possible. Le possible est une notion toute logique, c'est ce qui ne se contredit pas soi-même ou ne contredit pas les données générales de l'expérience. Lepoteïitiel ou le vi7^tuel c'est ce qui, existe déjà, mais d'une manière incomplète, c'est ce qui te7id à exister, c'est ce qui existera si rien ne l'empêche. Le possible est une notion négative. Le potentiel est une notion positive.
6^7. Contiii^eut et nécessaire. — Déterminé et indéterminé. — On définit généralement le contingent ce qui peut être ou ne pas être. Cependant le contingent n'est pas le possible : car le possible n'est pas encore, tandis que le contingent existe ou existera, mais de telle sorte que l'on peut toujours concevoir sa non-existence. Quand il s'agit de l'avenir, les événements qui doivent arriver, mais sans nécessité, sont ce qu'on appelle les
i. C'est la définition de Kant ,
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futurs contingents. Le nécessaire, c*est ce dont le contraire est impossible. 11 y a deux sortes de nécessité ; la nécessité logiqaey fondée sur le principe de contradiction, et la nécessité réelley fondée sur le principe de causalité. Le déterminé, c'est ce qui est tel ou tel, qui a telle qualité et non pas telle autre, tel degré et non pas tel autre. V indéterminé est ce qui est susceptible d'être déterminé, mais ne l'est pas encore. Rien n'existe qui ne soit déterminé. Spinosa enseigne que toute détermination n^ est qu'une négation; mais on peut dire aussi bien et même mieux que c'est une affirmation.