‹ Traité élémentaire de physiologieChapitre 100 sur 429 · CHAPITRE III. CIRCULATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. CIRCULATION

duquel le cœur est soulevé au moment où le sang s’engage dans les courbures aortiques est tout à fait analogue à celui qui se produit dans le petit appareil suivant. Supposez un tube de caoutchouc fixé horizontalement à l’extrémité inférieure d’un corps de pompe muni d'un piston. Si le tube de caoutchouc est d’une certaine longueur, son extrémité obéit à la pesanteur, elle s’incline par en bas, en se coudant. A l’aide du piston, faites sortir le liquide par le tube de caoutchouc, celui-ci tend à se redresser. Si la pression est suffisante, il efface sa courbure, se redresse et se rapproche de la direction rectiligne. Dans le battement du cœur, les artères aorte et pulmonaire représentent notre tube de caoutchouc, et le cœur représente le corps de pompe. Il est vrai que c’est le cœur qui est libre, et non les artères; mais cela ne change rien au phénomène envisagé en lui-même (en mécanique, l’action et la réaction sont égales), et le mouvement se produit là où il peut se produire.

M. O’Brian et M. Gutbrod ont émis, relativement au choc du cœur contre les parois thoraciques, une doctrine dernièrement rééditée par M. Fatou et par M. Hiffelsheim, et qui nous paraît inacceptable. M. Hiffelsheim a résumé celte théorie en une formule assez originale : le cœur bat parce qu’il recule.

Chacun sait qu’au moment de l’explosion des armes à feu, la pression qui s’exerce dans la chambre de combustion de l’arme n’étant pas exactement équilibrée dans le sens du départ de la balle ou du boulet, le fusil ou le canon éprouvent un mouvement en sens opposé, dit mouvement de recul. Chacun sait que le petit instrument de physique appelé tourniquet hydraulique se dirige en sens opposé de l’écoulement du liquide, parce que la pression fait défaut aux orifices de sortie, tandis qu’elle s’exerce sur les portions de parois opposées aux orifices de sortie.

Au moment où la systole ventriculaire fait pénétrer le sang dans l’aorte et l’artère pulmonaire, le cœur doit être projeté, suivant les expérimentateurs dont nous parlons, en sens contraire de la direction des orifices aortiques, et la projection a lieu suivant une ligne oblique représentant la diagonale du parallélogramme des forces (les côtés inégaux de ce parallélogramme représenteraient la force du ventricule gauche et la force du ventricule droit, forces inégales, comme nous le verrons).

M. Hiffelsheim opère sur des poches de caoutchouc distendues de liquide et suspendues. Aussitôt que l’orifice d’écoulement est ouvert, le phénomène du tourniquet hydraulique se produit ici, ainsi qu’il était aisé de le prévoir : la poche est repoussée en sens opposé de l’écoulement du liquide.

Mais dans l’appareil circulatoire les choses ne se passent pas de la même manière. Dans cet appareil l’orifice d’écoulement n’est jamais librement ouvert. Il existe dans le système artériel, et par conséquent dans l’aorte, une tension permanente,, tension équivalente à une colonne de la centimètres de mercure (Yoy. § 94). Cette tension existe à tous les moments , aussi bien pendant l’état de repos du cœur que pendant la contraction des ventricules. Lorsque cette contraction arrive et que le sang pressé par elle abaisse les valvules sigmoïdes et s’introduit dans l’aorte, la cavité du ventricule communique avec la cavité artérielle, et la pression est aussitôt la même dans les artères voisines du cœur, et dans le cœur lui-même.

Tandis que le cœur s’applique avec force contre les parois de la poitrine, au moment de la systole des ventricules, et détermine le choc ou pulsation car-

diaque, il éprouve encore un déplacement de masse, en vertu duquel il s’abaisse légèrement. M. Bamberger a noté ce léger mouvement d’abaissement sur son blessé, M. Frickhoffer a également remarqué ce mouvement sur un enfant dont le thorax était mal conformé ; enfin au nombre des faits signalés par M. Wilckens figure aussi une légère descente du cœur correspondant à chaque systole ventriculaire.

On peut d’ailleurs constater ce mouvement sur des lapins dont on a préalablement dénudé les espaces intercostaux, et chez lesquels on observe directement le cœur par la transparence de la plèvre restée intacte. Il faut avoir soin d’endormir ces animaux à l’aide de la teinture d’opium. Il faut aussi ralentir les mouvements de la respiration et le chiffre des battements du cœur par l’administration du chloroforme, pour la facilité de l’observation.

Ce léger mouvement du cœur, par en bas, au moment de la systole ventriculaire, est évidemment déterminé par l’allongement élastique des gros vaisseaux au moment où la tension sanguine augmente dans leur intérieur.

C’est, sans doute, ce léger mouvement d’abaissement du cœur, au moment de la systole ventriculaire, qui a fait croire à quelques observateurs (entre autres MM. Pennock et Moore) que le cœur s’allongeait au moment de la contraction des ventricules. Des expériences précises ont démontré que la contraction des ventricules est accompagnée, ainsi que nous l’avons dit, par le raccourcissement de tous leurs diamètres.

Mouvement île torsion du cœur autour de son axe longitudinal. — Tandis que le cœur est projeté en avant à chaque systole ventriculaire, non-seulement il s’abaisse légèrement par en bas, mais encore, et en même temps, il exécute un léger mouvement de torsion autour de son axe longitudinal. Ce mouvement de torsion devient de moins en moins visible, à mesure que les mouvements du cœur perdent leur énergie. Pour le saisir dans toute son étendue, il faut l’examiner après l’ouverture de la poitrine. Dans ces conditions, on constate que le ventricule gauche devient plus visible à chaque systole ventriculaire. Au moment de la contraction des ventricules, le cœur tourne donc légèrement sur son axe, de gauche à droite. Pendant la diastole ventriculaire, le cœur reprend sa position première; par conséquent, le mouvement de torsion s’exécute en sens contraire.

Ce mouvement de torsion peut être mieux observé encore sur des animaux auxquels on a enlevé les parties molles qui garnissent les espaces intercostaux et chez lesquels on examine le cœur grâce à la transparence de la plèvre pariétale restée intacte. Ce mouvement a été pareillement constaté par plusieurs physiologistes sur des enfants mal conformés, dont la vie s’est prolongée quelques heures après la naissance, bien qu’ils eussent le cœur à nu hors de la poitrine. Sur la femme observée par M. Wilckens, et dont nous avons parlé, ce mouvement de rotation sur l’axe, était des plus manifestes.

C’est sans doute au mouvemeut de torsion du cœur autour de son axe longitudinal, qu’il faut rattacher la disposition striée en travers que présentent parfois les exsudations de la péricardite.

Le mouvement de torsion du cœur sur son axe est simultané avec la projection du cœur en avant. Ce mouvement de torsion est dû à la contraction ventricu-

Page 1