‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 43 sur 313 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

De même que la sensation devient perception par ratlentio» que nous y appliquons, de même la mémoire sensitive devient mémoire inlcilecluelle par l'exercice actif qu'il nous est donné d'en faire. Se souvenir, c'est encore sentir : vouloir se souvenir et diriger ses souvenirs, c'est penser. On peut dire encore qu'avant l'usage de la réflexion, la mémoire se distingue à peine de l'imagination, et les .so7<?'e?zirs des mape^. C'est pourquoi nous rangeons la mémoire parmi les opérations intellectuelles.

131. Sonvcinii'H et réEiiiiiiscciiccs. — Le souvenir se compose de deux éléments : 1° la représentation mentale des rhoses ou des personnes que nous avons antérieurement perçues ; "2" l'acte de reconnaître ces choses et ces personnes comme ayant été antérieurement perçues parnous. De ces deux faits, le premier est commun à l'imagination et à la mémoire : il est la part de l'imagination dans la mémoire Le second est le fait caractéristique et l'élément essentiel de cette seconde faculté.

De là la dilTerence entre les réminiscences et les souvenirs. La réminiscence n'est qu'un demi-souvenir, un souvenir inconscient. On connaît l'anecdote de Fontenelle, qui, écoutant un poète lui lire des vers de sa façon, ôtait de temps en temps son chapeau. « Que faites-vous, lui dit l'autre? — Je salue au passage de vieilles connaissances, j> répondit Fonteuelle. Celui-ci avait des souvenirs, et l'autre des réminiscences,

La mémoire se distingue, d'une part, de la perception extérieure, de l'autre, de l'imagination.

13â. La perception extérieure et la mémoire* — La pre*

mière différence de la perception et du souvenir, c*est que l'une nous représente les objets comme actuels et présents, l'autre comme absents et passés.

En outre, dans la perception, nousnepouvons,à notre gré, faire apparaître ou disparaître l'objet. Si je suis, par exemple, en face du palais du Louvre, avec les yeux ouverts, il m'est impossible de ne pas le voir. Sans doute, je puis m'éloigner, je puis fermer les yeux, je puis en un mot changer les conditions de la sensation; mais ces conditions étant données, l'objet m'apparaît nécessairement. Au contraire, étant à Paris, je puis penser à Saint-Pierre de Rome, remplacer cette image par celle du Niagara, ou par toute autre. Cette liberté de l'imagination et de la mémoire, qui manque entièrement à la perception, les distingue l'une et l'autre 1res nettement de celle-ci. Aristoie a connu ce fait et l'a résumé avec sa précision habituelle : « L'imagination, dit-il, ne dépend que de nous et de notre volonté, et l'on peut s'en mettre l'objet devant les yeux, comme font ceux qui traduisent les choses en Jignes mnémoniques. » {De VAme, III, vu.)

Page 1