Raison pure. — Nous venons de définir la raison dans
son sens le plus usuel et le plus général. Mais depuis Leibniz et Kant on est convenu de donner à ce terme un sens plus particulier. On entend par là la faculté de V absolu: dans ce cas, on y ajoute d'ordinaire l'expression de pure : raison pure {die reine Vernunft) ; c'est à peu près la même faculté que Malebranche désignait sous le nom d'entendement pur.
1. Caro, Cours élémentaire de philotophie une idée plus claire que celle de l'àmp. Cet {Poitiers, 1831), ch. xiii, p. 256. deux doctrines ge concilient par la diil.ience
2. Descartes, Disc, de la méthode, ch. I. du connaître et du comprendre. Ei> ffet, « La puissance de bien juger et distinguer le nous connaissons mieux l'âme que le cor(>-,|rarc« vrai du faux, qui est proprenaent ce qu'on ap- que l'âme est la seule chose qui nous smi iinpelle le bon sens ou la raison, i — Log. de médiatement connue, et que nous ne on- P. Royal (1" discours) : « Il y a presque par- naissons rien que par elle; mais d'un ■utre tout dei routes différentes, les unes vraies, les côté nous comprenons mieux le corps qur l' irae, autres fausses : c'est à la raison d'en faire les parce que nous pouvons ramener le corps à choix. I ses propriétés mathématiques, et en déduira
3. Descartes disait que nous avions une idée à l'avance par le raisonnement les pliéno« plus claire de l'àme que du corps; Malcbranche, mènes : ce que nous ne pouvons pas faire •u contraire, peose que nous avons du corps pour l'âme.
La raison pure n'est pas seulement la faculté de l'absolu, elle est encore la faculté des principes : et elle est faculté des principes parce qu'elle est faculté de l'absolu ; car c'est dans l'absolu que les principes ont leur source.
A litre de faculté de l'absolu, la raison pure nous fournit certaines notions telles que : absolu, infini, nécessaire et parfait.
A titre de faculté des principes, la raison pure nous fournit certains principes universels et nécessaires : tels le principe de causalité, le principe de raison suffisante, le principe de substance, le principe d'identité et de contradiction, etc.
Mais y a-t-il une raison pure? Est- il nécessaire, pour expliquer l'origine des notions et des principes que nous venons de signaler, de supposer autre chose que les opérations de la raison discursive, à savoir, l'abstraction et la généralisation, la comparaison, l'induction, l'association des idées, en un mot Vexpérience? Et comme toutes ces opérations ont pour point de départ les données des sens, toutes les idées précédentes, et même toutes les idées en général ne doivent-elles pas leur origine aux sens ?
Telle est la question, qui sous des formes diverses a été débattue à toutes les époques de la philosophie, et que nous devons discuter séparément et en elle-même à cause de sa complexité et de son extrême importance.
Disons seulement que s'il y a une raison pure, c'est-à-dire, comme nous l'avons définie, une faculté de l'absolu ou faculté des principes, cette faculté ne se distinguera pas au fond de la raison» entendue au sens usuel et général et que nous avons délini la faculté de comprendre. En effet, on ne comprend qu'à l'aide des principes, et on ne comprend les principes eux-mêmes qu'à l'aide de l'absolu.