La personnalité humaine. — L'existence de la volonté
confère à l'être qui la possède un caractère nouveau et supérieur : la personnalité. On distingue les êtres de la nature en deux classes : les personnes et les choses. On appelle chose tout objet matériel qui peut être employé à leur usage par les êtres intelligents. On appelle personnes les êtres intelligents et libres.
Le fondement de cette distinction est dans le sentiment de la responsabilité. Par cela seul qu'un être est capable de vouloir, il se sent responsable de ce qu'il a voulu : il sent qu'il a le gouvernement de sa destinée, il sent qu'il ne peut appartenir qu'à luimême, qu'il est son propre maître {compos sui, potens sut) et que par conséquent il ne peut pas être approprié : l'être responsable est, selon la formule de Kant, une fin en soi; il ne peut pas être employé comme moyen.
Au contraire, la chose, étant un objet purement matériel, qui n'est soumis qu'aux lois de la nature physique et qui n'a d'autre destinée que d'obéir à ces lois, ne peut jamais être détournée de cette destinée, puisque de quelque manière qu'on la traite on ne peut jamais les violer : car rien ne peut s'accomplir contre ces lois. Que l'on jette une pierre en l'air ou qu'on la laisse tomber, les deux phénomènes sont également conformes aux lois de la nature; autrement ils n'auraient pas lieu. La distinction des scolastiques entre le mouvement naturel et le mouvement violent n'a aucun fondement dans la nature des choses. Ainsi la chose, de quelque manière qu'on la traite, ne subit aucune violence, puisque son caractère essentiel est d'être passive et d'être poussée par autre chose. Il n'en est pas de même de la personnalité, qui est, par essence, la seule cause de ses propres actions.
Rien de plus facile à distinguer que la personne et la chose lorsque l'on oppose les êtres purement matériels, comme les minéraux et les plantes, à l'être humain. Mais il y a difficulté pour ce qui concerne les animaux. L'homme prend sur lui d'affirmer que les animaux ne sont pas des personnes : c'est ce qu'il est difficile de décider théoriquement, car nous ne savons jusqu'à que! point il est vrai de dire que les animaux n'ont pas de volonté. C'est la nécessité qui tranche le débat; et les animaux, comme les autres objets matériels, sont des choses juridiquement : ils comptent parmi les meubles.
Pendant très longtemps il y a des classes d'hommes, des races humaines qui ont été considérées comme choses, c'est-à-dire comme susceptibles d'être appropriées, utilisées, achetées et vendues : c'est ce qu'on appelle Vesclavage. C'est la notion vraie
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de la personnalité humaine qui a mis fin aux abus de l'esclavage.
La personnalité se reconnaît à trois caractères principaux : 1" la conscience de soi : non ce sentiment tout passif gui accompagne chacune de nos sensations et affections, et qui est dans l'animal aussi bien que dans l'homme, mais la conscience du moi, du sKJet pensant, la conscience réfléchie; 2° V intelligence^ ou faculté de discerner le vrai du faux, le bien du mal; et enûn 3° la volonté, ou pouvoir de se déterminer soi-même; pouvoir qui est identique, nous le Terrons, à la liberté. L'être qui ne pense pas, qui ne veut pas et qui n'a pas conscience de soi, n'est pas une personne.
La notion de personnalité est très importante en morale et surtout dans la doctrine du droit *.
Ce? explications nous font comprendre ce qu'on doit entendre en métaphysique par Dieu pe^^sonnel, Dieu impersonnel, l'immortalité personndle, l'immortalité impersonnelle. Dieu est considéré comme personnel quand on le représente comme conscient, intelligent et libre ; il est au contraire impersonnel quand on ne lui suppose que les attributs métaphysiques : l'infinité, l'immensité, etc. L'immortalité est personnelle quand on la suppose accompagnée de conscience et de mémoire; elle est impersonnelle quand elle n'est que la permanence 4e l'être, sans aucun souvenir.
Problèmes. — 1. La volonté n'est-elle qu'une combinaison d'actions réflexes? (Voy. Hartmann, Philosophie de Vinconscient^ t. 1, appendice; trad. franc., p. 479 et suiv.)
II. Gomment la volonté sort-elle de l'instinct? (Maine de Biran, Fondements de la psychologie, i^a.ri.1, sect. II, ch. ii; Alex, Bain. Sens et entendement, part. I, ch. iv, § 4.)
t. Vo|. iutU por»oana1il«, Jouffroy, Premxert mélanges, p. 814et liH