L. XIV, ch. a. S. Destutt de Trac;, Commentaire mtr l'es
prit du lois.
2<S2. 6° Les narcotiques. — Les narcotiques produisent un effet perturbateur sur la pensée. Voici par exemple les effets du hachisch, suivant Moreau de Tours, qui a fait des expériences sur luimême: C'est l'affaiblissement gradué du pouvoir personnel; le hachisch, en affaiblissant la volonté, rend prédominante l'action de la mémoire et de l'imagination. Il en résulte un état général d'instabilité intellectuelle. Nous devenons le jouet des impressions les plus diverses. La crainte devient de la terreur, le soupçon le moins fondé devient une certitude. Tous les narcotiques produisent des effets plus ou moins semblables, et quand leur usage est continu et prolongé ils amènent l'hébétement ou la folie. Aussi les a-t-on appelés poisons de V intelligence^.
283. b. Les facnltés et leurs organes. — La contre- épreuve des faits précédents consistera à passer en revue nos diverses facultés et à montrer qu'elles sont toutes plus ou moins liées à des conditions organiques.
4° Sens. — Il est presque inutile d'insister pour établir que l'existence et l'exercice des sens ont pour condition l'existence et le bon état de certains organes.
Bossuet a résumé dans les propositioas suivantes la part que le coips prend à nos sensations :
1° Les sensations sont attachées à des mouvements corporels qui se font en nous;
2° Les mouvements corporels qui se font en nous viennent des objets par le milieu;
3° Les mouvements de nos corps auxquels les sensations sont attachées sont les mouvements des nerfs;
4° L'ébranlement des nerfs se continue jusqu'au dedans de la tête et du cerveau;
5° Le sentiment est attaché à cet ébranlement;
6° Cependant l'âme, qui est présente à tout le corps, rapporte le sentiment qu'elle reçoit à l'extrémité où Tobjet frappe;
7° Quelques-unes de nos sensations se terminent à un objet (les perceptions); les autres, non (le plaisir et la douleur). Ce sont en général celles que nous rapportons aux parties intérieures de notre corps;
8° Ce qui se fait dans les nerfs n'est ni senti ni connu : nous ne sentons pas non plus ce qui se fait dans l'objet et dans le milieu;
9° Les sensations servent à l'âme à l'instruire de ce qu'elle doit rechercher e faire pour la conservation du corps;
40° Outre les secours que donnent les sens pour les besoins du corps, ils Taident aussi beaucoup à connaître toute la nature. {Conn. de Dieu, III, viii.)
2° Imagination. — L'imagination est la suite de la sensation: c'est la persistance de l'impression lorsque la cause de la sensation a disparu. L'imagination est donc liée aux mouvements du cer-
1. Voy. Riche^ Revue i«s Deux-Mondes (15 février et. 1" mars 1877).