acte de raison
Détermination volontaire. — C'est après la délibération que Tient l'acte appelé proprement volontaire et qui consiste dans ce que l'on appelle résolution ou détermination. Je me résous, je me détermine : telles sont les expressions par lesquelles les hommes expriment l'acte de la volonté. Souvent, à la vente, dans le langage vulgaire, on confond la volonté avec Ihntention de faire -"je veux faire cela, je ne le puis ; je veux le bien, et je fais le ma\ Mais l'intention n'est pas encore la résolution : je me propose de prendre plus tard un bon parti ; mais, tant que je ne l'ai pas encore pris, il est comme iion avenu. C'est pourquoi oo
dit vulgairement que Venfer est pavé de bonnes intentions. L'intention n'est qu'une volonté incomplète; c'est une velléité, mais non an acte ferme et décisif de volonté. Lorsqu'on affirme que Vintention doit être réputée pour le fait, cette maxime est vraie ou fausse suivant le sens que l'on donne au mot intention; car si par intention on entend simplement une vague velléité qui ne se manifeste jamais par des actes, il est faux que l'intention puisse être réputée pour le fait; si au contraire on entend par intention l'acte volontaire lui-même, à savoir, une résolution prise, qui a été seulement trahie par l'événement, la maxime est vraie; mais c'est trop étendre le sens du mot intention.
Exécution. — 11 faut distinguer l'acte de vouloir et l'exécution de cet acte. Autre chose est prendre une résolution, autre chose est l'exécuter. La résolution dépend de moi, le succès n'en dépend pas. Je puis viser sans atteindre. Non seulement le succès extérieur n'est pas nécessaire pour que l'acte volontaire soit entier; mais l'acte matériel, y compris même ce qui se passe dans nos organes, doit être distingué de l'acte volontaire proprement dit; et, comme on l'a dit souvent, l'homme qui, au moment de commettre un crime, en serait empêché parce que son bras tomberait subitement en paralysie, n'en serait pas moins responsable de son action; d'où il suit que c'est dans la résolution et non dans l'exécution que consiste, à proprement parler, l'acte volontaire.
Cependant, il faut reconnaître que, pour que l'acte volontaire soit complet et entier, il faut qu'il y ait un commencement d'exécution, c'est-à-dire que de la résolution on ait commencé à passer à l'action, ce qui a lieu par Veffort; autrement la résolution elle-même pourrait n'être encore qu'une intention et une simple velléité. A la vérité, quand il s'agit d'une action fanile et agréable, cet intermédiaire entre la résolution et l'action n'apparaît pas et semble même être complètement absent, ce qui est d'ailleurs une illusion. Mais lorsqu'il s'agit d'une résolution pénible et douloureuse, on sait combien il est difficile de passer de la résolution à l'action; pour prendre l'exemple le plus familier, l'acte de se lever de grand matin est un acte pénible qui exige un certain effort de volonté. La résolution la plus énergique est impuissante s'il ne s'y joint ou s'y ajoute un déploiement de force d'autant plus grand que l'obstacle est plus difficile à vaincre. On définira donc l'acte volontaire une
résolution accompagnée d'effort : seulement reffbrt peut disparaître par l'habitude et par la répétition de Tacte.
Le caractère original et spécifique de la volonté a été souvent nié par les philosophes. Les uns l'ont confondu avec l'entendement, les autres avec la sensibilité; cette double confusion doit être écartée.
230. Affirmation et Totition. — lî n'y a pas lieu, selon nous, de confondre ral'firmation et la volition. Il n'y anul rapport entre ce jugement : Taffirme que la terre est ronde, et cet autre : Je veux mouvoir mon bras. Sans doute, au moment où je veux, j'affirme mon vouloir, mais mon affirmation n'est pas le vouloir Ilii-même ; de même que lorsque je dis : Jfe souffre, j'affirme ma souffrance, mais ma souflrance n'est pas en elle-même une affirmation. Lorsque je dis : Je veux mouvoir mon bras, où est la volition? Est-ce dans l'affirmation que mon bras est mû? Mais ce n'est là que l'effet de mon vouloir, ce n'est pas mon vouloir lui-même : à plus forte raison, il n'est pas dans cet autre jugement : Mon bras a été mû. Dira-t-on que le jugement volitif consiste à dire : Mon bras sera mû? Mais ce n'est là qu'une prévision, une induction ; ce n'est pas une volition *. En un mot, tout jugement porte sur le présent, le passé ou l'avenir; or, aucun de ces jugements ne représente le fait de la volition. Dira-t-on qu'ici le jugement porte sur le pouvoir, non sur le fait? Mais dire : Je peux mouvoir le bras, ce n'est pas dire : Je veux lé mouvoir. De quelque manière qu'on s'y prenne, jamais on ne fera que l'affirmation représente une volition, à moins de changer le sens du mol affirmation, et qu'on ne lui fasse dire précisément ce que signifie le mol volition ; mais alors il n'y aura plus de terme pour signifier ce que nous appelons d'ordinaire affirmation. D'ailleurs, affirmer un fait sera toujours autre chose que vouloir un acte. Affirmer un fait, c'est dire qu'un fait existe: vouloir un acte, c'est faire qu'il soit. C'est la dilférence de l'indicatif et du subjonctif. Le fiât lux n'est pas une affirmation, c'est une action. Dans f affirmation (quand elle est vraie) il n'y a rien de plus que ce qu'il y a dans l'idée. Dans la volition il y a quelque chose de plus : l'existence elle-même, le passage du nonêtre à l'être, le changement.
1. • L-rf^fue- je sais par expérience' qu'un ïcrent essentiellement d'un vouloir actuel et
mouvciucnt quelconque est en mon pouvoir, je efficace. » (Maine de Birau, Œuvres, t. IV,
puis penser à cel aele, le prédélerrainor ; p. 37f .) mais cette pensée, celte wédétormjnati«u dif
LA VOLONTÉ ET LA PERSONNALITÉ. t76
Oh pourraitdire que la volonlé n'estqu'uaacte mtellGclufl : ( ;ir vonihir, c'est choisir, c'est prùférer, c'est trouver une cliose m"'illeure qu'une autre : c'est juger. C'est encore une confusii^fl dfiilt^t'.s. Autre chose, est le choix, la préférenee de rintellig;*ni'.e-; amie chose est le choix, la préférence de la volonté. Je préfère Gcrni'ille à Racine, c'est-à-dire je le juge plus grand que Racine.; ni;ii> i(! ne veux pas que cela soit : cela est Indépendant de ma voi'inlé, je n'y pieux rien. Lorsque je prononce ce jugement, je n'ciiieiids pas seulement exprimer ma préférence et mon goût; mais jt' déclare que œla est ainsi, indépendamment de mon goûi pai-iiculier. Il n'y a pas là ombre de volonté. Il en est de mêmesi, au lieu de jugei- des hommes et des écrits, je juge desactions,mème des actions qui sont miennes et qui se présentent à mci pour être faites. Dire que je préfère l'une à l'autre, que je Ih trouve plus juste ou j)lus utile, ce n'est pas encore la vouloir : «-ar tant qu'il n'y a que préférence intellectuelle, elle leste à l'étal contemplatif; il n'y a pas d'action. Que si, au contraire, il s'agit d'une préférence de la sensibilité, c'est une autre question.
2.'3I . Bdésâr et ToSonté. — Si la volonté a pu être confondue avec r.entendement parq\icl(jues philosophes, elle l'a été bien plus souvent avec l'inclination. Enetlet, nous avons vu qu'il était reçu dans toutes les écoles de philosophie, au moins jusqu'à la fin du xviu* siècle, qu'il n'y a dans l'àme que deux facultés fondamentales. YeniendemeiU et iaLVolonté : ce qui faisait nécessairement rentrer dans la volonté tout ce que nous appelons afléctions, inclinations^ amour, désir. C'est ainsi, en effet, que Malebranche la définit : a L'esprit humain, dit-il, renferme deux facultés : la première,, qui est ï entendement, est celle de recevoir plusieurs idées, c'està-dire d'apercevoir plusieurs choses; la seconde, qui est la volonté, est celle de recevoir plusieurs inclinations ou de vouloir diilerentes choses*; » il compare ces deux facultés aux deux propriétés des corps, la figure et le mouvement. Ou voit, d'ailleurs, lorsqu'il traite des inclinations {Recherche de la vérité, liv. IV et V) qu'il les renferme toutes sous le nom de volonté, y compris, l'amour du plaisir et même les passions.
On trouve la même doctrine dans Gondillac, qui distingue également f entendement et la volonté, et leur reconnaît à l'un eLà l'autre ^ même origine dans la sensation,