Principes directesaa's de ïa c^jaaïaaâssasice. — Il y
a dans l'esprit humain certaines notions ou vérités que l'on a appelées longtemps notions ou vérités premières. Elles se distinguent les unes des autres par les caraïUères suivants : i° elles sont les plus élevées de toutes; 2" elles sont universelles et nécessaires; 3° elles sont les fondements de la pensée et de la science. Elles servent donc de règles, et par conséquent de principes direclenrs à l'entendement humain.
Ces notions peuvent être étudiées soit au point de vue niétaphysique, soit au point de vue psychologi(pie. En métaphysique, on les étudie quant à leur objet. En psychologie, on les étudie : i" dans leur nature ; 2" dans leur origine. De là, la célèbre question de l'origine des idées (181).
792. Ésiuinératâon des notions ppemièrcs. — On peut les ramener avec Kant, à cinq principales : l'espace et le temps, conditions de la perception; la substance et la cause, conditions de l'expérience; l'absolu, condition suprême de la science et de la morale (182).
793. Les vérités premières ou principes directeurs de la connaissance. — Les vérités ou principes se tirent des
APPENDICE. 89t
notions premières. Ce sont : 4° le principe d'espacé : tout corps est dans l'espace ; 2° le principe de durée : tout évéuein nt a lieu dans le temps ; 3° le principe de substance : tout mode suppose une substance ; Ao le principe de causalité : iowl phénomène a une cause ; 5° le principe absolu : le relatif suppose l'absolu (183).
A ces notions ou principes, on peut ajouter la notion et le principe de finalité. Mais nous avons essayé de démontrer ailleurs que le principe de linalité et des causes finales n'est qu'un corollaire du principe de causalité en général*.
794. Problème de l'origine des idées. Empirisme et idéalisme. — Le problème de l'origine des idée^ se laïuène à ces termes : les notions et les vérités premières, les principe's directeurs de la connaissance viennent-ils des sens et de l'expérience, ou sont-ils inhérents et essentiels à la nature de l'esprit humain (184)?
Suivant certains philosophes (Épicure, Gassendi, Condillac), toutes les idées, quelles qu'elles soient, ainsi que tous les principes qui en dérivent, ne sont que des perceptions sensibles généralisées (Ibid.). Cette doctrine est appelée empirisme, et en tant qu'elle n'admet que les données des sens, sensualisme.
En face de l'empirisme, et en opposition avec lui, est l'idéalisme qui soutient qu'on ne peut expliquer les premiers principes par les sens et par l'expérience et qu'ils ont leur origine dans l'esprit lui-même. On les appelle tantôt idées ou vérités innées (Descartes, Leibniz), tantôt formes à priori (linni) (Ibid.).
Il ne faut pas confondre l'idéalisme qui admet des idées pures et à priori avec l'idéalisme qui nie la réalité des objets extérieurs, et dont il sera question plus loin.
795. Origine des notions premières. — Ces notions ne peuvent venir des sens.
1° Notion de substance. Les sens ne nous donnent qu'une collection de phénomènes; la substance est, au contraire, le lien et ïunité des phénomènes (186).
2° Notion de cause. Les sens. ne nous donnent qd'une succession de phénomènes : la cause, au contraire, est le pouvoir qui produit les phénomènes (187).
3° Absolu et infini. Espace et temps absolus. L'infini est ce qui existe sans limites; l'absolu est ce qui existe sans conditions. Or, l'expérience ne nous donne que ce qui est relatif et limité (189).
1. Voir notre livre des Causes finales, chapitre préliminaire.
i° L'infini n'e?t pas la négation du fini; 2° Tinfini n'est pas l'amplitication du iini; S° l'infini n'est pas la composition obtenue par faddition de toutes les quantités finies.
îSous avons TU déjà plus haut que la substance et la cause sont des données de la conscience (7(30).
Nous devons dire maintenant que l'absolu, l'infini, le nécessaire, le parfait sont les données de la raison. 11 en est deméine de f espace et du temps en tant qu'ils sont conçus comme absolus et infinis (189).
796. Origine des Térités premières. — Deux caractères essentiels, suivant Leibniz et Kant appartiennent aux vérités premières, à savoir Vuniversalite et la nécessité.
Or ces deux caractères excluent une origine expérimentale; car l'expérience n'atteint que le particulier et le contingent, et non l'universel et le nécessaire (191).
En conséquence, il laut dire avec Leibniz : Il n'y a rien qui ne soit dans l'entendement sans avoir passé par les sens, si ce n'est l'entendement lui-même, nisi ijrse i?iteiiectus (191).
797. Théorie associationîstc. — On a essayé d'expliquer par l'associario/i les deux caractères précédents. En eflet, nous avons vu que, toutes les lois que deux idées se produisent ensemble dans l'expérience, elles ont une tendance à se rappeler; or si elles se reproduisent toujours ensemble, elles contracteront ainsi l'apparence de la nécessité. Les principes absolus ne sont donc que des associations indissolubles.
Pour limiter la discussion au principe de causalité, on peut répondre avec Helmoltz : « En tait, le nombre des cas où nous pouvons constater un rapport causal est bien peu considérable par rapport au nombre de cas où cette démonstration est impossible ». Il n'y a donc pas là matière à une association indissoluble. Comment pourrions-nous être contraints de dire : Tout phénomène suppose une cause, puisqu'il y a tant de phénomènes dont nous ne savons pas la cause (193)?
798. Théorie de l'hérédité. — La théorie de l'association se complète par la théorie de l'hérédité. Les notions et vérités premières seraient des habitudes et des associations héréditaires (194).
Cette théorie donne raison en définilive à Leibniz contre Locke, car le débat n'avait jamais porté que sur l'expérience individuelle. Avoir recours à l'hérédilé, c'est accorder précisément que celte sorte d'expérience était insulfisante.
Maintenant, l'béréditarisme en renvoyant l'explication expé-
rimentale à l'origine inconnue de l'humanilé, est-il plus fondé que l'empirisme proprement dit?
Il faut distinguer les notions et les principes.
Quant aux notions, il y en a deux au moins qui échappent à l'explication par l'hérédité, à savoir : 1" la notion d'absolu; "2° la notion du moi, d'où viennent les notions de substance et de cause.
Quant aux principes, on peut répondre comme précédemment que le principe de causalité est loin d'être le résultat nécessaire de l'expérience, puisque l'expérience nous apprend qu'il y a bien plus de phénomènes dont nous ignorons la cause que de phénomènes dont la cause nous est connue. Cela itant, même l'hérédité ne sulïirait pas à faire un principe absolu de ce qui est si souvent démenti par l'expérience (195).
En résumé, les notions ou vérités premières ou principes directeurs dérivent soit de la conscience, soit de la raison. Mais ces deux facultés ne sont au fond qu'une seule, à savoir, l'enlendemenl.
798 bis. Tes sens et l'entendement. — Toute la théorie de la connaissance se ramène, en définitive, à deux principes : les sens et V entendement ; les sens ou faculté d'être affectés par les objets extérieurs; et l'entendement ou faculté de connaître et de comprendre, laquelle se divise en deux facultés, la conscience par laquelle nous atteignons avec les phénomènes du moi, la substance et la cause hnies, et la raison par laquelle nous atteignons l'absolu et les principes nécessaires et universels (95 et 196).
XII. LA. VOLONTÉ. — ANALYSB DE L'ACTK VOLONTAIRE, — LA LIBEaiÉ.
799. Volonté. — On appelle la volonté la faculté d'agir accompagnée de réflexion et de liberté.
800. Analyse de l'acte volontaire. — L'acie volontaire ou volition est un fait complexe dans lequel on peut démêler plusieurs éléments. Il faut distinguer l'acte volontaire proprement dit, appelé résolution ou détermination de ce qui le précède et de ce qui le suit. Ce qui le précède, c'est la réflexion et Je désir : ce qui le suit, c'est l'exécution.
La réflexion se compose elle-même de deux éléments : l» conception de l'acte à faire; 2° comparaison des motifs ou délibération.
On distingue les motifs et les mobiles. Les motifs sont les raisons qui ciont fournies par l'intelligence. Les mobiles sont les impulsions de la sensibilité. Les mobiles se rattachent au désir; les motifs à la réflexion.
L'exécution d'un acte est distincte de la volition : car celle-ci peut ne pas être suivie de l'exécution (429).
En résumé, quatre moments dans l'acte volontaire : i" Conception; 2° délibération; 3* résolution ou détermination; 4» action (229).
801. Affirmation et Tolîtîon. — Quelques philosophes (Spiuosa) ont confondu à tort l'acte de vouloir avec l'acte d'aftirmer. Affirmer un fait, c'est dire simplement qu'il existe; et vouloir, c'est faire qu'il soit (230).
802. Dé»ii* et Tolonté. — Le désir, même le plus fort, n'équivaut pas à la volonté. Le désir de ne pas mourir, si fort qu'il soit, n'est pas une volition; car on n'y peut rien. La volonté s'adresse à ce qui est en notre pouvoir; le désir a des objets qui ne sont point en noire pouvoir. Souvent la volonté est en raison inverse du désir. Quand les passions sont très violentes, elles échappent à l'empire de la volonté (231).
803. La volonté et l'amour. — L'amour est plus près de la volonté que le désir. Cependant aimer une chose n'est pas encore la vouloir. J'aime le bien et je fais le mal. Faire une chose volontiers ce n'est pas la faire volontairement (232).
804. La liberté. — Le second caractère de la volonté, avec la réflexion, est la liberté.
805. Différents sens da mot liberté. — Il y en a trois principaux : 1° liberté physique et corporelle, faculté d'agir sans obstacle et sans contrainte; 2° liberté civile et politique, faculté de développer ses facultés intellectuelles et morales sans êlre opprimé par une classe supérieure ou par l'Etat; 3° liberté morale ou intérieure, ou pouvoir de se déterminer et de se résoudre sans aucune nécessité interne ou externe (247).
806. PreuTes de la liberté. — 1° Preuve tirée de la conscience, ou du sentiment vif interne. « Nous mettons une grande différence, dit Bossuet, entre vouloir être heureux et vouloir aller à la promenade. Nous ne pouvons nous empêcher de vouloir être heureux, et nous sentons clairement que nous pouvons nous empêcher d'aller à la promenade » (248).
apheîsdice. aaft
Objection de la girouelte. — Une girouette, qui désirerait se tourner vers le noid cl qui sérail tournée par le veni de ce côté au moment où elle le désire, croirait être la cause propre et libre d-». son mouvement (Ibid.).
Réponse. — 1° 11 ne sulïii pas de désirer; il faut vouloir et faire efi'ort pour réaliser ce qu'on veut; 2° on confond l'acte intérieur du vouloir avec son ellet extérieur (/o«c/.).
ObjecUon de Spinoza. — La conscience de la liberté n'est que l'ignorance des causes qui nous iont agir.
Réponse. — 1° Dans un grand nombre de cas où nous ignorons les causes de nos actions, nous ne nous croyons pas libres pour cela; 2° la conscience de la liberté grandit au contraire avec la connaissance claire des motils {Ibid.).
807. Preuve tirée de la loi morale. — La morale est obligatoire. Or, si riiomme n'était pas libre, ou bien il accomplirait la loi forcément et la loi serait inutile; ou bien il serait forcé de ne pas l'accomplir, et alors cette loi serait absurde. Dans les deux cas, pas de loi (248, ii).
Les autres preuves (peines et récompenses, consentement universel, etc.) ne sont que le complément des précédentes.
808. Préjugé;» contre la liberté. — On croit à tort que le caractère, les habitudes, les passions, les tempéraments , le climat, sont des obstacles invincibles à liberté (250).
809. Objections contre la liberté. — 1° Objection des motifs. On soutient que nous n'agissons jamais sans motifs mais que nous obéissons toujours au motif le plus fort. Mais la question est de savoir si nous y obéissons parce qu'il est le plus fort, ou s'il est le plus fort parce que nous l'avons choisi.
2" Objections tîiéologiques. — a) Dieu prévoit tout par sa prescience, et ce qu'il prévoit est certain, par conséquent infaillible; &) Dieu concourt à tous les actes des créatures par sa providence; il ne peut donc rien se produire sans sa volonté.
Réponse. — a) La prescience n'est qu'une science immédiate et n'a aucune action sur les actes eux-mêmes ; 6) la providence peut concourir avec la liberté humaine ; mais elle ne la détermine pas : inclinât, non nécessitât <^252).
810. Liberté d'îndifiV.'<^ence et fatalisme. — Les deux extrémités opposées dans le problème de la liberté, sont : ou la liberté d'indifférence , faculté d'agir sans motif; ou bien la nécessité irrésistible.
La doctrine de la nécessité se distingue en fatalisme, quand
la cause est une volonté toute-i>uissante qui force l'homine à agir; et déterminisme, quand il agit sous l'empire des lois de la nature. La liberté d'agir sans motif n'est que le caprice et l'arbitraire.
La nécessité a pour conséquence la suppression de toute responsabilité morale.
La liberté n'est donc pas la faculté d'agir sans motifs, mais de choisir entre les motifs. Elle est la puissance de vouloir conformément à des idées.
XII bis. DES DIVERS MODES DE L'ACTIVITÉ PSYCHOLOGIQUE. — INSTINCT. — ACTIVITÉ VOLONTAIRE. — HABITUDE.
811. Divers modes de l'activUé. — La volonté est un des modes de l'activité humaine'; elle n'est pas le seul.
En un sens, on peut dire que l'activité enveloppe et contient toutes nos facultés. Penser, connaître, juger, raisonner sont des actions. Les inclinations elles-mêmes et les passions sont actives. L'âme est donc tout entière en activité.
Mais il y a trois modes d'activité (227).
']" L'activité instinctive, qui a lieu sans aucune conscience ni du but ni des moyens de l'action, en un mot sans préméditation et sans réflexion.
2° L'activité volontaire qui a pour caraclère propre la réflexion, c'est-à-dire la perception claire et distincte des buts de l'action et le choix des moyens.
3" L'activité habituelle qui n'est pas primitive comme l'instinct, qui peut même originairement être préparée par la réflexion et contractée par la volonté, mais qui, par la pratique, devient elle-même instinctive et spontanée.
Nous venons d'étudier, dans le chapitre précédent, l'activité volontaire ; résumons seulement ici les principes relatifs à l'instinct et à l'habitude.
812. Instinct. — L'instinct appartient à l'animal plus qu'à l'homme. Il a les caractères suivants : 1' ignorance du but; 2° perfection immédiate des actes instinctifs; 3° infaillibilité; A° immutabilité; 5° spécialité; 6" uniformité.
Cependant ces caractères ne sont pas absolus; et, dans de certaines limites, l'instinct est susceptible de quelques variations (42).
On a essayé d'expliquer l'instinct de différentes manières : \° par la sensation ; 2*» par l'habitude ; 3° par l'hérédité.
Ces théories sont loin d'être satisfaisantes. Ce qni est certain, c'est qu'il y a chez les animaux, et même chez l'homme, une science non apprise et infaillible, la pliipau du teiDps aussi parlaite et quelquefois plus que la science acquise.
Indépendamment de Tinslinct proprement dit qui est un art inné, il y a une activité spontanée et instinctive qui consiste dans la faculté d'agir sans l'impulsion du sentiment, sansinter. vention de la raison.
813. L'habitude. — C'est une disposition ou facilité à agir, acquise ou contractée par la répétition ou la continuation des impressions et des actes (235).
Effets de V habitude. — 1° Il n'est pas nécessaire que l'acte soit répété, il suflit qu'il soit continué; 2"> l'habitude commence dès le second acte; 3° la répétition n'est pas seulement la cause de l'habitude; elle peut aussi en être l'elfet; 4° l'habitude conserve le passé dans le présent.
En résumé, l'habitude est une force de concentration et d'accumulation (236).
Loi de Vhabitude. —r L'habitude affaiblit la sensibilité et perfectionne l'activité.
Il y a en apparence des exceptions à cette loi ; mais elles s'expliquent par la loi elle-même. Ainsi la sensibilité, souvent stimulée, se toui'ne en besoin : mais c'est précisément la partie active qui tend à prédominer sur la partie passive en affective. De même et réciproquement, l'habitude affaiblit la réflexion et la volonté ; mais c'est quand il s'agit des mêmes actes qui cessent d'intéresser; car elle fortifie au contraire la réflexion et la volonté pour des actes nouveaux (240).
Deux sortes d'habitudes : les unes passives, les autres actives (2i2).
814. Habitudes passives. — 1° Les affections internes et organiques s'alTaiblissenl au point de n'être plus senties sauf le cas de maladie; 2" le toucher passif s'affaiblit également; 3° de même pour les odeurs et les saveurs; et aussi 4° pour les plaisirs et les douleurs en général (243).
815. Habitudes actives. — 4° L'habitude accroît la puissance d'une faculté; 2" elle l'accroît sous une forme spéciale et déterminée; 3° elle crée le besoin de l'exercer de nouveau (244).
816. Habitudes des facultés supépienres. — Non seulement l'activité physique, mais l'activité intellectuelle, le sentiment et la volonté, sont susceptibles d'habitudes. La vertu elle-
•JANET l'Iiilosophie. 57
même est une habitude. Mais il ne faut pas confondre cette sorte de spontanéité acquise avec l'automatisme machinal et routinier (445-246).
XIII. l'expression des faits psychologiques. — LES SIGNES ET LE LANGAGE.