Perceptions natarelles et perceptions acquises
Quelque part qu'on soit disposé à faire à l'expérience et à l'habitude dans nos perceptions, il faut reconnaître qu'il y a de certaines données naturelles sans lesquelles il n'y aurait pas de perception du tout. Réciproquement, quelque part qu'on fasse à la portée originelle de nos sens, il faut reconnaître qu'ils doivent beaucoup à l'expérience et à l'habitude. De là les perceptions naturelles elles perceptions acquises, distinction que Reid a rapprochée ingénieusement de la distinction entre le langage naturel et le langage artificiel. (Recherches sur VEnt.^ sect. XXIV, ch. vi, trad.fr., t. II, p.341.)
Les perceptions naturelles ou primitives sont celles qui dérivent immédiatement de la nature de chaque sens, comme la couleur de la vue, le son de l'ouïe, la résistance du toucher.
Les perceptions acquises sont les perceptions dues à l'expérience. Elles sont de deux sortes : l' les premières sont les perceptions primitives elles-mêmes en tant qu'elles sont perfectionnées et rendues plus distinctes par l'habitude et l'éducation: par exemple, on apprend à regarder, on apprend à entendre. Dans ce premier sens, toute perception est acquise, puisque toutes, nous l'avons vu, sont le résultat de l'attention et de l'effort per-
l.M- A. Bain {Sent et intelligence, II. !, v, par forme nous n'avons jamais voulu dire (I
trad. fr., p. 332) est obligé de rcconnaîire que peu de chose qu'un changement de couleur •.
f si nous regardions une petite tache ronde (en Nous ne savons pas ce que c'est qu'ttne dii~
supposant l'œil immobile) nous connaîtrions une tinction purement optique, et nous ne corn»
différence optique qui la dislingue d'une tache prenons pas comment on pourrait distinguer
triangulaire». Mais fil n'y aurait là, suivant une tache ronde d'une tache triangulaire sans
lui, qu'une distinction purement optique : ca avoir par là mêii« une pcrccptioa de forma. le lerait pas reconnaître une forme, parce qiu
sonnel : ce qui est seul naturel et primitif, c'est la seusalion. 2" Mais les perceptions d'habitude, auxquelles les Ecossais donnent particulièrement le nom de perceptions acquises, sont des inductions plutôt que des perceptions : ce sont celles par lesquelles un sens juge de la présence d'une qualité ou d'un objet, par le moyen d'une qualité ou d'un phénomène ([ui lui servent de signes : par exemple, raiïaiblissemenl d'un son est le signe de l'éloignement, les nuances de la couleur sont les signes de la forme. C'est surtout l'étendue, la forme et la figure, la distance et la profondeur qui sont pour nous l'objet de ces sortes d'inductions : et c'est en se servant des signes qui y sont ordinairement joints que l'on peut nous tromper (ventriloquie, perspective, peinture, stéréoscope). Il ne faudrait pas en conclure que ces sens, même trompés, n'ont aucune perception naturelle de ce genre; mais seulement que la perception peut en être très vague et avoir besoin de signes pour arrivera des mesures précises et des formes distinctes : de là la possibilité d'être trompés.