Doctriue de Bouald sur l'origine du langage
La doctrine que la parole n'a pas pu être inventée artificiellement et qu'elle résulte de la nature même de l'homme ne doit pas être confondue avec celle de Bonald qui attribue le langage à une création immédiate de la divinité. Sans doute le langage vient de Dieu, mais comme tout ce qui est créé, non autrement.
La parole est le résultat de nos organes, aussi bien que le cbant ou le cri, aussi bien que la marche el que l'usage de toutes nos fondions. D'ailleurs ce n'est pas l'invention des sons qui constitue le langage, mais l'acte d'attacher des pensées à des signes. Or, que ces signes lui soient donnés du dehors, ou qu'il les trouve de lui-même, il faudra toujours que l'homme leur donne un sens, c'est-à-dire les institue à titre de. signes : or, c'est cela même qui est le langage (207).
825. Langage et pensée. — • L'objet du langage est double : communiquer nos pensées et les enregistrer (Locke); ce sont des marques pour nous, en même temps que des signes pour les autres.
826. utilité, dn langage et de la pensée. — En principe, on peut dire avee Bonald et Max Muller qu'il n'y a pas de pensée sans langage, ni réciproquement de langage sans pensée, mais avec ces réserves : 1" au moins abstraitement, on doit accorder que la pensée est antérieure au langage ; 2" la pensée n'est pas liée exclusivement aux mots, c'est-à-dire à la parole; elle peut être aussi liée à d'autres signes, tels que les mouvements (208).
827. utilité dn langage ponr la pensée. — 1° Le langage est un instrument d'analyse. Les langues sont des méthodes analytiques (Condillac). Getle propriété tient en partie à ce que le langage a lieu dans le temps et exprime successivement les divers éléments d'une pensée. 2" Le langage est un instrument de combinaison ; exemple : la numéraiion, par le moyen du signe vingts permet de penser ensemble la répétition de vingt fois l'unité. C'est aussi par le langage que les classifications sont possibles. 3' Enfin, le langage est un instrument de fixation et de mnémotechnie. Les notions abstraites seraient impossibles à fixer dans l'esprit sans signes sensibles.