CHAPITRE III. CIRCULATION
laire elle-même. Les fibres charnues du cœur, groupées autour des orifices auriculo-ventriculaires et aortiques, prennent, au moment de la contraction, leur point fixe sur les zones fibreuses qui garnissent, à la maniéré d’anneaux, ces ouvertures. Or, les plans charnus communs aux deux ventricules sont obliquement étendus sur les faces du cœur. Les antérieurs partent des anneaux auriculo-ventriculaires et aortiques, et descendent de droite à gauche ; les postérieurs partent des mêmes anneaux (en arrière) et descendent de gauche à droite. Tous ces plans, en prenant leur point fixe aux anneaux auriculo-ventriculaires et aortiques, agissent de concert, au moment de la contraction, pour faire tourner le cœur de gauche à droite. La torsion du cœur ne s’étend pas à la totalité du cœur : les oreillettes n’y prennent point part. La torsion commence à la base des ventricules, où elle est sensiblement nulle : c’est à la pointe qu’elle est le plus prononcée.
La torsion du cœur est accompagnée d’un léger redressement de la pointe du cœur en avant. Ce redressement de la pointe, qui reconnaît la même cause que la torsion, c’est-à-dire la contraction propre des ventricules, ne doit pas être confondu avec la propulsion en avant de la masse du cœur contre les parois de la poitrine. La projection d’où résulte le battement du cœur tient à une autre cause que nous avons précédemment indiquée. Dans le battement du cœur, ce n’est pas seulement la pointe du cœur qui frappe les parois thoraciques, mais c’est le tiers inférieur de la face antérieure du cœur, ainsi qu’on peut le constater sur l’animal vivant. Le redressement de la pointe du cœur, dont il est ici question, est très-circonscrit; il persiste quelque temps (comme, d’ailleurs, les contractions du cœur elles-mêmes) sur un cœur arraché de la poitrine d’un animal et placé à plat sur une table.
Rhytlime «les contractions «lu cœur. — I>urée «le la diastole et «le la systole des oreillettes et «les ventricules. — - Le sang qui arrive au cœur est lancé dans les artères parla contraction successive des oreillettes et celle des ventricules. Les deux oreillettes se contractent ensemble; puis les deux ventricules se contractent ensemble. Le synchronisme des mouvements des deux oreillettes, ainsi que celui des mouvements des deux ventricules, est parfait. Le cardiographe le démontre, ainsi qu’on devait s’y attendre. Le cardiographe montre également, ce qu’on savait déjà, que lacontraction du ventricule gauche est plus énergique que la contraction du ventricule droit.
Ce qu’on peut constater chaque jour sur les animaux à l’aide des tracés cardiographiques, M. Franck l’a observé pareillement sur la femme atteinte d’ectopie du cœur, dont il a été question précédemment. Deux ampoules de même sensibilité, appliquées et maintenues sur le ventricule gauche et sur le ventricule droit, ont accusé sur le cylindre enregistreur un synchronisme absolument parfait des deux pulsations ventriculaires ; de plus, et comme il était facile de le prévoir, l’examen du tracé révélait une énergie musculaire moins forte dans le ventricule droit que dans le gauche L
1 Voyez, § 94, la même démonstration fournie par l'étude des différences de tension du sang dans l'aorte et dans l'artère pulmonaire.
Béclard, 7C| édition.
Lorsqu’on examine le cœur de l’animal vivant, il semble que la contraction des ventricules suive immédiatement la contraction des oreillettes. A l’aide des ampoules du cardiographe introduites dans les cavités du cœur on constate (notion que la vue et le toucher étaient impuissants à nous fournir) que, sur le cheval, il s’écoule environ 1/10 de seconde entre ces deux mouvements. Chez l’homme, dont le cœur bat plus vite que chez le cheval, il est probable que cet intervalle est plus petit encore.
La durée de la contraction des oreillettes est presque instantanée (t/10 de seconde environ). La contraction des ventricules n’est pas seulement plus énergique que celle des oreillettes, elle est aussi beaucoup plus longue, car elle a une durée équivalente à plus du tiers de la durée totale d’une révolution du cœur. Le choc précordial a la même durée que la contraction ventriculaire.
Après la contraction des ventricules survient le repos du cœur. Pendant cet intervalle le cœur tout entier est dans le repos. Les oreillettes avaient déjà commencé à recevoir le sang pendant la systole des ventricules ; aussitôt que cette dernière a cessé, le cœur tout entier reçoit librement du sang et dans les oreillettes et dans les ventricules. Lorsque le cœur est rempli d’une certaine quantité de sang, le repos de l’organe fait place à l’action; les oreillettes se contractent et le flot liquide qu’elles chassent dans les ventricules distend ceux-ci, car le flot est poussé par une contraction musculaire. La distension ventriculaire se trouve, en vertu de la forte active des oreillettes, poussée à ses dernières limites. Alors survient immédiatement la contraction ventriculaire, et ainsi de suite.
Une contraction complète du cœur comprend la durée pendant laquelle chaque section du cœur (section auriculaire et section ventriculaire) a été une fois à l’état de systole et une fois à l’état de diastole. La durée d’une contraction complète du cœur ou d’une révolution du cœur peut être estimée par les batte ments du cœur contre les parois thoraciques, ces battements se reproduisant régulièrement à chaque systole ventriculaire.
On répète, encore aujourd’hui, dans beaucoup d’ouvrages de médecine, qu’une révolution complète du cœur ayant une durée représentée par exemple par 3 unités, la contraction des oreillettes peut être évaluée à 1, la contraction des ventricules à 1, et l’intervalle de repos également à 1 ; en sorte que le rhythme des mouvements du cœur pourrait être approximativement comparé à une mesure à trois temps. C’est là une comparaison tout à fait inexacte. Les expériences cardiographiques prouvent que ces divers temps sont au contraire très-inégaux en durée. En comparant, eu égard à leur durée relative, les mouvements du cœur de l’homme aux mouvements du cœur du cheval, voici comment on peut établir la durée respective de ces trois périodes : en divisant en 10 unités de temps une révolution du cœur, la contraction des oreillettes durerait 1, l’intervalle entre la contraction de l’oreillette et la contraction ventriculaire durerait 1, la contraction des ventricules 4, le repos de l'organe 4 L
1 En supposant que le coeur batte 80 fois par minute, chez l’homme, une révolution du cœur dure 0,OC,750. Dans une révolution du cœur qui dure 0sec,750, la durée de la contraction de l’oreillette serait de 0,cc,075. L’intervalle entre la contraction de l’oreillette et la contraction du ventricule 0BCC,075, la durée de la contraction du ventricule 0,cc,300, la durée du repos de 0SCC,300.