‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 28 sur 313 · LE SOMMEIL. — LE RÊVE. — LA FOLIE · texte numérisé non relu

LE SOMMEIL. — LE RÊVE. — LA FOLIE

connaître l'état de l'âme pendant le sommeil, il est bon d'étudier les circonstances qui le retardent ou qui Vaccélèrent^

Car il est naturel de croire que, lorsque nous sommes disposés à dormir, l'état de notre esprit approche plus de celui qu'il revêt en dormant que quand nous nous sentons dans un état de veille et d'activité.

Ce principe de recherche une fois posé, il remarque la loi suivante, à savoir, que

L'invasicn du sommeil est accélérée par toutes les circonstances qui diminuent ou suspendent l'exercice de nos facultés mentales, et elle est retardée par tout ce quia une tendance contraire.

Ainsi, lorsque nous voulons nous livrer au sommeil, nous écartons tout ce qui excite l'activité de notre esprit, par exemple la conversation, une lecture intéressante, la vue d'un spectacle émouvant. Réciproquement, les phénomènes qui distraient et eni^ourdissent l'activité de notre esprit, et qui lassent l'attention, facilitent en même temps le sommeil : par exemple le bourdonnement des abeilles, le murmure d'un ruisseau, une lecture monotone. On remarque aussi que les enfants et les hommes peu habitués à réfléchir s'endorment facilement.

Si donc, pour nous livrer au sommeil, nous devons suspendre l'exercice de nos facultés actives, il est vraisemblable qu'elles restent suspendues pendant le sommeil : car quelle vraisemblance y a-t-il à ce que nous les suspendions pour nous endormir et qu'elles se réveillent un moment après ?

Le trait caractéristique du sommeil psychologique étant donc la suspension ou l'affaiblissement de la volonté, deux hypothèses sont possibles : ou bien c'est la faculté de vouloir elle-même qui est suspendue ; ou bien la volonté subsiste, mais elle perd son empire sur les facultés de l'esprit et sur les organes du corps. Entre ces deux hypothèses, D. Stewart se décide pour la seconde.

î° Dans le rêve, nous faisons souvent des efforts : ce n'est que l'effet qui nous fait défaut. Ainsi nous voulons, et même énergiquement, nous enfuir; mais nous ne pouvons mouvoir nos membres; nous voulons crier : la voix s'y refuse. Ainsi la volonté subsiste; ce n'est que son influence qui est suspendue.

2° Nous ne pourrions pas contribuer à nous endormir, car alors il faudrait vouloir ne plus vouloir, ce qui est contradictoire : mais nous pouvons vouloir suspendre l'action de la volonté sur nos membres ou sur notre esprit, et par là la mettre

dans une situation analogue à celle où elle sera dans le sommeiU Or, on sait que, lorsqu'on fait abstraction de la volonté, les pensées se succèdent et s'enchaînent d'une manière purement fortuite, mécanique, extérieure : c'est ce que nous avons appelé la loi d'association. De là, suivant D. Slewart, ces deux propositions fondamentales, qui résument toute la théorie du rêve.

I. La succession de nos pensées pendant le sommeil suit la même loi d'association que pendant la veille.

II. La succession de nos pensées pendant le sommeil est dominée presque exclusivement par la loi d'association.

89. Abseace de perception. — L'absence de volonté n'est pas le seul fait caractéristique du sommeil : il faut y joindre l'absence de perception extérieure, ce qui ne nous permet pas de contrôler nos imaginations par la réalité; c'est pourquoi elles devien nent elles-mêmes des perceptions.

Si pendant l'état de veille, dit Garnier, je songe à une personne qui est en Italie, l'Italie me fait penser à l'arc de Titus, Titus aux Juifs, ceux-ci à Pilate;je ne trouve rien là de surprenant. Si j'ai eu les mêmes idées dans un songe, j'aurai rêvé que de France je me suis subitement transporté en Italie, que l'Italie s'est transformée en Judée, Titus en Pilate, etc. {Facult. de l'âme, VI, ili, g 12.)

Le désordre des rêves vient donc d'une association accidentelle des idées, non contrôlée par la perception externe. On se demandera pourquoi l'imagination, même en l'absence de la perception, ne nous représenterait pas les choses telles qu'elles sont, au lieu de nous les donner dans un pêle-mêle et une anarchie contraires à toutes les lois de la raison. C'est que l'enchaînement des images dans l'esprit ne correspond pas nécessairement à l'enchaînement régulier des choses et des événements dans la réalité. L'imagination est un clavier sur lequel l'esprit passe d'une touche à l'autre par des lois purement mécaniques, tout àfait différentes de l'ordre réel ou logique des choses. De là, toutes sortes d'associations purement extérieures, remplaçant les associations de l'expérience et de la logique.

90. Classification des rères. — Maine de Biran, dans ses Considérations sur le sommeil\ après avoir établi des lois ana< logues à celles de D. Stewart ef fondées sur le même principe, a essayé une classification des rêves. Il en distingue quatre espèces : 1° rêves affectifs, où la sensibilité prédomine : les cauchemars sont de ce genre; 5° songes intuitifs ou visions, qui ont

l. NouvelUt considérationi sur le sommeil (Œuvres, Éd. Cousin, t. II).

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