‹ Traité élémentaire de philosopheChapitre 96 sur 313 · RAPPORTS DU PHYSIQUE ET DU MORAL · texte numérisé non relu

RAPPORTS DU PHYSIQUE ET DU MORAL

raux ont été classées par Cabanis * ainsi qu'il suit : les âge$^ les sexes, les tempéraments, les maladies, le régime, les climats, le sommeil, etc. Nous nous bornerons aux traits les plus importants.

277. 1° Influeace des âges. — Enfance. — Cet âge est caractérisé, suivant Cabanis, par l'extrême mobilité des muscles et des nerfs, ainsi que par l'activité du cerveau. De là la mobilité des impressions, la vivacité des passions et la facilité de contracter les premières habitudes, qui sont presque des instincts.

Les caractères de cet âge sont : au point de vue physique, l'énergie de la vitalité; au point de vue moral, l'impétuosité des idées et des passions.

Jeunesse. — « Quant à la jeunesse proprement dite, elle commence au temps où la force et la souplesse des solides, la den» site, les propriétés stimulantes et la vivacité dans le mouvement des humeurs commencent à se trouver portées au plus haut degré. Le système nerveux et les organes musculaires commencent à se trouver montés à leur plus haut ton. Rien ne résiste à l'énergie du cœur et des vaisseaux artériels... Aussi cet âge est-il celui des maladies aiguës, des passions impétueuses et des idées hardies, animées par tousles sentiments de l'espérance. > (Cabanis, Rapports, IV, § 7.)

Maturité. — Ralentissement des mouvements vitaux; en con» séquence, circonspection, sagesse, ambition et calcul.

L'homme commence à ne plus se croire invincible ; il s'aperçoit que ses moyens sont bornés; ses idées et ses affections ne s'élancent plus au loin avec la même vitesse; il n'a plus cette confiance sans bornes en lui-même, et bientôt, par une conséquence nécessaire, il perd une grande partie de celle qu'il avait dans les autres... C'est le moment d'économiser, de se créer des ressources pour Tavenir.., Aussi l'âge mûr est-il caractérisé par tous les grands peintres de la nature humaine par le soin de ménager les hommes et de cultiver l'opinion publique, par une plus grande attention donnée à tous les moyens de fortune... L'âge mùr est donc l'âge de l'ambition, de cette passion égoïste et sombre dont les jouissances ne font qu'irriter d'insatiables désirs, (/èid, § 8.)

Vieillesse. — Langueur et dégénération des fonctions orga* niques : affaiblissement proportionné des facultés.

A raison de ces changements, les opérations de l'esprit doivent de jour en jour prendre plus de lenteur et d'hésitation ; le caractère devenir de plus en plus timide, défiant... La difficulté d'être augmente dans une progression continuelle : le sentiment de la vie ne se répand plus au dehors ; une nécessité fatale replie le vieillard sur lui-même. {Ibid., § 0.)

i. Woy. Cahsinis, Rapports du physique et Nouvelles considérations sur Ut rapport$ iu iu moral; — Maine de Biran, Nouveaux rap- physique et du moral, fortt du physique et du moral; — Bérard

278. 2° Influence des sexes. — La différence d'organisation amène entre les deux sexes des différences morales caractéristiques : d'une part la finesse, la délicatesse, l'extrême sensibilité; de l'autre la force, la profondeur, la prédominance de l'intelligence sur le sentiment.

La femme ne sent pas comme l'homme... son attention ne porte pas sur !«;

mêmes objets... d'une part elle évite les travaux pénibles et dangereux et S8 borne à ceux qui cultivent l'adresse de ses doigts, la finesse de son coup-d'œil, la grâce de ses mouvements ; de l'autre elle est effrayée de ces travaux de l'esprit qui ne peuvent s'exécuter sans des méditations longues et profondes; elle choisit ceux qui demandent plus de tact que de science, plus de vivacité que de force, plus d'imagination que de raisonnement.

279. 3° luflnence dn tempérament. — On désigne sous le nom de tempérament certaines différences d'organisation fondées sur la disproportion de volume et d'activité des organes et des fonctions, et qui sont cependant compatibles avec la santé. Les anciens (Hippocrate et Galien) reconnaissaient quatre espèces de tempéraments : le flegmatique^ le sanguiny le bilieux et le mélancolique. Cette théorie a disparu à peu près de la science physiologique, par l'impossibilité de lui donner un fondement organique solide. ?véanmoins le grand physiologiste MuUer déclare cette théorie € excellente * », mais à la condition d'y voir surtout une théorie psychologique, non physiologique. Ce sont, suivant lui, les différents modes dont se distribuent la faculté du plaisir et de la douleur suivant les individus. En un mot, les quatre tempéraments sont les quatre types principaux de Vhiwieur et du caradère parmi les hommes ^ Sans doute, ces types doivent avoir leur raison d'être dans des particularités physiologiques et dans une différence de distribution entre le volume et l'activité des organes; mais il est impossible de déterminer d'une manière précise la circonstance déterminante de chacun.

280. 4-° Influence des maladies. — L'influence des maladies sur l'état moral et intellectuel de Fhomme est un fait si évident qu'il suffît de rappeler ici les phénomènes les plus familiers et les plus connus.

NcKS voyons par exemple tous les jours rinflammation aiguë ou lente du cervfcaUj certaines dispositions organiques de l'estomac, les affections du diaphragme *t de toute la région épigastrique, produire soit la frénésie ou le délire furieux et passager, soit la manie ou la folie durable; et l'on sait que ces maladies se

I. MuUer, PhvjioIoot«, t. ILtrtd. fr., p. 556. 2. Kant, AnthropologU, tnd. Ir., p. 271

(part. II. A, 2).

RAPPORTS DU PHYSIQUE ET DU MORAL. Soi

combattent pa." des remèdes capables d'en combattre directement la cause phy-» «que (vn, g 2).

Parmi les maladies, celles qui agissent le plus directement sur le moral, ce sont les affections nerveuses appelés hypocondriaques. Voici les principaux effets de ces affections :

i* Elles donnent un caractère plus fixe et plus opiniâtre aux idées, au penchants, aux déterminations;

2° Elles font naître et développent toutes les passions tristes et craintives;

3° En conséquence, elles disposent à ratleiition et à la méditation;

4° Elles disposent à toutes les erreurs de l'imagination, mais elles peuvent donner au génie beaucoup d'élévation, de force et d'éclat;

5° Enfin, quand elles sont poussées à leur dernier terme, ou bien elles se transforment en démence et en fureur, ou bien elles accablent et stupéfient le syslèiiie nerveux par l'intensité, la persistance, rini()ortunité des impressions, d'où s'ensuivent et la résolution des forces et l'imbécillité. {IMd., § 4.)

281 -5° luflnence des clEBsiat.*, — L'influence des climats sur les idées, les mœurs et les habitudes des peuples a été souvent signalée. Le plus grand observateur de l'antiquité, Hippocrate, « écrit sur cette question une page restée classique qui donne l'essentiel et le plus positif en cette matière. Il distingue surtout les Asiatiques et les Européens.

En Asie, les mutations alternatives du froid et du chaud ne sont jamais grandes ni brusques : par là, jamais les forces vitales ne sont comme frappées de stupeur; jamais le corps n'y sort tout à coup de son assiette naturelle... En Europe, les hommes difi'èrent beaucoup et pour la taille et pour les formes, à causa des grandes et fréquentes mutations de temps qui ont lieu dans le courant de l'année. De fortes chaleurs, des hivers ri^rourcux, d'abondantes pluies, des sécheresses opiniâtres, des vents impétueux, en un mot toutes les températures y régnent tour à tour et s'y remplacent sans cesse. Voilà pourquoi toute l'apparence extérieure des Européens diffère d'une ville à l'autre... Par la même raison, les Européens doivent être plus courageux que les Asiatiques.

Hippocrate signalait, on le voit, surioulV égalité ou Y inégalité des températures et des saisons. Montesquieu reprit la même théorie dans V Esprit des lois\ en insistant sur la différence du froid et du chaud.

Tout en reconnaissant, avec Hippocrate et Montesquieu, l'influence des climats, on ne doit pas l'exagérer, et il faut reconnaître, avec le commentateur de ce dernier, que « l'homme est de tous les animaux celui sur lequel le climat influe le moias ».

La preuve en est, dit-il, que l'homme seul s'accommode de toutes les positioas, de toutes les régions, de tous les régimes, et de plus, plus l'homme est c-ivilisé, plus l'empire du climat diminue *

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