‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 53 sur 313 · Le iugement dans le sens nsnel da mot. — Dans · texte numérisé non relu

Le iugement dans le sens nsnel da mot. — Dans

le sens habituel, dans la conversation, dans la vie pratique, dans la langue littéraire, juger un livre, juger un homme, juger une affaire, c'est prononcer, décider, porter une sentence. Un juge dans son tribunal décide que tel a tort, que tel autre a raison; un critique juge que tel livre, tel tableau est bon ou mauvais; un historien juge que tel personnage est un grand homme, tel autre un s'^élérat. Un bon jugement est la faculté de discerner nettement le vrai du faux, le juste de l'injuste. L'aptitude à juger est l'aptitude à se décider, à prendre parti, à conclure. Bossuet dit que celui qui est né pour le commandement doit apprendre « à juger, non à disputer » ; c'est-à-dire qu'il doit apprendre à conclure, à prononcer, à décider, à dire oui ou non, au lieu de rester en suspens entre l'un et l'autre.

Tel est le vrai sens du mot juger ; et la philosophie ne l'entend pas autrement. Seulement, dans le sens ordinaire, on réserve ce mot pour les cas importants, rares et difficiles : on ne dira pas que l'homme montre du jugement en disant que la neige est blanche : on le réserve pour les cas où il faut du discernement et de la pénétration. Mais si l'on examine, même dans ces derniers cas, comment se formule le jugement, on verra qu'il peut toujours se ramener à une proposition, dont le sujet est la chose dont on parle et l'attribut, la qualité que l'on affirme de celte chose. Ainsi, le prononcé d'un jugement dans un tribunal se ramène à cette proposition : l'accusé est coupable; ou : l'accusé

t. Aristotc dit que le jugement con»Ute à affirmer quelque choie de quelque chose : xaTrjYO" petv xi Tivo;.

Page 1