LE SOMMEIL
86. Le sommeil pbysiologiqnc. — Le sommeil peut être considéré au pointclevue/)%sio/o^tgueetau point de vue jos^/c/iologique. On sait très peu de chose sur la physiologie du sommeil.
Est-il dû à la simple fatigue du centre nerveux, comme la fatigue d'un muscle amène une diminution d'irritabilité musculaire qui ne reparaît que quand, par le repos, le muscle a pu éliminer les produits acides de sa contraction? ou bien fautil invoquer la circulation cérébrale, l'anémie, suivant les uns, la congestion suivant les autres? Faut-il, avec Sommer, le rattacher à la diminution de la provision d'oxygène qui, d'après les recherclies de Pettenkofer, s'accumulerait pendant le sommeil pour se dépenser pendant la veille? Axicune de ces hypothèses n'explique complètement les faits *.
87. Le sommeil psychologique. — Ce que nous connaissons encore de plus clair et de plus intéressant sur le sommeil, c'est l'état mental qui l'accompagne, et qui, grâce au souvenir, peut nous être plus ou moins connu ; car il n'est personne qui n'ait eu des songes et qui, par la mémoire, ne puisse s'en faire quelque idée.
A la vérité, quelques personnes considèrent comme le caractère propre du sommeil l'abohtion absolue de tout état mental ; et, dans cette hypothèse, le rêve n'appartiendrait qu'au demisommeil.
Quand le sommeil est profond, dit le physiologiste précédent, tous les phénomènes de Tactivité psychique sont abolis, et l'individu se trouve au point de vue fonctionnel dans une situation analogue à celle des animaux auxquels on a enlevé les hémisphères.
Cependant le même auteur reconnaît que beaucoup de rêves ne laissent pas de traces dans notre souvenir et il conclut « qu'il est impossible de dire si, même dans le sommeil le plus profond, le repos du cerveau est absolu ». Il n'est donc pas démontré que
i. Beaunis, Élémenttdc physiologie, f. i03^
dans le sommeil, même profond, J'activité psychique soit entièrement abolie.
Le rêve n'est pas exclusif du sommeil, ni même du sommeil profond : ce qui le prouve, c'est que le sommeil accompagné de rêves est cependant réparateur, quand il ne dégénère pas en cauchemar. Il ne faut pas confondre le rêve avec ce que j'appelle \di demi-pensée ou. la fausse pensée, qui, se continuant pendant le sommeil, l'empêche d'être complet, et fatigue l'organe cérébral, comme dans la veille ce qu'on appelle la pensée à vide, la velléité de penser.
Le rêve est un mode de penser propre au sommeil, tandis que la fausse pensée est une imitation fatigante et stérile de la pensée de la veille par la pensée du sommeil.
Si nous n'admettons pas le complet sommeil de l'âma, nous sommes loin d'admettre avec Jouffroy que l'âme ne dort pas du tout, et que le sommeil n'est qu'un phénomène du corps auquel l'âme ne prend aucune part. Jouffroy invoque la susceptibilité de la mère à entendre les cris de son enfant, quoiqu'elle reste indifférente à tout autre bruit; l'indifférence que nous avons pour tout bruit habituel, et l'éveil subit produit par un bruit inaccoutumé; l'aptitude de se réveiller à volonté, en fixant d'avancé l'heure du réveil, etc. Tous ces faits s'expliquent dans l'hypothèse où il n'y aurait pas de sommeil absolu, lequel en effet serait presque équivalent à la mort. Le sommeil n'est que ïa suspension ou l'affaiblissement des actions extérieures sur nous, mais il n'est pas leur abolition totale; autrement il n'y aurait jamais de réveil extérieur : le réveil devrait toujours être spontané. Mais personne ne croit que, même dans le sommeil le plus profond (sauf dans le sommeil morbide), le corps soit devenu insensible à un verre d'eau froide jeté à la figure, à un son éclatant et même à une lumière très vive. Cela prouve que la sensibilité subsiste toujours virtuellement et qu'elle demande seulement à être excitée d'une manière plus vive que dans l'état normal.
Quelquefois il arrive qu'en rêvant nous avons conscience que nous rêvons : cette conscience est déjà un signe de réveil ; i nais le rêve lui-même, en tant que rêve, n'a rien d'incompatibl ; avec l'état de sommeil et en est un phénomène caractéristique.