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LE SENTIMENT ET LA VOLONTE

L*ancienne philosophie, aussi bien la philosophie de Descaries que celle de Gondillac, n'admettait dans l'càme que deux facultés : l'entenderiient et la volonté. L'entendement avait pour objet le vrai; la volonté, le bien. L'entendement était la faculté de recevoir des idées. La volonté était « l'impression ou le mouvement naturel qui nous porte Vers le bien indéterminé et en général ' ». Pour Bossuet, « vouloir est une action par laquelle nous poursuivons le bien et tuyons le mal. Par exemple, nous désirons la santé et fuyons la maladie *. » D'après cette doctrine, ce que nous appelons le sentiment, ou faculté d'aimer et de désirer, serait la même chose que la volonté, ou faculté de vouloir, de se décider, de se déterminer, de se résoudre. Mais depuis, avec raison, on a distingué le désir et la volonté. Désirer et aimer, c'est-à-dire se porter spontanément et avec plaisir vers unobjet, estune chose; la choisir en connaissance de cause, et même sans désir et sans amour, bien plus, contre le désir et malgré un amour contraire, est une autre chose. La facult?, de vouloir n'est donc pas la même chose que la faculté d'aimer et de désirer.

C'est du reste ce qui était implicitement reconnu même dans les écoles antérieures. En effet, Malebranche, après avoir défini la volonté comme nous l'avons vu, à savoir, le mouvement qui nous porte vers le bien en général, en distinguait la liberté, qu'il définissait : « la force qu'a l'esprit de détourner cette impression ou mouvement vers les objets qui lui plaisent, de faire ainsi que nos inclinations naturelles soient terminées à quelque objet particulier » ; et par conséquent il rétablissait sous le nom de liberté ce que nous appelons volonté. Bossuet

1. Malebranche, Recherche de la 9étité, i. Conn. de Dieu, l,Tnu.

•r. I, ch. I.

MNET, Philosophie. ^"

Ui PSYCHOLOGIE.

disait de même : « Nous sommes déterminés par notre nature à vouloir le bien en général. Mais nous avons la liberté de notre choix à l'égard des biens particuliers, et c'est ce qui s'appelle le franc arbitre, le libre arbitre, c'est-à-dire la puissance que nous avons de faire ou'dé ne pas faire une chose. » Ainsi la hberté était pour Bossuet et Malebranche aussi différente de la volonté que pour nous la volonté est différente du sentiment.

Nous appellerons donc sentiment la faculté qui en nous se porte spontanément et naturellement vers les objets, et volonté la faculté de déterminer les mouvements à tel acte et à tel objet.

Il reste toutefois un trait commun entre ces deux facultés, c'est que l'une et l'autre se portent vers le bien, l'une par un mouvement spontané, l'autre par un choix libre.

Une autre similitude, c'est que l'une et l'autre supposent une connaissance au moins confuse de leur objet. Bossuet a dit : « Nous ne voulons pas sans quelque raison. » On peut dire de même : « Nous n'aimons pas sans quelque raison, i

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