‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 78 sur 313 · INCLINATIONS PERSONNELLES, S · texte numérisé non relu

INCLINATIONS PERSONNELLES, S

plus qu'ils ne peuvent fournir. Tout en aimant l'activité, l'âme n'aime pas les obstacles qui s'opposent à son activité; et c'est au contraire parce qu'elle aime agir, qu'elle s'irrite des obstacles ; de là la nécessité et le plaisir du repos, quand les obstacles ont été trop prolongés ; mais, d'un autre côté, l'absence d'obstacles dégoûte facilement du but en nous ôtant le plaisir de l'efTort : il nous faut assez de difficultés pour nous stimuler, mais pas assez pour nous fatiguer. D'ailleurs il faut bien distinguer entre les différents modes d'activité : tel est plein d'ardeur pour les exercices corporels qui néglige les travaux de l'esprit ; tel est froid pour l'étude et le travail qui sera plein de feu pour le jeu ; or, c'est encore là de l'activité.

A ce principe général peuvent se rattacher plusieurs phénomènes différents : par exemple, le sejttimctit de la responsabililé, le sentiment de l'indépendance et de la liberté^ enfin Vamoiir du pouvoir.

Sentiment de la responsabilité. — Ce sentiment est quelquefois pesant pour l'âme humaine; mais en même temps il procure de mâles plaisirs, et il y a peu d'âmes qui n'en soient capables à quelque degré. Qui n'a mille fois observé que l'on obtient beaucoup plus des hommes en se confiant à eux, en leur laissant le mérite de leurs entreprises, le choix des moyens, qu'en leur imposant un joug servile, une règle mécanique et extérieure ? Ce qui le démontre sans réplique, c'est la supériorité du travail libre sur le travail servile. Tel qui, obéissant mollement à une règle imposée, exécuterait sans plaisir et sans succès des actions prescrites, se montrera peut-être un homme supérieur le jour où, livré à lui-même, il aura le choix entre ses actions et pourra s'attribuer le succès obtenu ; tel autre qui, n'ayant connu que la prospérité, la fortune, le plaisir, se sentira tout à coup seul en face d'une carrière à se faire, d'une famille à aider, d'un nom à conquérir, trouvera en lui-même des facultés inconnues.

Amour de la liberté. — A l'instinct d'activité se rattache encore manifestement le goût de l'indépendance et de ce qu'on appelle la liberté ; car, par cela même qu'on a du plaisir à déployer ses forces, on désire être affranchi de tout ce qui gêne, soit du côté des choses, soit du côté des hommes. C'est ainsi que les hommes ont horreur de la maladie, de la pauvreté, parce qu'elles leur ôtent les moyens d'agir. Ceux qui ont dit que les choses ext('rieures sont indifférentes el ne nous regardent pas, parce qu'elles ne dépendent pas de nous (comme les stoïciens), ont

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dierché un moyen d'être indépendant dans la dépendance même. C'est encore le lïoût de l'indépendance qui tantôt, mal entendu^ soulève les hommes contre l'autorité des lois et engendre l'esprit de révolte, tantôt les anime et les arme contre l'oppressioa et l'arbitraire et devient Vesprit de liberté.

Amour du pouvoir *. — Il faut avouer que c'est de la même soorce que naissent souvent, et Vamour de la liberté, et Vamour ini pouvoir. Gicéron {de Of(ic.,l, xx) a fait remarquer la parenté de ces deux principes en apparence si dissemblables : llis idem propositum fuit quod regibus, ut ne quâ re egerent, ne cui parèrent, libertate uterentur : cujus proprium. est sic vivere ut velis. En effet, l'homme qui ne veut pas obéir trouve que le meilleur moyen d'échapper au commandement des autres, c'est de commander soi-même ; et comme il arrive toujours, quelque haut placé que l'on puisse être, que l'on a encore quelqu'un audesEus de soi, l'amour de la souveraine indépendance conduit souvent à l'amour du souverain pouvoir. Ce n'est là sans doute qu'un faux amour de la liberté; mais c'est néanmoins un même principe qui conduit à des conséquences si dilîérentes.

i. Bain distiiiifue l'amour du pouvoir (Emnnoii of pnin'-r, c!i. viii it ri-motioR de l'action (EnMtiom of action, ch. x) ; il nous semble <)ue e« ^oul des pliéuoiiiùaes du mêine ordro.

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