LE SOMMEIL. -J LE RÊVE. — LA FOLIE
surtout pour base le sens de la vue : ce sont les plus fréquents ; S" soHges intellectuels, où l'imagination devient presque inventive* : ils sont très rares; A° enfin les rêves du somnambulisme, dont nous allons parler.
91. SoBunanibulisme. — Le somnambulisme est un mode de sommeil très étrange qui a beaucoup d'analogie avec la veille. C'est, comme on l'a dit, un rêve en action. Il se distingue du rêve ordinaire par les caractères suivants* :
1° La suite des pensées y est plus facilement modifiée par les sensations du dehors ; le somnambule vit en partie dans le monde extérieur. En conséquence, on peut agir sur lui par la suggestion, et en quelque sorte diriger ses rêves'.
2° Le système musculaire demeure sous le contrôle de l'esprit 5t de la volonté. Le somnambule marche et se meut comme à l'ordiiKUie, el môme avec une sûreté élu naante, même lorsqu'il est assuré qu'il ne peut pas voir.
3° Il n'y a point, ou il y a peu d'incohérence. Le somnambulisme est un rêve suivi, dans lequel le raisonnement conserve sa part.
Il y a deux sortes de somnambulisme : le somnambulisme naturel et le somnambulisme artificiel. Le premier est celui dont nous venons de parler; le second est provoqué artificiellement par ce qu'on appelle les passes magnétiques, ou môme par la seule idée de ces passes : « La simple attente du résultat, dit Carpenter, suffît pour l'amener. >
Un des procédés les plus efficares pour provoquer le somnambulisme est celui qui a été décoL^vert par M. Braid et qui porte le nom à' hypnotisme. Il consiste à faire regarder au patient, d'une manière fixe, un objet brillant, à une ftiible distance des yeux. L'expérience a été faite d'abord sur des poules.
On voit par les faits précédents que le somnambulisme se rapproche de l'état normal par une plus grande suite et cohérence dans les idées, et parce qu'il est eu partie d'accord avec la réalité externe; mais il s'en sépare, et il reste dans le domaine de l'imagination et de l'automatisme : 1" en ce que tou>. ce qui sort du cercle du rêve est non avenu, et ne peut pas servir à con-
4. On connaît la Sonate du diable, de Tar- 3. t Un officier, nous dit-on, avait l'habi-
tini, qui lui aurait été inspirée en rêve : cet tude déjouer ses rêves, et l'on pouvait en di-
•orles de faits auraient besoin de contrôle. riger le cours. On lui sug-^érait l'idée d'une
2. Carpcriler, Cyclopœdia of anatomy and quorclle qui se terminait par un duol- on .ui
physiology, art. Si.eep, reproduit dans la trad. mettait un pistolet dans la main- il lâchait la
îo-i'*''' T? ^^ysioioffie de Millier (S-»» édit. détento: ce qui le réveillait. On lui donnait aùiii
«83l, t. n, p. 508). des rêves à volonté. > (Ibii.)
lANET, Philosophie. q
8î PSYCHOLOGIE.
trôlerle rêve lui-même; 2" en ce qu'il est sous l'empire de l'agent externe, sans pouvoir réagir contre cette action. Ce second caractère est surtout vrai du somnambulisme artificiel.
Malgré de plus grandes analogies avec la veille, le somnambulisme est cependant plus anormal que le rêve lui-même; car d'abord il est plus rare, et en outre, la liberté des mouvements qui est laissée au rêve sans la faculté de le contrôler par la réalité, le rend d'autant plus dangereux,
92. la folie. — Les deux états précédents, le rêve et le sorti' nambulisme, nous aident à nous faire quelque idée de la folie, qui, «n effet, tantôt ressemble au rêve et tantôt au somnambulisme, mais sans sommeil : c est le rêve de l'homme éveillé. L'imagination est toujours souveraine, et sans contrepoids; mais elle s'y manifeste sous deux formes. Tantôt elle s'attache à une idée fixe et interprète tous les faits dans le sens de cette idée : c'est ce qu'on appelle la monomanie. Un remarquable exemple de ce genre d'égarement est le livre des Farfadets^ composé par le monomane Berbiguier' : ce livre est l'histoire de tous les maux et de toutes les misères produits dans le monde par les , farfadets. L'auteur y rattache tous les événements de sa vie; c'est une suite de cauchemars liés par une idée commune. Dans la seconde forme de la folie, appelée manie, l'imagination est absolument désordonnée. Les idées naissent au hasard et se lient par des liens purement matériels qui nous échappent. C'est une suite de non-sens : c'est l'imagination absolument déréglée, n'étant plus contenue, ni parla perception, ni par aucune faculté ration* nelle. On peut se la représenter comme un piano en désaccord dont on frapperait les touches absolument au hasard. La monomanie ressemble au somnambulisme, et la manie au rêve ordinaire.
On pourrait dire que la manie, comme le rêve, loin d'être soumise à la loi d'association, en est au contraire complètement affranchie; car ce qui la caractérise, c'est le décousu et l'incohérence. Mais ce seraitconfondre l'association avec la liaison (84). Ce quiest rompu dans la folie, comme dans le rêve, c'est la liaison logique, la suite des idées; mais ce n'est pas la liaison mécanique c'est au contraire parce que celle-ci reste seule, que toute liaison logique a disparu. On a là l'exemple de ce que serait l'association ou rappel des images par simple juxtaposition exté-
\. 11 esi intitulé : les Farfadets oii Tom les démons ne 107U pas de l'autre mcnde. 3 voj^ »n-8 Paris, lâil*