Hypothèses snr l'nuion de l'âme et dn corps. — 0il
mentionne généralement plusieurs hypothèses qui ont été piopo- ^ùes pour expliquer l'union de l'âme et du corps. Nous devons les rappeler en terminant, ne fût-ce que pour signaler quelques erreurs qui ont été commises à ce sujet et qui se perpétuent sans cesse.
684. 1° Esprits animaux. — Par exemple, le système des esprits animaux de Descartes n'est nullement une hypothèse inventée pour expliquer l'union de l'âme et du corps. Les esprits animaux ne sont autre chose que des vapeurs issues du sang; ce
sont des parties subtiles, mais toutes matérielles, qui font partie du corps, et ne peuvent en aucune façon servir de passage entre le corps et Tâme : c'est là une hypothèse physiologique, non métaphysique,
685 2° médiateur plastique. — ^ On impute au philosophe anglais Cudworth une hypothèse que l'on appelle l'hypothèse du médiateur plastique : ce serait, dit-on, une substance intermédiaire, mi-spirituelle et mi-corporelle, qui mettrait en rapport les deux substances. On triomphe facilement d'une hypothèse aussi inconséquente. Mais elle n'a jamais été soutenue par personne; Cudworth n'a jamais parlé d'un médiateur plastique, mais seulement d'une nature plastique, qui est une sorte d'âme du inonde et qui, sous les ordres de Dieu, est la vraie cause orga nisatrice des êtres vivants.
686- 3° inaax physique. — On cite encore la doctrine d'Euler, qui n'est autre que la doctrine traditionnelle des écoles et qui porte le nom d'influcc physique. Mais cette expression scolastique est simplement le nom barbare de ce que nous appellerions {'influence naturelle. Celte doctrine consiste à admettre comme un fait que ces deux substances agissent naturellement l'une sur l'autre, mais ce n'est point une hypothèse pour expliquer le com^ ment de cette union.
687. A" Animisme, Tltalisme, organicisme. — On cite encore parmi les hypothèses de ce genre Vanimisme, le vitalisme et V organicisme. Mais ces trois doctrines ont pour but unique d'expliquer le phénomène de la vie, et non point de rendre intelligible l'union de l'âme et du corps. En effet, après avoir prouvé que la pensée exige une cause distincte qui n'est pas la matière, on peut se demander s'il en est de même de la vie. Or ici trois hypothèses sont possibles : ou bien on admet que la vie est le résultat de l'organisation, et c'est ce qu'on appelle V organicisme ; ou bien on admet que la vie est le résultat d'une force spéciale distincte des organes et même de la matière, et c'est ce qu'on appelle ie vitalisme; ou bien on affirme que le principe de la vie est le même que le principe de la pensée, et que ce principe est l'âme elle-même, l'âme pensante : c'est ce qu'on appelle Vanimisme. Or, dans ces trois hypothèses, le problème métaphysique de l'union des substances reste exactement le même qu'auparavant.
En un mot. si on excepte l'influence physique, qui n*est que
CN'ION DE L'AME ET DU COKPS 83j
la simple affirmation du fait, il n'y a eu en réalité, en pliilosopli e, Que deux hypothèses pour expUquer l'iiuion de l'àmM et du corps : les causes occasionnelles de Malobranche, et ïhamionie préétablie de Leibniz.
^88 Cansesi occnKionnclIcs. II«rBMosiîc prééfalîlîc. —
Ces deux hypothèses ont cela de commun qu'elles nii'nl touieadion réciproque des deux substances, et qu'elles remplacent celle réciprocité d'action parune s\m\)\c correspondance de phénomènes: seulement on l'entend de deux mimièrcs (liirérenles. Selon Malebranche, cette correspondance est produite par l'action continue de Dieu, les substances créées (Ame et corps) n'étant que les causes occasionnelles qui déterminent Dieu à agir : tel mouvement du corps provoque Dieu à produire dans l'âme telle pensée, telle sensation; et réciproquement, telle sensation et telle pensée provoquent Dieu à produire dans le corps tel mouvement, de sorte que Dieu fait tout, et qu'il est le seul acteur. Pour Leibniz, au contraire, toute substance, corporelle aussi bien que spirituelle, est essentiellement active; mais son action est tout interne et ne sort pas d'elle-même ; Dieu, en disposant dans chacune d'elles à l'origine une force innée (vis insila), a prédéterminé le développement qu'elle devait avoir, de façon à ce que tous les phénomènes qui s'ensuivraient se trouvassent correspondre à ceux qui, dans une autre substance, résulteraient également de la loi de cette substance et de son développement prédéterminé. Il y aurait ainsi harmonie entre toutes les substances et en particulier entre l'âme et le corps, et cette harmonie, résultant d'un décret divin, aurait été préétablie.
Ces subtiles et brillantes hypothèses n'ont pas seulement pour effet de détruire l'action réciproque des substances, mais elles tendent encore à supprimer soit toute activité interne, soit toute liberté dans les créatures. La discussion de ces théories appartient à la métaphysique :1a psychologie doit se borner à constater comme fait le sentiment intérieur d'une influence réciproque résidant d'une part dans le sens de Veffort, qui atteste l'action de l'âme sur le corps, et de l'autre le sens vital, qui atteste l'action du corps sur l'âme.
689. le pourquoi de Tunion. — Si l'on ne peut se rendre compte du comment de l'union de l'âme et du corps, peut-on davantage en exphquer le pourquoi f
JANET, Philosophie. ^3
834 MÉTAPHYSIQUE ET IHÉODICEE.
Voici en effet la nouvelle difficulté qui s'élè"ve : si la pensée a son principe en dehors de la matière, comment se fait-il qu'elle ait absolument besoin de la matière pour naître et pour se développer? Nulle part, en effet, l'expérience ne nous a peiniis de rencontrer une pensée pure, un esprit pensant sans organe, une âme angélique dégagée de tous liens avec la matière. La superstition seule, et la plus triste des superstitions, peut faire croire que l'on communique ici-bas avec de tels esprits. Goinment donc s'expliquer cette union nécessaire de l'âme et du corps? On la comprendrait encore pour ces sortes d'actions que l'Ame exerce en dehors d'elle dans le monde extérieur. Pour agir sur les choses externes, il faut des instruments; même pour exprimer sa pensée au dehors, il i'aut aussi des instruments. Mais la pensée est un acte tout interne, où il semble que l'on n'ait plus besoin de rien d'extérieur. Comprend-on que. l'on puisse penser avec quelque chose qui ne serait pas nous-mêmes? Ce qui pense et ce avec quoi on pense ne peut être qu'une seule et même chose. Ou le cerveau ne peut servir de rien à la pensée, ou il est lui-même la chose pensante. On comprend un inst rumenl d'action, maison ne comprend pas ce que pourrait être un instrument de pensée.
Voici ce que l'on peut répondre à cette difficulté. De quelque manière que Ton explique la pensée, soit que Ton admette, soit que l'on rejette ce que l'on a appelé les idées innées, on est forcé de reconnaître qu'une très grande partie de nos idées viennent de l'expérience externe. Les idées innées elles-mêmes ne sont que les conditions générales et indispensables de la pensée, elles ne sont pas la pensée elle-même. Comme Kant l'a dit, elles sont la lorme de la pensée ; elles n'en sont pas la matière. Cette matière est fournie par le monde extérieur. Il faut donc que ce monde extérieur agisse sur l'âme pour qu'elle devienne capable de pcLser : il faut par conséquent un intermédiaire entre le monde extérieur et l'âme. Cet intermédiaire est le système nerveux, et comme toutes les sensations venant par des voies différentes ont besoin de se lier et de s'unir pour rendre possible la pensée, ii faut un centre, qui est le cerveau. Le cerveau est ce centre où les actions des choses externes viennent aboutir, et il est en même temps le centre d'où partent les actions de l'âme sur les choses externes. On peut donc dire que si le cerveau n'est pas l'instrument de la pensée, il l'est de la sensation, de l'imagination el du langage, sans lesquels nous ne pouvons penser; l'intelligence est bien liée au cerveau, mais elle ne l'est que par accident. Il en est de même pour la volonté. Le cerveau, à son tour, étant un
BOllONS. DE CUSMOLUGIF RAllOWNELLE. 835
organe vivant, a besoin d'être lié à un organisme, et c*esl par lui que l'âme est unie au corps.
En un mot, l'âme vivant au sein d'un monde matériel, « il lui fallait un corp3 organique, et Dieu lui en a fait un capable des mouvements les plus forts, aussi bien que des plu? délicats ».
« Et il est d'un beau dessein d'avoir voulu faire de toutes sortes d'êtres : des êtres qui n'eussent que l'étendue; des êtres qui n'eussent que l'inlelligence , et enlii) des êtres où tout fût uni et où une âme intelligente se trouvât jointe à un corps '. »
m. NOTIONS SOMMAIRES DE COSMOLOGIE RATIONNELLE. l'univers. — LA MATIÈRE. — LA VIE.
690. De Sa cosmologie rationnelle. — On entend par Cosmologie rationnelle \siTpa.vl\e de la métaphysique qui traite du monde général ou de l'univers^ et surtout de V univers des corps.
691. Le monde on l'nniTCPS. La nature. — On appelle le monde ou univers l'universalité des êtres ; mais dans un sens plus restreint, on oppose le monde à Vhomme, et c'est alors seulement l'ensemble des corps. On donne aussi à cet ensemble le nom de nature; et c'est pourquoi îa cosmologie rationnelle a pris dans les temps les plus récents le nom de philosophie de la nature.
La nature n'est pas autre chose que l'ensemble des êtres matériels. Ce n'est que dans un sens figuré qu'on la personnifie quelquefois et qu'on en fait (comme Aristote) une sorte d'agent qui remplit le rôle de Dieu, ou qui coopère avec Dieu : « La nature et Dieu ne font rien en vain. i>
692. — Les limites du monde. — La première antimonie de Kant. — Kant soutient que, dans la cosmologie rationnelle, l'esprit humain ne peut arriver qu'à des contradictions, et soutenir à la fois le pour et le contre. C'est ce qu'il appelle
i, BoHMt, Conn. de Dieu, IV. i.
MÉTAPHYSIiUE ET THÉODICÊE.
es antimonies ; il en admet quatre, dont chacune se compose *une thèse et d'une antithèse.
La première de ces quatre antimonies porte sur les limites ou Vinfi7iité du monde.
Thèse : Le monde a un commencement dans le temps, et est limité dans l'espace.
Antithèse : Le monde n'a ni commencement dans le temps, ni bornes dans l'espace : il est éternel et infini.
La thèse se fonde sur ce principe : qu'un nombre infini actuel implique contradiction.
L'antithèse se fonde sur le principe de la raison suffisante. Pourquoi dans le temps et Tespace qui sont partout semblables à eux-mêmes, le monde aurait-il commencé à un moment plutôt qu'à un autre? Pourquoi s'arrèterait-il à tel lieu plutôt qu'à tel autre (Voy les Lettres de Clarke et de Leibniz).
Sans discuter la question en elle-même, contentons-nous de dire que l'antithèse, pas plus que la thèse, n'exclut l'existence d'un Dieu créateur. Descartes et Leibniz, qui affirmaient énergiquement l'existence de Dieu, admettent, l'un que le monde est infini, l'autre qu'il est éternel *.
693. La matière. — On appelle matière la substance en général dont tous les corps sont composés.
69-4. Unité de matière. — C'est une question de savoir si cette substance première est uniforme et homogène, ou si elle se compose de substances primitivement hétérogènes. Jusqu'ici, la chimie a reconnu un certain nombre de substances élémentaires qu'elle appelle les corps simples ; et elle n'a pu en analyser aucun ; mais ce qui résiste à nos moyens d'analyse n'est pas nécessairement indécompo;?able en soi. La question reste donc ouverte.
695. te plein et le Tide. — C'est une question de savoir êitout l'univers est plein de matière ou s'il y a entre les corps des intervalles absolument inoccupés, que l'on appelle le vide. îl faut distinguer le vide relatif que l'on peut opérer par nos instruments et le vide absolu : c'est celui-ci seulement que l'on appelle le vide en métaphysique,
1. Leibniz disait que U création n'a pas rapport au tfnps, mais à la dépendtme».